Quelques Célébrités

Publié le par Mailgorn Gouez

 

Quelques Célébrités

 

 

 

 

 

 

 

 

Léo Campion

Né le 24 mars 1905 à Paris. En 1923, Léo Campion s'installa à Bruxelles où il rencontra un libraire anarchiste et franc-maçon Marcel Dieu alias Hem Day.
Il fut initié à la loge Les Amis philanthropes le 7 avril 1930 à Bruxelles et ne revint jamais sur cet engagement.
Expulsé du territoire français à la suite d'une campagne de L'Action française, il retourna en Belgique où il fut condamné, en 1933, en compagnie de Hem Day à dix-huit mois de prison pour avoir renvoyé son livret militaire à l'expéditeur.
Cette fine plume anarchiste avait aussi un assez joli coup de crayon. De 1930 à 1936, il exerça ses talents de caricaturiste pour le compte du journal bruxellois Le Rouge et le Noir tout en commençant une carrière de chansonnier qui le ramènera à Paris car : «on ne fait pas carrière de chansonnier à Bruxelles, Genève ou Bordeaux». Ses allers venues incessants entre Paris et Bruxelles faisaient de lui un messager idéal pour la résistance française. C'est ainsi que Léo Campion, qui n'avait rien demandé, reçu à la Libération la croix de guerre, un comble pour cet ancien secrétaire du Comité maçonnique pour l'objection de conscience et de la section belge de l'Internationale des Résistants à la Guerre.
Après la Seconde Guerre mondiale, Léo Campion démontra encore une fois qu'il avait plus d'une corde à son arc en devenant comédien, directeur de cabaret, et producteur. Il continua parallèlement ses activités militantes. A vrai dire, il n'y avait pas chez lui de rupture entre l'artiste et l'anarchiste.

 

 

 

 

 

 

 

Voltairine de Cleyre

 


par Chris Crass

Traduits (et annotés) par Yves Coleman
pour la revue "Ni patrie ni Frontières"


(Pour rédiger ce bref résumé de la vie de Voltairine de Cleyre, Chris Crass s'est surtout servi du livre de Paul Avrich, inédit en français à ce jour. C'est pourquoi cet ouvrage est cité fréquemment dans le texte ci-dessous. Version intégrale, en anglais, disponible sur le siteinfoshop.org-anarcha-feminism).

Voltairine de Cleyre est née le 17 novembre 1866 à Leslie, dans le Michigan. Libre-penseur, son père admire beaucoup Voltaire, notamment sa critique de la religion, ce qui explique le choix du prénom de sa fille. (...) Le grand-père maternel de Voltairine avait défendu des positions abolitionnistes et participé au «chemin de fer souterrain» (à la filière clandestine) qui aidait les esclaves à fuir jusqu'au Canada. Quant au père de Voltairine, lui-même, il avait émigré de France et était un artisan socialiste et libre-penseur. (...) Il travaille de très longues heures pour gagner un maigre salaire, sa femme fait des travaux de couture à domicile, mais leurs enfants sont constamment «sous-alimentés» et «très faibles physiquement». Selon Addie, l'une des sours de Voltairine, leur enfance misérable explique le radicalisme de Voltairine ainsi que « sa profonde sympathie et sa compréhension pour les pauvres». Ces difficultés matérielles contribuent également à multiplier les points de friction entre leurs parents, qui finissent par se séparer.

Voltairine étudie ensuite pendant trois ans et demi dans un couvent où son père l'envoie pour combattre sa paresse et son absence de bonnes manières. Pourquoi cet homme anticlérical et libre-penseur a-t-pris une telle décision? Avrich pense qu'il était exaspéré par la situation économique dans laquelle il se trouvait et ne voulait pas que Voltairine connaisse la pauvreté. Il espérait que la formation acquise au couvent aiderait sa fille à se défendre dans la vie.
Cette expérience va influencer toute l'existence de Voltairine. Si elle apprit beaucoup de choses, notamment à parler français et à jouer du piano, ce séjour dans une institution catholique poussa aussi son esprit rebelle dans une direction anti-autoritaire.
Dans son essai «Comment je devins anarchiste», elle explique l'impact et l'influence durables du couvent sur sa pensée. «J'ai réussi finalement à en sortir et j'étais une libre-penseuse lorsque j'en suis partie, trois ans plus tard, même si, dans ma solitude, je n'avais jamais lu un seul livre ni entendu une seule parole qui m'ait aidé. J'ai traversé la Vallée de l'Ombre de la Mort, et mon âme porte encore de blanches cicatrices, là où l'Ignorance et la Superstition m'ont brûlé de leur feu infernal, durant cette sinistre période de ma vie. (...) A côté de la bataille de ma jeunesse, tous les autres combats que j'ai dû mener ont été faciles, car, quelles que soient les circonstances extérieures, je n'obéis désormais plus qu'à ma seule volonté intérieure. Je ne dois prêter allégeance à personne et ne le ferai jamais plus; je me dirige lentement vers un seul but: la connaissance, l'affirmation de ma propre liberté, avec toutes les responsabilités qui en découlent. Telle est, j'en suis convaincue, la raison essentielle de mon attirance pour l'anarchisme.»

La libre-pensée

Dès qu'elle quitte le couvent, Voltairine se met à donner des cours particuliers de musique, de français, d'écriture et de calligraphie, activité qui lui permit de gagner son pain jusqu'à sa mort. Voltairine commence parallèlement une carrière de conférencière et d'écrivaine. Voulant se débarrasser des influences autoritaires de l'Eglise sur sa formation intellectuelle, elle se lance avec ferveur dans le mouvement pour la libre-pensée, en pleine croissance à l'époque. Selon l'auteure féministe Wendy McElroy ce courant «anticlérical, antichrétien, voulait obtenir la séparation de l'Eglise et de l'Etat afin que les questions religieuses dépendent seulement de la conscience et de la faculté de raisonner de chaque individu ». Comme l'explique Avrich, «(...) anarchistes et libres-penseurs eurent toujours beaucoup d'affinités car ils partageaient un point de vue anti-autoritaire et une tradition commune de radicalisme laïciste.» C'est à travers son engagement pour la libre-pensée que Voltairine découvrit l'anarchisme - évolution classique à l'époque pour beaucoup de libertaires, en tout cas ceux qui étaient nés aux Etats-Unis.
En 1886, Voltairine commence à écrire pour un hebdomadaire libre-penseur The Progressive Ageet en devient rapidement la rédactrice en chef. A l'époque elle donne des conférences dans la région de Grand Rapids, Michigan, où elle vit, et dans d'autres villes de cet Etat. Elle traite de sujets comme la religion, Thomas Paine (1), Mary Wollstonecraft (2) (qui était l'une de ses héroïnes) et la libre-pensée. Voltairine prend la parole à Chicago, Philadelphie et Boston. Elle participe aussi fréquemment à des tournées de conférences organisées par l'American Secular Society (Association laïciste américaine) à travers tout l'Ohio et la Pennsylvanie. Elle s'adresse à des groupes rationalistes, des clubs libéraux et des associations de libres-penseurs. Sa réputation d'oratrice grandit et ses auditeurs trouvent ses conférences «riches et originales» comme l'écrivit Emma Goldman. Elle envoie aussi des articles et des poèmes aux principales publications laïcistes du pays.
En décembre 1887, Voltairine commence à s'intéresser aux questions économiques et politiques, après avoir écouté une conférence sur le socialisme présentée par Clarence Darrow (3). Écrivant un article à ce sujet dans The Truth Seeker,elle remarque: «C'était la première fois que j'entendais parler d'un plan d'amélioration de la condition ouvrière qui explique le cours de l'évolution économique. Je me suis précipité vers ces théories comme quelqu'un qui s'échapperait en courant de l'obscurité pour trouver la lumière.» Quelques semaines plus tard, Voltairine se déclare socialiste. Elle est attirée par le message anticapitaliste de ce courant et son appel à la lutte de la classe ouvrière contre l'ordre économique dominant. Cependant, comme l'explique Emma Goldman, son «amour inné de la liberté ne pouvait se concilier avec les conceptions étatistes du socialisme». Voltairine se trouve obligée de défendre le socialisme dans des débats avec les anarchistes, à un moment décisif pour l'histoire de ce courant. En effet, le 11 novembre 1887, quatre anarchistes sont pendus par l'Etat d'Illinois. Ils passeront à la postérité sous le nom des «martyrs de Haymarket». Leur emprisonnement, leur procès grotesque et leur exécution déclenchent un vaste mouvement de solidarité dans le monde entier (...)

« Qu'on les pende ! »

En mai 1886, lorsque Voltairine entend parler pour la première fois de l'arrestation des anarchistes de Chicago, elle s'exclame: «Qu'on les pende!» Elle se trouve momentanément emportée par la vague d'hostilité contre les anarchistes, les syndicats et les immigrés qui se répand dans le pays. En effet, la presse entame une violente campagne à partir du 5 mai, le jour suivant la tragédie de Haymarket. Rappelons l'enchaînement des faits.
Le 1er mai 1886, une grève générale éclate dans les principales villes des États-Unis. Des centaines de milliers d'ouvriers manifestent dans les rues en exigeant la mise en application immédiate de la journée de 8 heures. Le combat pour la réduction du temps de travail a pris de l'ampleur depuis quelques années dans les principaux centres industriels du pays. Chicago est à l'avant-garde de ce mouvement, que les anarchistes dirigent et organisent dans cette ville. La presse bourgeoise les dénonce constamment et les patrons craignent le pouvoir croissant des organisations ouvrières. Le 3 mai 1886, la police de Chicago ouvre le feu sur des grévistes, tuant et blessant plusieurs personnes. Les anarchistes appellent alors à un rassemblement de protestation le lendemain. Le 4 mai, un meeting se tient à Haymarket Square où plusieurs centaines d'ouvriers viennent écouter des syndicalistes radicaux. La police encercle le rassemblement et le déclare illégal. Les flics chargent les travailleurs mais tout à coup quelqu'un, du côté des manifestants, lance une bombe qui tue un officier de police et en blesse plusieurs autres. Les flics organisent immédiatement une série de descentes et de perquisitions dans les domiciles et les locaux des anarchistes, arrêtant et interrogeant des centaines de sympathisants. Huit hommes sont jugés responsables de l'attentat et déclarés coupables de meurtre, même si certains d'entre eux n'étaient même pas présents sur les lieux. (...) Deux militants sont condamnés à perpétuité, un troisième à 15 ans, un quatrième se suicide parce qu'il dénie à l'Etat le droit de lui ôter la vie, et les quatre derniers sont pendus le 11 novembre 1887.
Voltairine regrette rapidement sa réaction initiale et, peu après l'exécution des martyrs de Haymarket, elle se convertit à l'anarchisme. (...). L'anniversaire de l'exécution des martyrs de Haymarket devient une date importante pour le mouvement ouvrier international, et articulièrement aux Etats-Unis. Les cérémonies organisées à cette occasion sont aussi l'occasion de se compter et de donner une nouvelle impulsion au combat contre l'exploitation. (...) Beaucoup d'auditeurs trouvent les discours de Voltairine particulièrement passionnés et stimulants. Elle prend la parole aux côtés d'autres anarchistes célèbres comme Emma Goldman, Alexander Berkman et Lucy Parsons, l'épouse d'un des martyrs de Haymarket, Albert Parsons, et l'une des organisatrices les plus infatigables du mouvement (...). Chaque année, Voltairine participe à ces manifestations, même lorsqu'elle est profondément déprimée ou malade car elle y puise de l'inspiration et du courage. (...)
«L'année 1888 marque un tournant dans la vie de Voltairine de Cleyre, explique Avrich. C'est l'année où elle devient anarchiste et écrit ses premiers essais anarchistes, mais aussi l'année où, pendant une tournée de conférences, elle rencontre les trois hommes qui vont jouer un rôle important dans sa vie: T. Hamilton Garside, dont elle tomba passionnément amoureuse; James B. Elliott, dont elle eut un enfant; et Dyer D. Lum, avec lequel elle entretint une relation intellectuelle, morale et physique, qui fut plus importante que celles avec Garside et Elliott, mais qui se termina, comme les autres, par une tragédie.»

