"Hadopi, Loppsi 2… la succession de texte diabolise internet, sans pour autant apporter des réponses viables à son contrôle"

Publié le par Mailgorn Gouez

"Hadopi, Loppsi 2… la succession de texte diabolise internet, sans pour autant apporter des réponses viables à son contrôle"
 



 
© DR Face à l'essor d'Internet, à la question des droits d'auteur ou au développement de la cybercriminalité, le gouvernement multiplie les textes de lois pour tenter de contrôler l'usage d'Internet. Reste que ces mesures sont relativement inefficaces estime Guillaume Lovet, responsable de l'équipe de lutte contre les menaces informatiques de l'éditeur de solutions antivirus Fortinet.





Capital.fr : Les textes de lois ayant trait à l'utilisation d'internet se multiplient. Pourquoi cette soudaine prise de conscience ?
Guillaume Lovet : On a un peu l'impression que la classe politique s'inquiète de l'ampleur que prend Internet, un outil de communication qui par sa structure totalement décentralisée et internationale, échappe à son contrôle. S’il est compréhensible de légiférer sur la question, le problème, c'est que la succession des textes dadvsi, hadopi, et loppsi 2 a tendance à diaboliser le net, sans pour autant apporter des réponses viables à son contrôle. Les mesures prévues par les lois Loppsi ou Hadopi pour contrôler Internet sont en effet relativement inefficaces.





Capital.fr : Pourquoi les mesures envisagées sont-elles inefficaces ?
Guillaume Lovet : La loi Loppsi par exemple va entraîner le filtrage de certains sites Internet liés à la pédopornographie. Cependant, cela n'empêchera pas un utilisateur quelque peu avisé d'accéder à ces sites. Or les pédophiles sont un public de « niche », déjà relativement endurci. Passer par un relais Internet - un « proxy »- pour accéder a un site pédopornographique, et ainsi contourner le filtrage, ils savent déjà le faire.





Capital.fr : Hadopi ne permettra-t-elle pas de freiner le téléchargement ?
Guillaume Lovet : Attendons de voir les nouveaux développements de « l'affaire » Hadopi pour en juger, mais c'est quand même très peu probable. Hadopi prévoit de repérer les adeptes du téléchargement via leurs adresses IP. Or, une adresse IP n'équivaut pas a un individu. Par exemple si votre voisin se connecte a votre réseau wifi, ce qui est facile, la plupart étant mal sécurisés, il opérera avec votre adresse IP. Ensuite dans un réseau P2P – ces sites d'échanges de fichiers - les utilisateurs peuvent injecter des milliers de « fausses » adresses IP pour brouiller les pistes.Enfin, si, dans le meilleur des cas, on arrive a faire le lien entre adresse IP et utilisateur, Hadopi va simplement inciter les internautes à se tourner vers des fournisseurs de connexion cryptées. Moyennant environ 5 euros par mois, vous pouvez accéder à des réseaux P2P sans être repérés, et éviter ainsi toute complication.





Capital.fr : Pourquoi ces textes provoquent-ils alors une levée de boucliers ?
Guillaume Lovet : Pour ce qui est d'Hadopi, il est possible qu'une génération entière d'internautes estime que le gouvernement tente de revenir sur un « acquis », a savoir que de facto, les œuvres immatérielles - musique, films, séries... - sont gratuites sur internet. Pour ma part, le gros point d'achoppement restait la quasi-obligation pour le « suspect » d'installer un mouchard – payant - sur son ordinateur pour prouver sa bonne foi. Un peu comme si la police vous demandait de payer pour l'installation de cameras dans votre salon afin de vérifier que vous ne vous livrez a aucun trafic. Dans le cadre de la loi Loppsi, la liste des sites internet a filtrer est élaboré de manière secrète par la police et le ministère de l'intérieur, sans contrôle. Peut-être au moins faudrait-il le contrôle d'une organisation indépendante pour éviter d'éventuels débordements. Je ne conteste évidemment pas la nécessité d'éradiquer les sites pédopornographiques, mais force est de constater que dans les pays où des systèmes similaires ont été mis en place, des dérives ont été constatées. Que ce soit en Thaïlande, en Australie ou en Finlande, les listes secrètes de sites interdits, dévoilées par wikileaks, ne comprenaient pas seulement des sites pédopornographiques, mais des sites critiquant la famille royale, des sites gay, des sites d'opposants politiques…





Propos recueillis par Frédéric Cazenave pour Capital.fr

la suite : http://antirepression.over-blog.com/article-32739015.html

Publié dans Vent Libertaire 29

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