Vers une société du tout crypté ?

Publié le par Mailgorn Gouez

Vers une société du tout crypté ?





Le cryptage, action de dissimuler une information sous une forme indéchiffrable mais toujours lisible par son destinataire légitime, est un peu le serpent de mer des communications numériques. Déjà présent sur beaucoup de supports, tour à tout rassurant (communications bancaires) comme inquiétant, il est à mon avis le grand gagnant des dernières manoeuvres gouvernementales autour d’Internet et de se supposés dangers (Hadopi, Loppsi,…). Pourquoi cette tendance est-elle inéluctable, et comment permet-elle de se cacher de ce récent arsenal législatif ? Comment expliquer que le gouvernement, tout à sa frénésie législative et sécuritaire sur le net, en arrive finalement à un résultat opposé à celui visé, à savoir un règne libertaire sur les réseaux cryptés ?


Il n’aura en effet échappé à personne que ces derniers mois ont été très durs pour le net, ou tout du moins pour son image dans les médias. Tour à tour repaire de pirates, de terroristes, de pédophiles, de violeurs et autres représentants de la lie de la société, le net fut bien sûr omniprésent dans les débats autour de la loi “création et internet”, et s’apprête à faire un martyr plus discret de la loi loppsi. Toutes ces tentatives législatives de stigmatiser ce qui est devenu en l’espace de quelques années un média global, omniprésent et jusqu’ici chantre de la liberté sont à double tranchant, et pourraient bien aboutir d’ici peu de temps à l’effet inverse de celui recherché. Loin de moi l’idée de crier victoire cependant, le spectre des réactions possibles et raisonnables dans une idéologie de salut public se réduisant au fur et à mesure de ces expérimentations…


Hadopi, et sa kyrielle de sanctions plus ou moins honnêtes (les droits de la défense étant réduits à néant) aurait ainsi pu faire croire que le problème des téléchargements illégaux était définitivement réglé, ou tout du moins sérieusement freiné. Il s’agit, je crois, de l’idée qui prévalait dans l’esprit du législateur, malheureusement peu au fait de la nature d’internet, fondamentalement différente des diverses métaphores utilisées lors des débats. Une rapide recherche fournit déjà une dizaine d’outils invisibles pour Hadopi , sans compter les multiples solutions tierces (VPN, piratage de la ligne du voisin,…) déjà signalées dans les débats. Le filtrage proposé par la loi Loppsi est de même déjà obsolète, quelque soit la technique utilisée (filtrage au niveau DNS, arrêt bien difficile des serveurs). Ces volontés de censure ne sont pas nouvelles, même si la France en avait été jusqu’ici épargnée. Les solutions imparables existent donc déjà, même en cas de non accès à l’internet tel que nous le connaissons. On pourra ainsi citer Freenet , sorte de “darknet” (internet crypté, anonyme, dépourvu d’infrastructures), déjà effectif et absolument dépourvu de toute censure.


Mon point ? Ces lois ont d’ores et déjà échoué, et les exemples en sont multiples. Soit, ce ne sera pas la première fois dans l’histoire de la 5e république… Mon deuxième point ? La plupart des solutions établies par la “communauté” pour se prévaloir des conséquences de la volonté législative impliquent un cryptage, et ainsi un niveau de contrôle étatique encore plus faible que précédemment. Vu du Fai (fournisseur d’accès internet), de la police ou des renseignements, ces paquets sont effet cryptés, anonymes, et dans une certaine mesure inarrêtables. Il n’est ainsi pas techniquement possible d’interdire un site sur Freenet, et la pédophilie comme le nazisme y sont présents. Il n’est pas non plus possible d’identifier un visiteur de ces derniers sites, si celui prend un minimum de précautions. Nous sommes donc passés d’un internet “gentiment” libertaire, idéaliste, mais relativement transparent et contrôlable ; à un réseau de darknets, incontrôlables. Quelle est la prochaine étape ? Comment réagira le législateur ? Peu de solutions possibles, mis à part un monitorage de chacun des ordinateurs connectés (plus ou moins rendu possible par Loppsi, sous mandat judiciaire cependant), techniquement incertain… Chacune de ces étapes écarte les deux “camps” (législateur et “libertaire”) vers des voies de plus en plus extrêmes, l’un vers l’absence totale de contrôle, et l’autre vers un état policier non moins acceptable..

Source : g33k




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Publié dans Vent Libertaire 29

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