Trois échecs

Garside donnait lui aussi des conférences sur la lutte sociale et lorsque Voltairine tombe amoureuse de lui, elle n'a que 21 ans. Il rompt rapidement avec elle et ce rejet la frappe cruellement, comme en témoignent nombre de ses poèmes de l'époque. Cette première expérience négative la plonge dans une grave dépression, avivant sa sensation d'isolement, mais stimulant aussi sa réflexion féministe sur les relations entre les sexes et la façon dont la société réduit les femmes à un simple rôle d'objets sexuels.
La relation de Dyer Lum avec Voltairine fut d'un tout autre ordre car elle influença profondément son évolution politique et qu'ils construisirent une amitié «indéfectible», selon Avrich. Lum avait vingt-sept ans de plus que la jeune femme et une grande expérience politique. Il avait appartenu au mouvement abolitionniste et s'était porté volontaire pour se battre pendant la Guerre de Sécession afin d'«en finir avec l'esclavage». Il connaissait bien la plupart des martyrs de Haymarket et avait milité avec eux. C'était un auteur prolifique et ils écrivirent à quatre mains un long roman social et philosophique, qui ne fut jamais publié et que l'on a malheureusement perdu. Ils menèrent aussi un travail de réflexion politique en commun. A l'époque, des débats très violents opposaient les différentes tendances idéologiques du mouvement anarchiste (...). Voltairine et Dyer Lum écrivirent de nombreux articles pour les publications de ces divers courants et avancèrent l'idée d'un«anarchisme sans adjectifs» (4). (...) Dans l'un des essais les plus connus de Voltairine («L'anarchisme»), elle défend l'idée d'une plus grande tolérance dans le mouvement anarchiste, (...) étendant cette tolérance jusqu'à l'anarchiste chrétien Tolstoi et d'autres penseurs très critiqués par les athées du mouvement. (...)
Si les idées de Voltairine de Cleyre et Dyer Lum convergeaient sur de nombreux points, Avrich souligne qu'ils avaient aussi des divergences importantes, notamment en ce qui concerne «la position des femmes dans la société actuelle et ce qu'elle devrait être». A ce sujet, Voltairine prend une «position plus tranchée» que Lum. Ils n'ont pas non plus le même avis sur les moyens de changer la société. Lum pense que la révolution provoquera inévitablement une lutte violente entre la classe ouvrière et la classe patronale, conviction qu'il tire notamment de la Guerre de Sécession et des effets qu'elle eut sur l'abolition de l'esclavage. Voltairine penche plutôt pour la non-violence mais comprend ceux qui ont recours à d'autres méthodes. Elle désapprouve les différents assassinats commis par des anarchistes au tournant du XXe siècle mais cherche toujours à en expliquer les raisons. Lorsque le président McKinley fut abattu par Leon Czolgosz, elle déclara que la violence du capitalisme et l'inégalité économique poussaient les gens à utiliser la violence.

Trois balles dans le corps

Les opinions non-violentes de Voltairine et sa compréhension pour ceux qui utilisent la violence vont être brutalement mises à l'épreuve à la fin de l'année 1902. Comme nous l'avons déjà dit, Voltairine gagnait sa vie en donnant des cours particuliers. Elle enseignait surtout l'anglais à des familles et des ouvriers juifs pour lesquelles elle avait le plus grand respect et avec lesquels elle travaillait fréquemment. Un jour, l'un de ses anciens élèves, Herman Helcher, l'attend dans la rue et tente de l'assassiner. Il lui tire une balle dans la poitrine, puis, lorsqu'elle s'effondre, deux autres balles dans le dos. Elle réussit pourtant à se relever et à marcher encore plusieurs dizaines de mètres avant qu'un médecin, qui heureusement passait par là, vienne à son secours et appelle une ambulance. Elle est dans un état critique et l'on craint pour sa vie. Mais quelques jours plus tard, elle commence à récupérer et sa condition se stabilise. Ce qu'elle fait ensuite scandalise ou met en colère nombre de ses concitoyens, mais lui vaut, à long terme, le respect de pas mal de gens. Convaincue que le capitalisme et l'autoritarisme corrompent les êtres humains et les poussent à utiliser la violence, elle réagit, face à cette tentative d'assassinat, conformément à ses convictions. Voltairine refuse d'identifier Helcher comme son agresseur et de déposer la moindre plainte contre lui. En cela, elle «respectait les enseignements de Tolstoi, qui prônait de rendre un bien pour un mal» (Paul Avrich). Elle écrit ensuite une lettre qui sera publiée par le principal quotidien de Philadelphie, ville où elle habite à l'époque. «Le jeune homme qui, selon certains, m'a tiré dessus est fou. Le fait qu'il ne mange pas à sa faim et n'ait pas un travail sain l'a rendu ainsi. Il devrait être placé dans un asile psychiatrique. Ce serait une offense à la civilisation de l'envoyer en prison pour un acte commandé par un cerveau malade.»
«Je n'éprouve aucun ressentiment contre cet individu. Si la société permettait à chaque homme, chaque femme et chaque enfant de mener une vie normale, il n'y aurait pas de violence dans ce monde. Je suis remplie d'horreur quand je pense que des actes brutaux sont commis au nom de l'Etat. Chaque acte de violence trouve son écho dans un autre acte de violence. La matraque du policier fait naître de nouveaux criminels.»
«Contrairement à ce que croient la plupart des gens, l'anarchisme souhaite la " paix sur la terre pour les hommes de bonne volonté". Les actes de violence commis au nom de l'anarchie sont le fait d'hommes et de femmes qui ont oublié d'être des philosophes - des professeurs du peuple - parce que leurs souffrances physiques et mentales les poussent au désespoir.»
Après sa convalescence, Voltairine entame une série de conférences sur «Le crime et sa répression», la réforme des prisons et leur suppression. Elle continue à se battre pour que la justice soit clémente envers Helcher. Selon Avrich, «les propos de Voltairine de Cleyre sont largement évoqués dans la presse de Philadelphie». Les journaux locaux, qui avaient violemment critiqué l'anarchisme, adoucissent leur ton lorsqu'ils parlent de Voltairine et elle devient une sorte de célébrité car son attitude lui vaut même l'admiration de certains de ses plus farouches adversaires.
La relation entre Voltairine et Dyer Lum se termine au bout de cinq ans lorsqu'il se suicide en 1893, au terme d'une grave dépression. Voltairine, elle-même, se trouva au bord du suicide plusieurs fois, suite à de profondes dépressions et à ses maladies. (...)
Le troisième homme important dans la vie de Voltairine se nommait James B. Elliott et elle le rencontra en 1888. Il militait dans le mouvement pour la libre-pensée et tous deux firent connaissance lorsque la Friendship Liberal League (5) invita Voltairine à venir parler à ses membres à Philadelphie. Voltairine vécut dans cette ville pendant plus de vingt ans, entre 1889 et 1910. Sa relation avec Elliott ne dure pas longtemps, mais elle se retrouve enceinte de lui et met au monde, le 12 juin 1890, le petit Harry de Cleyre. Harry allait être son seul enfant. Elle n'avait aucune intention d'être mère et ne voulait pas élever d'enfants. Selon Avrich, «physiquement, émotionnellement et financièrement, elle ne se sentait pas capable de faire face aux responsabilités de la maternité». Harry fut élevé par son père à Philadelphie. Si Harry et Voltairine eurent peu de contacts, Harry aima, respecta et admira toujours sa mère. D'ailleurs il prit son nom, et non celui de son père, et appela sa première fille Voltairine. (...)

Une militante infatigable

A Philadelphie, Voltairine est très active dans divers domaines. Pour les femmes de la Ladies Liberal League, organisation de libres-penseuses dont elle a été l'une des fondatrices en 1892, elle met au point un programme de conférences sur des thèmes comme la sexualité, les interdits, la criminalité, le socialisme et l'anarchisme. Elle participe aussi à la création du Club de la science sociale, un groupe anarchiste de discussion et de lecture. (...) Elle organise des réunions publiques qui attirent des centaines d'auditeurs désireux d'écouter des anarchistes et des syndicalistes radicaux qui viennent des quatre coins du pays. Elle collecte des fonds, s'occupe de la distribution de brochures et de livres, et se consacre à bien d'autres tâches pratiques. En 1905, Voltairine et plusieurs de ses amies anarchistes (notamment Natasha Notkin (6), Perle McLeod (7) et Mary Hansen), ouvrent la Bibliothèque révolutionnaire, qui prête des ouvrages radicaux aux ouvriers pour une somme modique et est ouverte à des heures convenant aux salariés.
Voltairine de Cleyre voyage deux fois en Europe durant cette période. Pour ses activités de conférencière, elle avait parcouru les Etats-Unis de nombreuses fois, et en tant qu'organisatrice elle s'était occupée d'héberger des orateurs étrangers, ce qui lui avait permis de connaître de nombreux révolutionnaires européens. Invitée par les anarchistes anglais, elle se rend en Europe où elle donne des dizaines de conférences sur des sujets comme l'«histoire de l'anarchisme aux États-Unis», «l'anarchisme et l'économie», la «question des femmes» ou «l'anarchisme et la question syndicale». (...) En Angleterre, elle rencontre des camarades russes, espagnols et français, et noue bien sûr de nombreux contacts et amitiés avec des anarchistes britanniques. A son retour aux Etats-Unis elle commence à écrire une rubrique intitulée «AmericanNotes» pour Freedom,un journal anarchiste de Londres (8). Elle entreprend aussi de traduire en anglais un livre de l'anarchiste français Jean Grave (9).
Durant toute sa vie, elle traduisit de nombreux poèmes et articles du yiddish en anglais, et traduisit aussi de l'espagnol L'Ecole moderne,un livre de Francisco Ferrer (10) qui contribua à la création et l'essor de ce mouvement pédagogique aux États-Unis. Au début du XXe siècle, des dizaines d'écoles se créèrent pour mettre en pratique les méthodes d'éducation anarchiste et d'apprentissage collectif.
Entre 1890 et 1910, Voltairine est l'une des anarchistes les plus populaires et respectées aux Etats-Unis, et dans le mouvement anarchiste international. Ses écrits sont traduits en danois, suédois, italien, russe, yiddish, chinois, allemand, tchèque et espagnol. Elle est aussi l'une des féministes les plus radicales de son époque, et contribue, avec d'autres femmes anarchistes, à faire progresser la dite «question féminine». En 1895, dans une conférence aux femmes de la Ligue libérale, elle déclare: «(la question sexuelle) est plus importante pour nous que n'importe quelle autre, à cause de l'interdit qui pèse sur nous, de ses conséquences immédiates sur notre vie quotidienne, du mystère incroyable de la sexualité et des terribles conséquences de notre ignorance à ce sujet» (...). Toute sa vie, Voltairine a combattu le système de la domination masculine. Selon Avrich, «une grande part de sa révolte provenait de ses expériences personnelles, de la façon dont la traitèrent la plupart des hommes qui partagèrent sa vie . et qui la traitèrent comme un objet sexuel, une reproductrice ou une domestique.»(...)

