Le Quai d’Orsay enchaîne les Canards (Enchaînés)

Publié le par Mailgorn Gouez

Le Quai d’Orsay enchaîne les Canards (Enchaînés)




Face aux trop nombreuses fuites dans la presse française, en particulier dans "Le Canard Enchaîné", de notes classées "top secret", le Quai d’Orsay a décidé de ressortir les grands moyens, à savoir la "plainte contre X".




Echaudée, l’administration américaine. Des semaines que les échanges, censés rester confidentiels, avec ses homologues français sur les dossiers très sensibles du Moyen-Orient se lisent comme un roman à épisodes dans la presse hexagonale. Aussi, quand elle s’en est émue auprès du Quai d’Orsay, s’est-elle bien gardée de recourir au télégramme diplomatique classé « confidentiel défense ». Trop risqué. Pas question de continuer à alimenter la page 3 du Canard Enchaîné, qui se repaît chaque nouvelle semaine des dernières confidences - pourtant codifiées et cryptées selon les procédures internes du « chiffre » - qui font le quotidien des diplomates des deux côtés de l’Atlantique.




Y compris les petits secrets qu’il ne fait pas bon jeter en pâture sur la place publique. Comme cette note interne reproduite le 15 avril dernier, relatant un entretien entre le Directeur des affaires politiques et de sécurité du département et le Sous-secrétaire américain au Trésor, lequel demandait à la France d’intervenir « le plus vite possible » auprès de l’administration Obama pour la convaincre de renforcer les sanctions contre l’Iran… ! La fuite de trop, qui a déclenché l’ire de la première puissance du monde à l’encontre d’un partenaire par trop bavard et décidément incapable de jouer dans la cour des grands.




La « plainte contre X », l’arme fatale 2 pour le Quai d’Orsay
Piqué au vif, le Quai a depuis sorti les grands moyens : plus fort que l’enquête interne discrète, il y a le recours au pénal. Soit l’arme fatale de la « plainte contre X » pour « compromission d’informations classifiées », en l’occurrence, « la divulgation par dépositaire d’un secret intéressant la Défense Nationale » . Une telle procédure relève automatiquement de la DCRI (la Direction centrale du renseignement intérieur) et d’un juge antiterroriste pour l’instruction. Ça jette, et pas qu’un froid. Message : la France prend l’affaire très au sérieux et la sanction sera à la hauteur de l’offense.




Pas sûr que cela suffise pourtant à rassurer les Etats-Unis, ni davantage à faire trembler la « taupe » tapie dans les lambris dorés de la République. Le Quai a déjà fait le coup de la plainte. Et la récidive promet autant de résultats que le précédent d’alors.




Sous la pression des Américains, le Quai d’Orsay traque les bavards

© Khalid

24 décembre 2003 : c’est Noël pour le cabinet de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères. Cette fois, la note interne reprise en page 3 du Canard Enchainé est classée « confidentiel défense ». Les juristes du Quai sont formels : la plainte contre X pour « divulgation d’un secret intéressant la défense nationale » est du coup recevable. Une première, alors.

« Confidentiel défense » en lettres de sang
Comme aujourd’hui, les fuites remarquées au profit du Canard Enchaîné concernaient déjà le dossier du Moyen-Orient. A l’époque, elles avaient une fâcheuse tendance à se concentrer sur l’Irak. Et pas que pour pointer d’un doigt accusateur les erreurs de la force occupante, empêtrée dans le bourbier. L’opinion française découvrait avec stupeur que malgré son refus de reconnaître la légitimité du gouvernement de transition placé par l’administration Bush après l’offensive contre le régime de Saddam Hussein en mars 2003, la France de Jacques Chirac essayait de revenir en catimini sur le terrain irakien. Comme elle découvre aujourd’hui que la France de Nicolas Sarkozy se voit dicter ce qu’elle doit faire par la nouvelle administration américaine, faucons anti-Obama compris, sur les dossiers israélo-palestiniens ou encore sur les ambitions nucléaires iraniennes…




Et comme aujourd’hui, la DST d’alors partait traquer l’agent infiltré façon lutte anti-terro, envoyant ses fantômes hanter nuit et jour les couloirs du 37 et pousser les fonctionnaires à la délation, pour faire tomber si ce n’était la tête de réseau, ses complices parmi les voisins de bureaux… Dans les directions les plus concernées, les consignes d’alors sont les même qui ont été réactivées ces derniers temps : toute production – TD, notes - aussi insignifiante soit-elle, dès lors qu’elle émane de la centrale ou des représentations à l’étranger, sera désormais tamponnée de l’encre rouge sang du « confidentiel défense ». Objectif : dissuader la taupe de poursuivre, en attendant de la coincer. Et s’assurer au passage que toute velléité de l’imiter soit éradiquée dans l’œuf. Las ! Cinq ans après et une « rupture » sarkozienne plus tard, l’ange du mal a ressurgi.

Les diplomates, as de la fuite
Normal : la fuite « confidentiel défense », c’est la défonce confidentielle dont sont accros les diplomates, contraints de servir une politique même quand ils la désapprouvent. Et avec eux, les multiples destinataires de ces fameux documents classifiés à diffusion finalement pas si restreinte que ça, répartis sur le territoire national, au sein des ambassades ou encore des instances internationales et des grands groupes. Soit autant de taupes potentielles à débusquer, de quoi mobiliser la DCRI à vie….




Celles qui nourrissent les pages du Canard et offensent nos amis américains fraîchement raccommodés ont autant l’avantage d’épingler les choix de politique étrangère de Nicolas Sarkozy, en particulier sa politique en direction des pays arabes et musulmans, que d’œuvrer à saper la légitimité de Bernard Kouchner à la tête de la grande maison diplomatique…et le Canard n’a qu’à réceptionner.

Allez donc expliquer aux amis ricains ces subtilités très frenchy…



Source : Renée de Saissandre pour Backchich


la suite : http://antirepression.over-blog.com/article-32760594.html




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Publié dans Vent Libertaire 29

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