Voltairine et Emma

Il existe de nombreuses similitudes entre Emma Goldman et Voltairine de Cleyre. Toutes deux ont été fortement influencées par l'exécution des martyrs de Haymarket, ont beaucoup voyagé pour donner des conférences et organiser des réunions, et ont beaucoup écrit pour des journaux révolutionnaires. Elles ont également combattu pour la libération des femmes dans la société et dans les rangs du mouvement anarchiste.
Comme le remarque Sharon Presley: «Voltairine de Cleyre et Emma Goldman eurent des expériences très semblables avec les hommes car leurs amants avaient, ce qui n'était guère étonnant à l'époque, des conceptions très traditionnelles en matière de rôles sexuels. Mais si les deux femmes partageaient les mêmes idées politiques et les mêmes passions dans de nombreux domaines, elles ne furent jamais amies.» (...)
Néanmoins, Voltairine et Emma surent mettre de côté leurs différends personnels à plusieurs occasions et se soutenir mutuellement. Emma vint à l'aide de Voltairine lorsque celle-ci fut gravement malade et Voltairine défendit publiquement Emma lorsqu'elle fut systématiquement arrêtée chaque fois qu'elle prenait la parole dans des réunions de chômeurs pendant la crise économique de 1908. A cette occasion Voltairine de Cleyre écrivit un essai intitulé «En défense d'Emma Goldman et de la liberté de parole». Lorsque Emma Goldman créa le journal Mother Earth,Voltairine devint aussitôt une fidèle collaboratrice et une ardente supporter. Après la mort de Voltairine, Mother Earthconsacra un numéro spécial à la vie et à l'ouvre de Voltairine et, deux ans plus tard, en 1914, Emma Goldman et Alexander Berkman publièrent un recueil de textes de Voltairine de Cleyre, qu'ils présentèrent comme « un arsenal de connaissances indispensables pour l'apprenti et le soldat de la liberté».

La révolution mexicaine

Gravement dépressive et malade, Voltairine déménage à Chicago en 1910. Elle continue à écrire et donner des conférences, mais elle ne se départ pas d'un certain pessimisme historique et éprouve des doutes sur la valeur de sa propre contribution à la lutte pour la libération de l'humanité.
«Au printemps 1911, à un moment où elle est plongée dans un profond désespoir, Voltairine reprend courage grâce à la révolution qui éclate au Mexique et surtout grâce à l'action de Ricardo Flores Magon (11), l'anarchiste mexicain le plus important de l'époque», écrit Avrich. Voltairine et ses camarades rassemblent des fonds pour aider la révolution et commencent à donner des conférences pour expliquer ce qui se passe et l'importance de la solidarité internationale.
Flores Magon éditait le journal anarchiste Regeneracion, populaire non seulement au Mexique mais aussi dans les communautés mexicaines-américaines dans tout le Sud-Ouest des États-Unis. Voltairine devient la correspondante et la distributrice de ce périodique à Chicago et participe à la création d'un comité de soutien pour récolter des fonds et développer la solidarité.
Au cours de la dernière année de sa vie elle écrit son remarquable essai sur l'action directe et soutint les syndicalistes des IWW. Sa santé s'affaiblit considérablement et elle meurt le 20 juin 1812. Deux mille personnes assistent à ses funérailles au cimetière de Waldheim, où elle est enterrée à proximité des martyrs de Haymarket.

Chris Crass (San Francisco)
Notes du traducteur
1.Thomas Paine(1737-1808). Journaliste et pamphlétaire britannique, il prit parti d'abord pour l'indépendance des colonies britanniques, lorsqu'il émigra en Amérique, puis pour la Révolution française. Député du Pas-de-Calais en 1792, il refuse de voter la condamnation à mort de Louis XVI. Il est emprisonné sous la Terreur et libéré après le 9-Thermidor. Sa critique des gouvernements établis et de l'Eglise, son plaidoyer pour la République, en font l'un des pionniers de la libre-pensée, même s'il n'était pas athée. Principaux ouvrages: Théorie et pratique des droits de l'homme, Le Sens commun, Le Siècle de la raison.
2. Mary Wollstonecraft (1759-1797). Ecrivaine britannique qui défendit dans ses écrits la Révolution française et l'égalité pour les femmes. Epouse de l'anarchiste communiste William Godwin et mère de la future Mary Shelley. En français: Défense des droits de la femme,trad. M.T. Cachin, Payot.
3. Clarence Darrow (1857-1938). Avocat et orateur. Il défendit les anarchistes de Haymarket puis des socialistes ou des syndicalistes comme Eugene Debs ou «Big Bill» Haywood.
4. Autrement dit, sans étiquettes. Cf. «Traditions américaines et défi anarchiste»de Chris Crass,
5. A l'époque le mot anglais liberalsignifiait agnostique, sceptique, rationaliste voire athée !
6. Natasha Notkin, militante révolutionnaire russe.
7. Perle McLeod (1861-1915), militante anarchiste d'origine écossaise qui aida beaucoup Voltairine après la tentative d'assassinat dont cette dernière fut victime. Elle déclara à un journaliste: «Nous sommes pour tuer le système, pas les hommes. Rien ne sert de tuer les présidents ou les rois. Ce qu'il nous faut liquider, ce sont les systèmes sociaux qui rendent possible l'existence des présidents et des rois.»
8. Freedom,Fondé en 1886, ce journal existe toujours et paraît tous les 15 jours.
9. Jean Grave (1854-1939). Cordonnier, autodidacte, il dirigea plusieurs journaux anarchistes (Le Révolté, La Révolteet Les Temps nouveaux)et vulgarisa les thèses de Kropotkine. Interventionniste pendant la Première Guerre mondiale, il continua à militer après 1918, malgré l'hostilité dont il était l'objet chez ses camarades antimilitaristes. Quelques titres parmi des dizaines: Le Machinisme, L'Individu et la société, La Colonisation, La Conquête des pouvoirs publics, La Société future, La Société mourante et l'anarchie, Le Mouvement libertaire sous la Troisième République,etc.
10. Francisco Ferrer (1859-1909). Pédagogue et anarchiste espagnol. Fusillé pour avoir «inspiré idéologiquement» l'insurrection de 1909 contre l'expédition militaire espagnole au Maroc. Son innocence fut reconnue trois ans plus tard.
11. Ricardo Flores Magon (1873-1922). Journaliste, il lutte contre la dictature de Porfirio Diaz et fonde le Parti libéral mexicain en 1905. Il évolue vers l'anarchisme après 1908. Emprisonné aux Etats-Unis en 1905, 1907, et 1912 pour son action militante, il est finalement condamné en 1918 à vingt ans de prison, en vertu d'une loi sur l'espionnage (!) et meurt dans le terrible pénitencier de Leavenworth. En français: Propos d'un agitateur,trad. M. Velasquez, 1993, L'Insomniaque.

 

 

 

 

 

 

 


Maurice Joyeux

 


Entre l'anarchisme et le marxisme, il n'y a pas de conciliation possible.

Le marxisme maintient l'homme dans le cercle qui enserre les sociétés de classes, quel que soit le système dont elles se réclament, l'anarchisme sort l'homme de ce cercle. Malgré ses prétentions, le marxisme n'est qu'une adaptation des sociétés de classes avec des moyens appropriés.

L'anarchisme est rupture. C'est la civilisation de l'Homme en lutte contre toutes les formes d'oppression. Ainsi écrivait Maurice Joyeux.

Les Editions du Monde Libertaire se devaient de consacrer un livre à celui, par son action et sa pensée a marqué, et marque encore aujourd'hui, le mouvement libertaire français.

Maurice Joyeux se montra, sa vie durant, ouvert à toutes les pistes dès lors que le principe fondateur s'appuyait sur cette notion chère qui s'appelait la liberté, et en brisant les conformismes, Maurice Joyeux construisit les adaptations de la pensée libertaire nécessaires au monde contemporain.

Il reste, encore aujourd'hui, l'un des principaux artisans de sa reconstruction.

Roland Bosdeveix, qui fut un de ses compagnons de combat pendant plus de vingt ans, raconte Maurice Joyeux dans ces pages. Il raconte le personnage d'abord, celui qui passa de la révolte (qui le conduisit plusieurs fois en prison) à l'action révolutionnaire et à la création de la Fédération anarchiste. Dans une deuxième partie l'auteur analyse l'oeuvre et la théorie de Maurice Joyeux.

 

 

 

 

 

 

 

 


Sacco & Vanzetti

 

En 1917, les États-Unis entrent dans le conflit mondial. Pour échapper à la mobilisation, les anarchistes Ferdinando Sacco (dit Nicola Sacco) et Bartolomeo Vanzetti se réfugient au mexique avec une trentaine d’insoumis.

Quand ils rentrent clandestinement aux USA, quelques mois plus tard, de nouvelles lois sur l’immigration suscitent la colère des anarchistes et des attentats visent les responsables de cette politique xénophobe.

En 1920, la répression policière s’abat sur le mouvement libertaire, provoquant notamment la mort d’Andréa Salsedo.

C’est dans ce contexte de chasse aux "subversifs" qu’ont lieu deux hold-up : le 24 décembre 1919 à Bridgewater, et le 15 avril 1920 à South Braintree, ou deux convoyeurs sont tués.

Le 5 mai 1920, Sacco et Vanzetti sont arrêtés par la police. Le 16 août, Vanzetti est condamné pour le premier braquage à 15 ans de prison. Le 11 septembre 1920, Sacco et Vanzetti sont accusés du meurtre des convoyeurs. C’est le début de l’affaire "Sacco et Vanzetti". Le procès du 31 mai au 14 juillet 1921 les déclare coupables. Des comités de soutien se créent dans le monde entier pour clamer l’innocence des deux inculpés. Mais ni les immenses manifestations internationales, ni le manque de preuves formelles ne feront reculer la "logique" juridico-politique.

Le 12 mai 1926, leur condamnation à mort est confirmée. Le 23 août 1927, Sacco et Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique, suscitant une réprobation mondiale.

En 1977, 50 ans après leur exécution, leur mémoire est réhabilitée par le gouverneur du Massachusetts...

 

 

 

 

 

 

 

Elisee Reclus

 


une conscience libertaire

Géographe, anarchiste et franc-maçon, Élisée Reclus naît, le 15 mars 1830, à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde).

Issu d'une famille protestante, il étudie à Montauban puis, la géographie à Berlin. Le coup d'État de décembre 1851 l'oblige une première fois à l'exil en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Amérique du Sud. Revenu en France, il prend une part active à la Commune de Paris en 1871. Arrêté les armes à la main, il est condamné à la déportation en Nouvelle- Calédonie. Mais, grâce au soutien de la communauté scientifique (notamment de Darwin), sa peine est commuée en dix ans de bannissement. Il rejoint alors son frère Élie en Suisse et participe activement à la Fédération Jurassienne, avec Bakounine et James Guillaume. En 1877, il rencontre Pierre Kropotkine, qui devient son ami. Après la Suisse, c'est à Bruxelles qu'Élisée s'installe. Très actif, il contribue à la fondation de la première université laïque de Belgique.

Auteur prolifique, Élisée Reclus participe à de nombreux journaux : Le Révolté, L'Insurgé, Le Cri du Peuple, etc. Mais il est surtout l'auteur de l'extraordinaire Géographie Universelle (19 volumes), et de L'Homme et la Terre (6 volumes), ouvrages de géopolitique dans lesquels il analyse le rapport de l'homme et de son environnement.

Élisée Reclus meurt le 4 juillet 1905.

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Kropotkine

 

Pierre Kropotkine est issu de l'une des plus vieilles familles de la noblesse russe.
De l'âge de 15 ans, et durant cinq ans, il sera l'hôte de l'école des Pages. Il en sortira sergent, place enviée parce que le sergent devenait le page de chambre personnel de l'empereur. Cette place laissait prévoir une ascension rapide et sûre au sein de la cour. Kropotkine vécut donc au côté d'Alexandre II et put se faire une idée précise de ce qui se passait dans son entourage. Cela ne fit que confirmer ses impressions et le dégoûta à jamais de la vie de courtisan.

En 1860, Pierre Kropotkine édite sa première publication révolutionnaire.
Celle-ci est manuscrite et destinée à trois de ses camarades : A cet âge, que pouvais-je être, si ce n'est constitutionnel ? Et mon journal montrait la nécessité d'une constitution pour la Russie.
Nommé officier, il est le seul à choisir un régiment peu connu et loin de la capitale. Il part donc pour la Sibérie comme aide de camp du général Koukel. Cet homme, aux idées radicales, avait dans sa bibliothèque les meilleures revues russes et les collections complètes des publications révolutionnaires londoniennes de Herzen.
En outre, il avait connu Bakounine pendant son exil et put raconter à Kropotkine bon nombre de détails sur sa vie. Sa première expédition importante est la traversée de la Mandchourie, à la recherche d'une route reliant la Transbaïkalie aux colonies russes sur l'Amour.
L'année suivante, il entreprend un long voyage pour trouver un accès de communication directe entre les mines d'or de la province de Yakoutsk et la Transbaïkalie. Cette découverte, dont Kropotkine n'hésite pas à dire qu'elle est sa principale contribution scientifique, est bientôt suivie par la théorie de la glaciation et de la dessication.
Ayant quitté l'armée, il entre à l'université de Saint-Pétersbourg à l'automne 1867. Pendant cinq ans, son temps est entièrement absorbé par les études et les recherches scientifiques.
A la mort de son père, il décide de se rendre en Europe occidentale.

L'Association Internationale des Travailleurs (AIT), dont il avait déjà entendu parler, l'attire.
Arrivé à Zurich, il adhère à une section de l'Internationale, puis se rend dans le jura où l'activité libertaire est intense. A Neuchâtel, il rencontre James Guillaume qui deviendra l'un de ses meilleurs amis. A Sonvilliers, il se lie d'amitié avec Adhémar Schwitzguebel. Ces différents contacts le marqueront, ainsi que le comportement des ouvriers jurassiens pour lesquels il a une grande admiration.
De retour en Russie, Kropotkine devient un propagandiste infatigable et, durant deux ans, il parcourt les quartiers populaires de Saint-Pétersbourg déguisé en paysan, sous le nom de Borodine. Il est arrêté en 1874 et conduit à la forteresse Pierre et Paul, il s'en évade grâce à l'aide de sa sœur et se réfugie en Angleterre.
Le désir d'agir sur les événements pousse Kropotkine à retourner en Suisse.
En décembre 1876, il séjourne à Neuchâtel où il rencontre Malatesta et Cafiero qui projettent pour l'année suivante une insurrection en Italie. Il s'installe dans le jura et commence pour lui une période d'activités intenses.
Il se rend partout où c'est nécessaire, à Verviers (en Belgique), à Genève, à Vevey où il rencontre Elisée Reclus. En juin 1877, Kropotkine et Paul Brousse fondent "l'Avant-garde ", journal international, pour effectuer une propagande vers la France. A l'automne 1877, il participe au congrès de Verviers qui sera le dernier congrès international de la tendance bakounienne.
Après un bref séjour à Genève, il part pour l'Espagne où il est émerveillé par l'implantation de l'anarchisme. C'est au retour de ce voyage qu'il fait la connaissance de Sophie Ananief, avec laquelle il passera le restant de ses jours.
En 1879, Kropotkine édite un journal pour la Fédération jurassienne.
C'est ainsi que naît " le Révolté " qui prendra en 1887 le nom de " la Révolte " et, pour finir, s'intitulera "les Temps nouveaux" en 1895.
En 1880, il se rend à Clarens pour rejoindre Elisée Reclus qui lui demande de collaborer, pour la partie russe, à son gigantesque ouvrage, la "géographie universelle" . C'est là aussi qu'il écrit la célèbre brochure "aux jeunes gens".
A son retour, il est expulsé de Suisse à cause de l'assassinant d'Alexendre II.
En 1882, il se rend en France où il est arrêté avec soixante autres anarchistes. Kropotkine et trois de ses compagnons sont condamnés à cinq ans de prison, les autres inculpés à des peines d'un à quatre ans. Pendant ces années d'enfermement, Kropotkine donne à ses compagnons des cours de cosmographie, de géométrie, de physique… et presque tous apprennent une langue étrangère.

Ne pouvant rester en France, le couple décide de séjourner à Londres.
Ils ne savent pas alors qu'ils resteront pendant trente ans en Angletere où le mouvement anarchiste anglais n'a cessé de prendre de l'ampleur. Mme Charlotte Wilson, membre de la société Fabienne, devient peu à peu une disciple de Kropotkine. En 1885, Henry Seymour lance le journal individualiste "The anarchist". Dans l'Est End à Londres, les juifs anarchistes font paraître à la même époque un journal en Yiddish (L'ami des travailleurs).
Le groupe Freedom, tout nouvellement créé, composé de Kropotkine et de sa femme, de Mme Wilson, du Docteur Burns Gibson et d'un ou de deux autres compagnons, lance en octobre le premier numéro de "Freedom". La morale anarchiste paraît en 1890, suivant deux ans plus tard de "la Conquête du Pain". Après une série de conférences, au Canada, sur les dépôts glaciaires en Finlande et sur la théorie de la structure de l'Asie, il se rend aux Etats-Unis où ils fait des meetings sur l'anarchisme.
Grâce à l'argent collecté au cours de deux meetings à New-York, John Edelman peut faire paraître le premier journal anarchiste communiste en langue anglaise au Etats-Unis.

En 1905, la première révolution en Russie l'enthousiasme, il participe à Londres à deux réunions organisées sur ce sujet. En 1911, il écrit pour le nouveau journal des exilés russes "Rabotni Mir" qui deviendra en 1913 l'organe de la Fédération communiste anarchiste.
Jean Grave lui rend visiste en 1916 et les deux hommes discutent de leur position commune à propos de la guerre. Ils décident de rédiger un texte qui prend le nom de : Manifeste des seize.
En mai 1917, Kropotkine prend la décision de revenir en Russie. Il s'embarque donc et partout où il passe malgré les précautions pour voyager incognito, il est chaleureusement accueilli. Il refuse outré, le misnistère que lui propose Kerenski et, quand Lénine est maître de la situation, il réitère son refus de participer à tout gouvernement.
Il ne cesse de dénoncer la dictature qui s'instaure et en but à des tracasseries de la part des bolchevics, il meurt à Dmitrov entouré de ses plus fidèles amis.
Son enterrement sera la dernière grande manifestation libre en URSS.

 

 

 

 

 

 

 


anarchisme franc-maçonnerie
portrait d'un anarchiste franc-maçon


Francisco Ferrer

 

Discours prononcé par Hem Day
à l'université de Bruxelles
La pensée et l'œuvre de Francisco Ferrer se présentent sous de multiples aspects, tous généreux par leur noble ambition et leur résonance étonnante. Les orateurs qui jusqu'à présent m'ont précédé a cette tribune comme tous ceux qui me succéderont, vous ont dit ou vous diront avec quelle ferveur, ils estiment l'homme, le penseur, le rationaliste, l'éducateur, le franc-maçon, le radical, dont nous célébrons le centenaire de la naissance (1859) et le cinquantenaire de l'assassinat (1909).
Ces dates rappellent à tous ceux dont le souvenir de F. ferrer reste encore vivace, deux anniversaires qui s'incrustent dans les annales de la pensée libre. Ce n'est donc point là pour nous un simple prétexte en vue de célébrer la mémoire d'un homme si grand fut-il ?
F. Ferrer lui-même nous le signifie avant de mourir losrqu'il désire que ses amis parlent ou point de lui, afin de ne pas créer d'idoles, car il considère celles-ci comme "un grand mal pour l'avenir humain". Qu'il me soit donné en ce jour mémorable de braver cette modestie, afin de redire à la face du monde libre, l'assassinat odieux dont fut victime ce précurseur.
Cet enseignement, il le voulait là, dans un pays où l'éducation rudimentaire même, se heurtait à toutes les possibilités du progrès et au développement naturel de l'individu. Qu'il me soit en plus loisible au nom du libre examen, d'exalter l'idéal de F. Ferrer et de magnifier par la même occasion la pensée de celui que l'Eglise catholique romaine, associée à l'Etat, n'hésita point d'immoler indignement.
Que l'on se méprenne pas en réalité rien n'est changé de nos jours, la pensée reste persécutée, la censure use toujours de ses prérogatives au nom d'une morale falsifiée ou désuète et si ce n'était la crainte des révoltes spontanées, mains individus, clans ou partis n'hésiteraient point à recourir à d'authentiques procédés inquisitoriaux pour tenter d'empêcher la libre expression de la pensée.
Entre temps, un peu partout, on assassine toujours, on condamne à des peines infamantes, on emprisonne arbitrairement, on martyrise ceux qui veulent énoncer librement leur idéal. Il faut donc rester vigilant et dénoncer sans trêve ni repos les crimes qui sont en perpétuelle gestation à l'ombre des Etats et des cathédrales.
Sachons donc, découvrir les buts de son idéal qui de nos jours encore est loin , très loin d'être réalisé, parce qu'incompris. Ferrer m'a souvent répété, disait son ami Alfred Naquet lors d'une conférence qu'il donnait le 3 septembre 1909 que "le temps ne respecte pas les oeuvres à l'édification desquelles il n'a pas contribué. En fondant des écoles, il croyait travailler plus utilement à la transformation de la société qu'en élevant des barricades et sans répudier les héros qui se font tuer sur elles, il préférait parce qu'il la croyait plus féconde, l'œuvre qui consiste à faire des hommes à préparer la révolution dans les cerveaux."
Il visait, ajoutait Alfred Naquet, "plus haut qu'un simple changement politique."
Tout ceci concourt à affirmer que la pensée intime qui animait l'idéal de F. Ferrer pour l'élaboration de son œuvre ne peut sous de vains prétextes, ignorée ou passée sous silence. J'aimerais donc vous rappeler, l'homme que fut cet idéaliste en exprimait encore l'essentiel, peu de temps avant d'être fusillé. "Précisément, la démence de ceux qui ne comprennent pas l'anarchie, provient de l'impuissance où ils sont de concevoir une société raisonnable"
Que l'on se souvienne des critiques faites par l'auditeur général relatives à l'Ecole Moderne.
Que l'on se rappelle en quels termes il essayait -l'insensé- d'accuser Ferrer de consacrer toutes ses énergies et les activités de sa vie au triomphe de la révolution. " Ce propagandiste anarchiste ne rêvait qu'enfantement de la révolution sociale " ajouta-t-il. En dépassant cette fois la fiction, il l'accusait d'être le vrai chef des anarchistes, nihilistes et libertaires espagnols.
Ces accusations qui par certains côtés, ont un fondement, étaient formulées cependant avec tant d'arrières pensées et mêlées à tant de partis pris, qu'il est indispensable d'en préciser le caractère et pour cela cueillir, ici et là , quelques écrits où s'affirme avec une volonté l'idéal qu'il ne cessait de valoriser. Anselmo Lorenzo, qui a bien connu Ferrer et avec qui il a collaboré au groupe "la Huelga general" a montré dans une étude qu'il a consacrée à son grand ami et collaborateur comment F. Ferrer contribua au mouvement des revendications ouvrières en créant avec lui et quelques autres ce journal périodique que fut la Huelga general.
Dans cette société bourgeoise où nous vivons, qui limite toute noble aspiration, qui dépasse tout sentiment généreux et qui se développe au milieu d'un antagonisme dissolvant d'intérêts, prétendant se justifier par la formule de coloris scientifique : la lutte pour l'existence, Ferrer fut un homme vraiment exceptionnel.
Chez Ferrer la pensée et le parole, les actes de sa vie et l'action pour ses idées formaient un tout indissoluble. Qui pouvait s'offusquer de cette franchise, qui pouvait s'indigner ? Ceux qui étaient incapables d'apprécier la générosité qui animait cet être profondément anarchiste, ceux qui restaient incapables de saisir la grandeur de l'altruisme qui débordait de cet être, prêt à tous les sacrifices pour réaliser les rêves idéaux qu'il portait en lui.
Il est un phrase que j'aime beaucoup rapporter : " Dieu ou l'Etat NON, la grève générale OUI ! " Ferrer exposait d'une manière fort logique toute la valeur, toute la force créatrice ou destructrice de la grève générale en opposition avec les luttes électorales et il concluait par une apologie de l'action directe consciente en invitant les anarchistes à faire comprendre ces vérités à tous ceux " qui croyaient à la panacée du vote comme si c'était l'hostie qui doit les porter au paradis. "F Ferrer affirmait encore que " l'Emancipation complète des travailleurs ne viendra ni de l'Eglise, ni de l'Etat, mais de la grève générale qui détruira les deux " (1901).
Il est maintes fois revenu à la charge et plus particulièrement dans une autre étude " l'hérédité sociale " où il a dépeint le cortège infini des privilèges exclusifs pour dénoncer l'égoïsme des classes spoliatrices. De cette spoliation favorisée par une abominable série de forfaits Ferrer nous dit ce qu'il pense et en conclue ceci :
" Qu'est-ce qu'on attend donc pour en finir avec ce galimatias social et mettre en pratique l'anarchie, l'unique et véritable ordre social susceptible d'aplanir toutes les difficultés et de produire l'harmonie universelle par l'accord manuel. " (décembre 1901)
Ferrer fut donc sans conteste anarchiste dans l'acception la plus large et la plus haute et c'est parce qu'il fut cela que subversif il s'attira la haine de tous ceux qui exploitent la crédulité et l'ignorance des peuples. C'est ici que ce précise pour nous tous, libres penseurs, les véritables mobiles de son assassinat qui n'est pas seulement un crime clérical, mais également et surtout un crime social.
L'idéal de Ferrer, vous ne pouvez plus l'ignorer, il s'est préciser à vous tous, cet idéal vous devez vous rappeler qu'il a été celui des écrivains et penseurs tels que Proudhon, Godwin, Bakounine, Reclus, Kropotkine, Malatesta, Lorenzo, Rocker et combien d'autres.
Il fut anarchiste comme il fut libre penseur, franc-maçon, pédagogue, rationaliste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LOUISE MICHEL 

 

(1830-1905)

 

 

 

 

N ée dans la Haute-Marne, fille d'un châtelain et de sa servante, Louise Michel grandit au château de ses grands-parents. Elle y reçoit une éducation libérale et une bonne instruction dans une ambiance voltairienne, qui lui permettent d'obtenir son brevet de capacité : la voilà institutrice. Mais elle refuse de prêter serment à l'empereur et ouvre alors une école privée en 1853. En 1855, elle enseigne dans une institution de la rue du Château-d'Eau. Elle écrit des poèmes, collabore à des journaux d'opposition, fréquente les réunions publiques. Sa rencontre avec Théophile Ferré la marque pour la vie.


E n novembre 1870, elle est présidente du Comité de vigilance républicain du XVIIIe arrondissement. Pendant la Commune , elle est garde au 61e bataillon, ambulancière, et elle anime le Club de la révolution, tout en se montrant très préoccupée de questions d'éducation et de pédagogie.Dans la nuit du 17 au 18 mars, les troupes du général Vinoy reçoivent l'ordre de reprendre les canons des Parisiens. Mais on avait oublié les chevaux ; et les ménagères ont eu le temps de donner l'alerte. Le comité de vigilance du XVIIIe arrondissement, que dirigent Ferré et Louise Michel, monte à l'assaut de la butte Montmartre. Et l'on voit alors d'étonnantes manifestations : femmes, enfants, gardes fédérés entourent les soldats, qui fraternisent avec la foule joyeuse et pacifique. Cependant, le soir, deux généraux, le général Lecomte qui le matin avait donné, sans être obéi, l'ordre de tirer sur les Parisiens, et le général Clément Thomas, qui avait, en juin 1848, décimé les insurgés, sont fusillés, rue des Rosiers. C'est la rupture définitive avec Versailles. Louise Michel comme son ami Ferré sont de ceux qui pensent qu'il faut en finir maintenant avec le gouvernement de Versailles, ils veulent poursuivre l'offensive sur Versailles pour arrêter le gouvernement et Thiers, ils ne sont pas écouter. Thiers n'a alors que peu de troupe à opposer à la commune, cela ne durera pas , l'occasion est manquée. Louise Michel fait partie de la franche des communards la plus révolutionnaire. Volontaire pour se rendre seule à Versailles afin de tuer Thiers, la presse bourgeoise la surnomme alors la Louve Rouge. Faite prisonnière lors de l'écrasement de la commune, elle assiste aux exécutions, comme femme elle échappe à la peine de mort. Elle est condamnée le 16 décembre 1871 à la déportation dans une enceinte fortifiée. Ayant vu mourir tout ses amis et surtout Ferré, elle réclame la mort au tribunal .C'est sans doute en l'apprenant que Victor Hugo écrit son poème « Viro Major ».


A rrivée en Nouvelle-Calédonie en 1873, Louise Michel date de cette époque son adhésion à l'anarchie, fidèle alors a son idéal, elle doit subir les injustices de ses gardes et de l'administration, elle s'emploie, malgré cela, à l'instruction des Canaques et les soutient dans leur révolte contre les colons. Révolte noyée dans le sang ou plutôt, brûlée dans les cendres puisque pour en finir avec les insurgés, l'administration de la colonie fait mettre le feu à la foret ou se cache les insurgés. Après l'amnistie de 1880, son retour à Paris est triomphal. «Un visage aux traits masculins, d'une laideur de peuple, creusé à coups de hache dans le cour d'un bois plus dur que le granit... telle apparaissait, au déclin de son âge, celle que les gazettes capitalistes nommaient la Vierge rouge, la Bonne Louise» (Laurent Tailhade).


F igure légendaire du mouvement ouvrier, porte-drapeau de l'anarchisme, elle fait se déplacer les foules. Militante infatigable, ses conférences en France, en Angleterre, en Belgique et en Hollande se comptent par milliers. En 1881, elle participe au congrès anarchiste de Londres. À la suite de la manifestation contre le chômage de Paris (1883), elle est condamnée à six ans de prison pour pillage, devant le tribunal, une fois encore louise Michel utilise le banc des accusés comme une tribune politique. Dans ses prises de paroles elle essaye à chaque fois de mettre en accusation l'état bourgeois. Elle nous montre, car c'est encore valable aujourd'hui, qu'il n'y a rien à attendre de la justice d'un etat bourgeois : c'est une justice de classe, il faut donc la combattre, sans jamais s'en remettre à elle dans l'espoir (vain) qu'elle se montre juste. " Mais pourquoi me défendrais-je? Je vous l'ai déja déclaré, je me refuse à le faire(...)Je sais bien que tout ce que je pourrai vous dire ne changera rien a votre sentence" . C'est une lecon de courage que donne Louise Michel à chacune de ses comparutions devant les tribunaux de la république. Elle n'essaye pas de convaincre ses juges, c'est inutile ils sont aux ordres, elle les défie.


D e 1890 à 1895, Louise Michel est à Londres, où elle gère une école libertaire. Rentrée en France, elle reprend ses tournées de propagande. Elle meurt au cours de l'une d'elles à Marseille. Ses funérailles donnent lieu à une énorme manifestation, et tous les ans jusqu'en 1916 un cortège se rendra sur sa tombe. La vie de Louise Michel est une vie de militante, elle laisse trés peu d'écrits théorique, (beaucoup de poêmes par contre) mais par contre sa vie est un exemple de lutte sans compromission avec les règles d'une république bourgeoise.

 

 

 

 

 

 

Ernesto Guevara Lynch de la Serna
"Che" Guevara

 

 

1928-1967

 

 

Ernesto guevara de la serna est né le 14 juin 1928 a Rosario en Argentine. A 2ans, il subi sa prmiere attaque d'hasme.
Sa famille demenagea en 1932 vers Altagracia pour des raisons medicales.
En decembre 1947 il integra la Faculté de medecine de l'université de Buenos Aires. Durant l'année 1952 il voyagea a travers l'Argentine,
le Chili, le Perou, La colombie et le Venezuela en compagnie d'Alberto Granados. Le 12 juin 1953 il reçu le titre de medecin.

 

Le 6 juillet il part pour le Venezuela, mais la situation qu'il rencontre en Bolovie et son contact posterieur avec
des exilés latino-ameriquains au Perou le font changer d'idée. En decembre 1953
il arrive au Guatemala. En fevrier 1954 il rencontre Antonio Nico Lopez ,
participant a l'assaut du quartier Moncada. Ils se lient alors d'amitié.
Apres le coup d'etat qui arrive avec le dementellement du gouvernement de Jacob Arbenz, le Che part rapidemment au Mexique.

 

En juillet 1955 il rencontre Fidel Castro et s'enrole comme medecin de la future expedition du Granma.
Le 25 novembre1956 les combattants revolutionnaires partent du village Tuxpan avec empressement vers Cuba.
Le debarquement arrive le 2 decembre et les rebelles sont surpris quelques jours plus tards de l'armée de Batiste.
Le 17 fevrier 1957 il participe au premier combat victorieux des rebelles à la Plata .
Le 28 ma, ils obtiennent une victoire importante dans l'attaque du quartier de Uvero.
Suivant le Che, ce combat marque le meilleur moment de l'armée rebelle.
Le 5 juin, il est nommé a la tete de la quatrieme colonne rebelle (la seconde en realité).
Entre juillet en decembre, ils fixent leur campement dans la zone de " El Hombrito ".
ici s'installe une ecole, une fabrique de chaussures, une "talabarteria",
une armurerie, une "hojolateria" et un magazin de forgeron. le 21 aout 1958, le Che reçoit l'ordre de partir a la province
de Las Villas pour se mettre au front des unités du Mouvement du 26 juillet qui opereront dans cette zone.
La colonne 8 "Ciro Redondo" part le 31 aout de jibaro. le 8 septembre il arrive a Camagüey .
Le 15 octobre, apres avoir parcouru plus de 500km, il arrive a la montagne de El Escambray .

Le Che installe son commandement sur le Caballete de maison.
Le 28 decembre, comme part de l'offensive finale de l'armée rebelle, il commenc

e l'attaque a la ville de Santa Clara.
Le 31 decembre la ville brule et vient alors le triomphe de la revolution. le 2 janvier 1959 il part pour
La Havane. Le 26 novembre 1959 il est nomé président de la banque fédérale de Cuba.
Le 4 mars 1960 ils vont à l'endroit où a éclaté le bateau français Le Coubre.
Le jour suivant, pendant la recherche des victimes du sabotage, Alberto Korda immortalise le Che dans une photographie mémorable.
Le 21 octobre il commence un voyage dans les pays de la communauté socialiste.
Il visite la Tchécoslovaquie, l'Union soviétique, l'Allemagne orientale, la Hongrie,
la Chine et la Corée du nord. Le 6 janvier 1961 on informe à la télévision les résultats de son voyage.
Le 23 février il est nommé ministre de l'industrie.
Le 9 avril il publie un article dans la revue Verde Olivo intitulé " Cuba, exception historique ou tête d'avant-garde dans
le combat contre le colonialisme? Le 16 avril il se transmet à la commande de l'ouest en consolation du sud, pin du fleuve,
parce que l'intelligence cubaine pense qu'il y aura une invasion par cette zone, la plus proche du continent.
le Che souffre d'un accident avec son pistolet. Le débarquement de mercenario
finalement a lieu dans la plage de Girón et est défait en 72 heures seulement.
Le 2 août il voyage à l'avant de la delegation cubaine à Punta del Este, Uruguay, pour participer à la conférence
du Conseil Inter-Américain économique social. Le 8 il participe à la cinquième session plénière et fustige l'alliance
dénommée pour le progrès. Le 17 il prononce un discours à l'université nationale de Montevideo.

 

Le 19, après la conclusion de sa visite en Uruguay, il voyage vers l'Argentine et le Brésil.
Le 23 il informe le peuple de Cuba à la télévision des resultats de la conference de Punadel Este.
Le 22 octobre 1962, se déclenche la crise d'octobre, on lui assigne la défense de la partie occidentale du territoire cubain.
Le Che installe son commandement dans la montagne de l'Organos, Pinar de Rio.
Le 30 juin 1963 il voyage vers l'Algérie pour participer aux activités pour l'anniversaire de l'indépendance.
Le 17 mars 1964 il part pour de Genève participer à la conférence mondiale du commerce et du développement.
Le 12 mars 1964 l'hebdomadaire Marcha édite l'article du Che intitulé "le socialisme et l'homme a Cuba".
Le 3 octobre, dans l'acte de la constitution du Comité central du parti communiste du Cuba,
Fidel lit la lettre d'au revoir du Che. Le 18 avril 1967 le message envoyé par le Che est édités a Cuba dans la revue Tricontinentale.
le 8 octobre il est blessé dans le combat dans le Gorge du Yuro. Le 9 octobre il est assassiné au village de Higuera.

 

Le 28 juin 1997 un groupe d'experts cubains et argentains découvre une fosse commune à
Vallegrande avec les restes du Che et de 6 autres guerrilleros.
Le 12 juillet 1997 il est reçu dans l'aéroport de San Antonio de los Baños par sa famille et compagnons.
Les restes du Che se reposeront temporairement dans la salle de
Granma du ministère des forces armées et seront transferées en octobre à un mausolé à la place Ernesto Che Guevara à Santa Clara

 

 

 

 

 

 

 

Michel Bakounine

 

1814 / 1876

 

 

LA JEUNESSE

Michel Bakounine naît le 8 mai 1814 à Priamoukhino (gouvernement de Tver, en Russie) où il est élevé jusqu'à l'âge de quatorze ans. Ses parents font partie de ce que l'on appelle la "petite noblesse".
Son père ayant choisi pour lui la carrière militaire, il l'envoie donc à l'école d'artillerie de Saint-Pétersbourg. Après avoir mené quelque temps la vie insouciante de ces jeunes aristocrates, futurs officiers de l'empire, Bakounine se désintéresse bientôt de la caserne et fait tout pont s'y soustraire.
Il y parviendra au bout de quelques années, ce qui lui vaudra quelques canaux et allie brouille avec son père.

Il décide brusquement de s'inscrire à l'université de Moscou où il se liera d'amitié avec Herzen et Ogarev, exilés pour plusieurs années de Saint-Pétersbourg. Bakounine est loin d'eue assidu aux cours mais se passionne pour la philosophie allemande. Lorsque les vacances arrivent, il retourne à Priamoukhino, mais il n'a plus qu'un désir maintenant : quitter la Russie pour aller en Allemagne étudier la pensée de Hegel. C'est Herzen qui lui avance l'argent nécessaire pont réaliser ce projet.

Nous sommes en 1840 ; Bakounine a vingt-six ans. A Berlin, il fréquente les cours de Werder considère comme le chef de l'école Hégélienne. La pensée de Hegel lui fera parcourir le même cheminement que de nombreux jeunes philosophes à la même époque, parmi lesquels Marx et Engels. Cette voie le mènera à la révolution. Déjà il le pressent et décide de ne jamais retourner en Russie.

Il commence à fréquenter les milieux démocrates et, du même coup, la police secrète du tsar commence à s'intéresser à lui. De ce fait Bakounine préfère quitter l'Allemagne pour aller en Suisse, puis en Belgique, et enfin en France.

C'est à Paris qu'il rencontre Marx et Engels, eu il fréquente les milieux allemands et polonais exilés. Surtout il va connaître Proudhon avec lequel il sympathise nés vite. Il faut dire que nous sommes en 1845 et que la maison de Proudhon est alors considérée comme " La Mecque " des révolutionnaires du monde entier. Bakounine sera fortement impressionné par les théories proudhoniennes. Toutefois, dans les années qui suivent, la seule activité de Bakounine semble être de discuter avec tous les démocrates résidant à Paris. A la demande de jeunes Polonais, il prononce un discours pour la commémoration de la révolution polonaise. Ce sera sa première expérience d'orateur. L'ambassade russe réagit et à sa demande, le gouvernement français expulse Bakounine qui se réfugie en Belgique.

LA BARRICADE

Nous sommes au début de l'année 1848. En février, la révolution éclate à Paris. Bakounine y retourne aussitôt et se plonge dans cette ambiance exaltée, assistant aux réunions, défilant dans la rue, participant aux barricades. Il écrit un article pour le journal "la Réforme" dans lequel il déclare que "la révolution périra si la royauté ne disparaît pas complètement de la surface de l'Europe". Pour lui toutes les nations doivent se débarrasser de leurs tyrans, et il pense surtout - évidemment - aux nations slaves. Il part pour la Pologne où me insurrection vient d'éclater ; celle-ci est écrasée alors qu'il se trouve encore en Allemagne. Il interrompt donc son voyage et se rend à Prague où doit se tenir un congrès des Slaves autrichiens. De nombreux incidents éclatent dam la ville pendant la tenue du congrès et dégénèrent en émeutes qui dureront cinq jours au terme desquels les congressistes seront obligés de quitter l'Autriche.

Bakounine se rend alors à Dresde où la révolution éclate aussi. Bien entendu il en sera un des principaux participants. Mais là aussi la réaction triomphe et il est fait prisonnier. Son procès traîne en longueur et c'est en janvier 1850 qu'il est condamné à mon. Cette peine est ensuite commuée en travaux forcés à perpétuité. L'Autriche et la Russie demandent son extradition. La Saxe finit par le livrer à l'Autriche qui elle-même le livrera à la Russie en mai 1851.

LA PRISON

Bakounine revient donc dans ce pays qu'il ne voulait plus revoir. Il est enfermé dans la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg. C'est la qu'il rédigera sa fameuse "Confession" au tsar, document ambigu où Bakounine (qui en principe doit finir ses jours sans jamais ressortir de son cachot) emploie un ton tantôt déférent envers le tsar, en semblant "regretter" son attitude passée, et tantôt enthousiaste lorsqu'il décrit les journées d'émeutes auxquelles il a participé. Toutefois, il arrive à faire parvenir clandestinement à sa sour Tatiana une lettre dans laquelle l'équivoque est levée ; il ne désire qu'une chose : recouvrer la liberté pour reprendre l'action révolutionnaire.

Au bout de huit ans, Bakounine voit sa peine commuée en déportation à perpétuité en Sibérie.
Il y restera jusqu'en 1861, puis tentera et réussira une évasion en passant par le Japon, San Francisco, New York et Londres où il arrivera à la fin de l'année l86l.

1972, pour le centenaire de sa mort.

LE RETOUR

Bakounine reprend aussitôt contact avec les révolutionnaires qu'il avait connus avant 1848.
Une nouvelle insurrection éclate en Pologne. Une expédition est montée pour transporter des volontaires par bateau en territoire russe. Bakounine y participe mais après de multiples péripéties rocambolesques et deux voyages en Suède il abandonne définitivement ce projet de libération des peuples slaves.

L'ANARCHIE

Bakounine s'installe à Paris. Auparavant il se rend à Londres, où il a une entrevue avec Marx, et à Paris, où il revoit Proudhon, peu avant la mort de ce dernier. C'est toujours par les théories de Proudhon qu'il se sent attire. La période du démocrate bourgeois va bientôt prendre fin. Après avoir rompu avec l'aristocratie il va rompre avec ses dernières attaches bourgeoises. Il est devenu antiautoritaire ou, comme dirait Proudhon, anarchiste. Il fonde une société secrète : la Fraternité internationale. Il adhère même à la franc-maçonnerie, organisation traditionnellement bourgeoise et dont il n'a que faire si ce n'est de recruter quelques jeunes démocrates attirés par la révolution.

Il rédige le "Catéchisme révolutionnaire" (à ne pas confondre avec le Catéchisme du révolutionnaire de Netchaiev), qui est en quelque sorte le programme de la Fraternité internationale. Ce texte est une véritable profession de foi anarchiste (le socialisme, le fédéralisme, l'athéisme, l'antimilitarisme, etc. y sont prêches).

En 1867, Bakounine se rend au congrès de la Ligue de la paix et de la liberté qui a lieu à Genève. Il est nommé membre du comité chargé d'élaborer un programme. C'est à cette occasion qu'il rédigera "Fédéralisme, Socialisme, Antithéologisme". C'est également pour lui l'occasion de rencontrer James Guillaume qui deviendra en quelque sorte son fils spirituel. Bakounine fonde alors l'Alliance internationale de la démocratie socialiste, organisation publique calquée sur la Fraternité internationale qui, elle, reste secrète. Les buts que se fixe l'Alliance sont : l'abolition des classes, l'égalité économique et sociale, etc.

Nous sommes en 1868 et c'est l'année où Bakounine adhère individuellement à l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs). Puis il demande l'adhésion de l'Alliance qui est d'abord refusée puis acceptée non pas en tant qu'Alliance mais en tant que sections locales de l'Alliance.

Michel Bakounine à un congrès de l'AIT.

Au sein de l'A.I.T., Bakounine et Marx vont très vite s'affronter; il ne s'agit pas d'une simple querelle de personnes mais bien d'une lutte de deux tendances qui ont des conceptions différentes de l'organisation révolutionnaire. Le congrès de Bâle (1869) renforce les positions des partisans de Bakounine, mais la lutte entre les deux fractions va continuer sans répit et par tous les moyens (lettres et circulaires confidentielles, calomnies, injures, etc.).

En France les armées napoléoniennes sont vaincues par celles de Bismarck. La république est proclamée. Bakounine se rend à Lyon et avec l'aide de révolutionnaires français s'empare de l'hôtel de ville pour "décréter la suppression de l'Etat". Mais les masses ne sont pas encore préparées et ne suivent pas cette poignée d'internationalistes. Une fois de plus Bakounine doit s'enfuir. Il se cache un mois à Marseille, passe en Italie et enfin va retrouver ses amis jurassiens. Dans le même temps a lieu la Commune de Paris. Si celle-ci succombe sous les coups des versaillais Bakounine peut voir nombre de ces théories reprises instinctivement par le prolétariat parisien. C'est durant toute cette période (Communes de Lyon et de Paris) qu'il va rédiger " l'Empire knoutogermanique".

Nous le retrouvons de nouveau en Italie où le démocrate Mazzini a publié une critique sévère de la Commune et des communards parisiens, Bakounine y répond par me série d'articles dans la presse italienne. La polémique tourne à l'avantage de Bakounine et l'influence de l'Internationale grandit en Italie. Parallèlement, l'influence des antiautoritaires grandit au sein de l'A.I.T.. Marx va tout tenter pour enrayer cette progression. A la suite de nombreuses manouvres (choix du lieu, mode de représentativité des délégués, etc.), le dénouement a lieu au congrès de La Haye en 1872. Bakounine (qui ne peut s'y rendre) et James Guillaume sont exclus de l'A.I.T. dont le siège est transféré à New York. Il ne faudra pas plus de deux ans pour que ce qui reste de cette organisation (c'est-à-dire les partisans de Marx) disparaisse totalement.

Bakounine restera jusqu'à la fin 1873 dans la Fédération jurassienne, puis en démissionnera, car la vieillesse réduit de plus en plus ses activités. Il participe encore en 1874 à une tentative de soulèvement populaire à Bologne. En fait, il ne croit pas à me issue favorable, mais il espère y mourir comme il l'a toujours désiré : sur une barricade. Mais le projet est découvert par la police et la tentative avorte.
C'est encore me fois la fuite devant les forces réactionnaires.

Bakounine passera les deux dernières années de sa vie retiré de la vie politique résidant tantôt en Italie, tantôt en Suisse.

C'est à Berne qu'il meurt le 1er juillet 1876.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Karl Marx

 

(1818 - 1883)

 

 

 

Biographie de Karl Marx :

Philosophe, économiste et militant politique allemand d'origine juive.
Il débute par une activité de journaliste dans la "Gazette rhénane".
Karl Marx se trouve au carrefour de la philosophie allemande (Hegel, Feuerbach),
du socialisme utopique français (Saint-Simon, Fourier) et de l'économie politique britannique (Smith, Ricardo).
Sa doctrine philosophique part de l'homme comme être agissant et non comme être pensant.
Il critique la religion et l'Etat, qui sont des réalisations imaginaires, et substitue la conscience humaine à la conscience divine.
Pour lui, le socialisme consiste à supprimer les besoins de Dieu et non pas Dieu lui-même.

Karl Marx développe une philosophie basée sur la lutte des classes (exploitants et exploités) qui est le moteur de l'histoire.
Le matérialisme dialectique se caractérise par le primat de l'histoire (tout évolue), le progrès venant de contradictions résolues,
l'action réciproque des choses les unes sur les autres, le progrès par bonds, par crises brusques et soudaines (révolutions).
Le prolétariat doit s'organiser à l'échelle internationale afin de s'emparer du pouvoir et,
après une période de transition (dictature du prolétariat), conduire à l'abolition des classes et la disparition de l'Etat (communisme).
Karl Marx prédit la fin de la société actuelle où le capitalisme se détruira lui-même, permettant ainsi l'avènement d'un état ouvrier.

Passant de la théorie à la pratique, Karl Marx crée avec Engels la Ligue des communistes en 1847
et rédige avec lui le "Manifeste du parti communiste". Après l'échec de la révolution allemande en 1848,
il s'exile à Londres où il mène en parallèle son activité militante (animation de la première "Internationale ouvrière")
et la rédaction de son oeuvre majeure, "Le Capital", qu'il laisse inachevée.

Karl Marx a vécu dans la pauvreté et a été soutenu financièrement par son ami Engels.
Ses théories ont été reprises après sa mort sous une forme dogmatique, le marxisme,
pour servir de fondement aux mouvements socialistes et ouvriers de la fin du XIXème et
du XXème siècle et de justification de leurs excès.

 

 

 

 

 

 

Engels

 

(1822 - 1895)

 

Fréderich Engels est né à Barmen dans une famille d'industriels filateurs qui possédaient également d'une succursale à Manchester (Grande-Bretagne). Il étudie la philosophie et est membre actif des cercles hégéliens de gauche. En 1842, il mène une enquête approfondie sur le développement du capitalisme en Angleterre, sur la situation du prolétariat anglais et ses tendances politiques dont les principaux éléments paraîtront dans la Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845). Dans cet ouvrage, Engels définit le concept de « révolution industrielle ». En 1844, il rencontre Karl Marx à Paris et en commun, ils publient le Manifeste du parti communiste (1848). La même année, Engels prend part à l'insurrection armée des républicains allemands.

Le théoricien du marxisme historique. Jusqu'en 1870, Engels est associé à la direction de la succursale de Manchester. En même temps, il poursuit sa collaboration avec Marx : Le Capital doit une part essentielle aux travaux d'Engels.
Engels étudie les origines de la question paysanne en Europe, les problèmes de la guerre et du fonctionnement des appareils militaires ; il est le successeur de Clausewitz et le prédécesseur de Lénine, Trotski et Mao Zedong.
En ce qui concerne l'évolutionnisme, Engels critique l'extrapolation sociologique des concepts biologiques. Définissant l'économie politique comme science des conditions et des formes dans lesquelles les diverses sociétés humaines ont produit et échangé, et dans lesquelles en conséquence les produits se sont chaque fois répartis, il assigne au matérialisme historique comme objet de l'étude des lois d'évolution internes à chaque mode de production.
L'Origine de la famille, de la prorpiété privée et de l'Etat (1884) fut inspirée par L.-H. Morgan . Engels prend comme fil conducteur la thèse matérialiste que le « facteur déterminant , en dernier ressort, dans l'histoire, c'est la production et la reproduction de la vie immédiate », selon la double articulation définie dans Le Capital :

production des moyens de production

production des moyens de consommation

 

Il montre que les formes de la famille sont historiquement relatives à la nature des rapports de production dominants, que le fonctionnement des rapports de parenté communautaires est incompatible avec l'exploitation de classe qui engendre au contraire l'Etat comme forme institutionnalisée de répression des classes exploitées par la classe dominante.
Engels contribue à fonder la possibilité d'une anthropologie historique (à la fois économique et politique) distincte de l'anthropologie philosophique telle qu'elle avait régné de Locke à Rousseau , à Kant.

Politique dans la philosophie.

A la fin de sa vie Engels s'est efforcé de constituer une théorie des idéologies et de l'Etat, une histoire des conceptions du monde (religieuse, juridique, prolétarienne) et par là de développer une analyse des mouvements de masse qui constituent les « forces motrices » concrètes du procès historique.

 

 

 

 

 

 

 

Vyacheslav Mikhailovich
MOLOTOV


1890-1986

 

 

 

L'un des hommes les plus puissants d'U.R.S.S, Vyacheslav Mikhailovich Molotov était décrit par Lénine comme le "meilleur clerc d'U.R.S.S".

Molotov a vu le jour le 09 mars 1890, à Kukarka (province de Vyatka), petit village russe situé à environ 800 kilomètres à l'est de Moscou. Son véritable nom patronymique était Skryabin. En "s'engageant" dans les rangs du PC, il prend un pseudonyme afin de se protéger de la police du tsar qui traque les Bolcheviks dans tout le pays.

En 1906, Skryabin étudiant au Kazan, devient Molotov le révolutionnaire (molot veut dire le "marteau" en russe). En 1911 il rejoint Joseph Staline, et participe en 1912 à la création d'un journal qui deviendra parmi les plus célèbres au monde, la Pravda. Arrêté en 1915, il est condamné à deux ans d'emprisonnement et déporté en Sibérie pour y purger sa peine. En 1916, il arrive à s'échapper. En octobre 1917, Molotov est de retour à Moscou et participe très activement à la révolution communiste.

A la mort de Lenine en 1924, Molotov appuie Staline dans sa conquête du Kremlin. Ce dernier le remercie dès 1926 en le nommant membre permanent du Politburo d'U.R.S.S.

En 1930, Josef Staline le nomme premier ministre, jusqu'en 1941, date à laquelle, il reprend lui-même la charge de cette fonction. De 1939 à 1949, puis à nouveau de 1953 à 56, Molotov sert son pays comme "commissaire aux affaires extérieures". C'est lui qui signera le pacte germano-soviétique de non agression d'août 1939 avec le chancelier Adolf Hitler. Pour faciliter cette négociation avec les nazis antisémites, Molotov remplace sur ordre direct de Staline, le Commissaire Maxim Maximovich Litvinov. Litvinov était juif et marié à une ressortissante anglaise...

Fidèle bras droit de Staline, Molotov accompagnera ce dernier a toutes les conférences au sommet avec les alliés, dès l'entrée en guerre de l'U.R.S.S. contre le IIIe Reich (1941).

Au lendemain de la guerre, Molotov prend une part importante dans la naissance de l'ONU, où il mène la délégation soviétique de 1946 à 1948. Opposé au mouvement intensif de "déstalinisation" mené par Nikita Kruschev, Molotov participe à un complot en 1957, visant à déstabiliser le premier secrétaire. Suite à l'échec de ce complot, Kruschev le nomme de 1957 à 1960, ambassadeur en République Populaire de Mongolie. L'affront est énorme pour un homme de l'envergure de Molotov !

En 1961, il décide de se retirer de la vie publique. En 1964, Kruschev l'expulse du parti communiste soviétique dans lequel il sera réintégré à titre honorifique par Konstantin Chernenko en juillet 1984 .

Molotov décède le 08 novembre 1986.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sébastien Faure

(1858-1942)

 

Issu d’une famille de la haute bourgeoisie catholique, le jeune Sébastien Faure envisageait de devenir missionnaire. La mort de son père le contraignit à y renoncer pour se consacrer à sa famille.

Le contact avec la vie quotidienne l’amena à réfléchir, à lire des auteurs jusque-là proscrits. Il perdit la foi et décida de rompre avec le milieu d'où il était issu. Il s’enrôla dans l’infanterie mais la vie militaire le déçut rapidement et il termina son engagement simple soldat.

Après un séjour d’un an en Grande-Bretagne, devenu inspecteur dans une compagnie d’assurance, il épousa une jeune femme protestante malgré l’opposition de sa mère. Ils s’installèrent à Bordeaux.

Sébastien Faure s’intéressait alors aux questions sociales et commença sa carrière de militant. D’abord adepte de Jules Guesde, il fut candidat du Parti ouvrier aux législatives d’octobre 1885, recueillit 600 voix et fit découvrir son talent d’orateur. Ses activités militantes provoquèrent la séparation des époux Faure.

Installé à Paris, il se détacha peu à peu du guesdisme et s’intéressa au mouvement anarchiste. Il devint un ardent propagandiste de l’idéal libertaire, parcourant la France en tout sens pour présenter des conférences aux titres percutants ou provocateurs : Douze preuves de l’inexistence de Dieu, La Pourriture parlementaire, Ni commander, ni obéir... Ses tournées, minutieusement préparées, obtinrent bientôt un grand succès. Ses principales cibles étaient l’État, le Capital et la religion.

Sa bibliographie est abondante et les titres de journaux ou périodiques qu’il fonda ou auxquels il a collaboré sont nombreux. Il attira ainsi l’attention de la police et fut plusieurs fois arrêté, condamné et emprisonné. En pleine période terroriste (la propagande par le fait), les lois scélérates permirent même la tenue du spectaculaire procès des Trente (août 1894) dans lequel il fut impliqué.

L’affaire Dreyfus l’absorba à partir de février 1898. Il rédigea un J’accuse plus violent que la lettre de Zola, publia une brochure, Les Anarchistes et l’affaire Dreyfus, multiplia les conférences et entraîna avec lui les libertaires qui avaient d’abord considéré que la question ne les regardait pas.

Il s’investit ensuite dans la propagande néo-malthusienne aux côtés d’Eugène Humbert, puis, désireux de concentrer ses efforts sur une œuvre unique au lieu de les disperser au hasard des circonstances, il entreprit de faire vivre une communauté éducative fondée sur les principes libertaires : La Ruche.

La guerre de 1914-1918 révéla de profondes divergences au sein du mouvement anarchiste. Tandis que Pierre Kropotkine et Jean Grave se ralliaient à L’Union sacrée, Errico Malatesta restait résolument antimilitariste. En France, Sébastien Faure fut un des premiers à prendre ouvertement position en publiant un manifeste intitulé Vers la paix qui lui valut une convocation au ministère de l’Intérieur au cours de laquelle il fut persuadé par Louis-Jean Malvy d’interrompre sa campagne pacifiste. Celle-ci fut reprise par d’autres militants anarchistes : Louis Lecoin, Pierre Ruff, Pierre Chardon, Émile Armand, puis plus tard par Sébastien Faure lui-même avec la publication d’un hebdomadaire de quatre pages intitulé Ce qu’il faut dire.

Cependant Sébastien Faure sortit physiquement ébranlé, moralement et politiquement brisé. Victime d’une campagne de calomnies et de rumeurs malveillantes il surmonta néanmoins une congestion pulmonaire et mit sur pied l’imprimerie La Fraternelle, fit paraître en 1922 le premier numéro de Le Revue anarchiste qui compta 35 livraisons, puis assuma la direction et la coordination de L’Encyclopédie anarchiste.

Il participa encore à une vaste campagne de soutien aux victimes de la guerre d’Espagne et se rendit à Barcelone et sur le front de Saragosse, mais les prises de position de la C.N.T.-F.A.I. le conduisirent à prendre ses distances puis à dresser un bilan plutôt négatif de l’expérience espagnole.

Pendant la Seconde guerre mondiale, quelque peu dépassé par les événements, il séjourna à Royan avec sa femme qu’il avait retrouvée après quarante ans de séparation. Il y mourut d’une congestion cérébrale le 14 juillet 1942.

La Ruche

De 1904 à 1917, Sébastien Faure loua, près de Rambouillet, un domaine de 25 ha comprenant une vaste maison et plusieurs bâtiments annexes ainsi que des dépendances, un grand jardin potager, des prairies et des bosquets. 60 personnes environ y vécurent en permanence : une quarantaine d’enfants des deux sexes, enfants de prolétaires ou orphelins, et une vingtaine d’adultes ayant volontairement choisi de seconder Sébastien Faure.

La prospérité et la renommée de La Ruche induisirent quatre mille demandes d’inscription en 10 ans, qui ne purent évidemment pas être satisfaites. Les enfants acceptés étaient soigneusement sélectionnés : en bonne santé, entre 6 et 10 ans, ils devaient s’engager à rester à La Ruche jusqu’à 16 ans révolus. Il ne payaient aucun frais de pension, et les 20 collaborateurs étaient tous bénévoles. La Ruche accueillit aussi des camarades de passage, désireux de participer momentanément à cette expérience concrète ou exilés politiques.

Les principes pédagogiques de Sébastien Faure s’inspiraient de ceux de Paul Robin, résumés par la célèbre formule : " bonne naissance, bonne éducation, bonne organisation sociale ". L’originalité de l’entreprise était d’être complètement indépendante, moralement et matériellement.

Le but poursuivi était de porter au maximum de développement toutes les facultés de l’enfant : physiques, intellectuelles et morales. On menait de front l’instruction générale, l’enseignement technique et professionnel. L’éducation physique était régulièrement pratiquée, les jeux collectifs et les longues marches, associés à une alimentation saine, produisaient des enfants robustes, agiles, adroits et endurants.

Les petits partageaient leur temps entre la classe, les jeux et les menus services. Les moyens, de 13 à 15 ans, passaient une partie de la journée en classe, l’autre à l’atelier ou aux champs, selon les principes de l’éducation intégrale. Les grands cessaient d’aller en classe et suivaient un stage de deux ou trois années en apprentissage ou aux champs, mais pouvaient compléter leur instruction aux cours du soir, par des lectures ou des discussions avec leurs aînés.

Garçons et filles vivaient ensemble, comme frères et sœurs au sein d’une même famille, malgré les controverses suscitées alors par le " système de la coéducation des sexes ".

Sébastien Faure privilégiait la " tête bien faite " au détriment de la " tête bien pleine " et la méthode inductive, c’est-à-dire positive et rationnelle, était préférée à la méthode déductive dogmatique. Les salles de classes présentaient un aspect vivant, gai, doux, prédisposant l’enfant à s’y plaire. Les récompenses et les punitions en étaient absentes, ainsi que toute forme de classement.

Les collaborateurs chargés de l’enseignement disposaient d’une assez large liberté dans l’organisation de leur travail. Ils restaient plus ou moins longtemps, ce qui constitua la seule véritable faiblesse de l’enseignement à La Ruche, le successeur ne prenant pas forcément en compte le travail accompli par celui qu’il remplaçait.

La musique et le chant tenaient une grande place à La Ruche et Sébastien Faure harmonisait lui-même certains chants.

L’éducation morale était principalement fondée sur l’exemple et la discussion, et refusait l’autorité sous toutes ses formes.

Les ateliers avaient une fonction éducative et une fonction utilitaire : ils permettaient à La Ruche de subvenir presque entièrement à ses propres besoins. Il fut même envisagé d’améliorer leur productivité et de travailler pour l’extérieur, constituant ainsi une source de revenus. Seul l’atelier d’imprimerie atteindra cet objectif.

Les conférences de Sébastien Faure (150 par an !) constituaient une importante source de revenus qui permettait de combler le déficit chronique de La Ruche.

Chaque dimanche et lors de sa fête annuelle, La Ruche recevait de nombreux visiteurs.

Enfin, chaque année, La Ruche organisait un voyage dans une région ou dans une autre. Seuls les moyens y participaient. Ces voyages constituaient à la fois une détente, une manifestation de propagande et une source de revenus : dans chaque ville qu’il traversait, le groupe donnait un concert payant qui était interrompu par une causerie de Sébastien Faure, et les enfants vendaient pendant l’entracte des brochures de Sébastien Faure ou des cartes postales de leur communauté.

La guerre de 1914-1917 désorganisa la vie paisible de La Ruche et Sébastien Faure dut se résoudre à fermer l’institution à la fin de février 1917.

 

 

  

 

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@+ Maligorn Gouez 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Anar

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