Résultats électoraux : ne pleure pas, ami, le meilleur est à venir

Publié le par Mailgorn Gouez

Résultats électoraux :
 ne pleure pas, ami,
le meilleur est à venir

 


Tu veux vraiment te sentir concerné ? Pleurer la victoire de l’UMP ? Regretter l’échec de la gauche ? Songer que tu as subi là une défaite d’importance ? Tu ne devrais pas. Au contraire, même : ris, souris et chante, ami, car tu viens de remporter une jolie victoire. Avec 60 % d’abstention, ce scrutin ne signifie rien, sinon que le système n’a jamais été aussi près de la chute. Patience, ça vient.

 

 

Comme si de rien n’était.

Ceusses qui pleurent, mines contrites et têtes d’enterrement, le deuil pour costume et l’allure défaite, jetant de temps en temps un œil atterré et incrédule à la main dans laquelle ils tiennent la poignée de voix qui leur tient lieu de pourcentage électoral, défaite, défaite, défaite, je scande ton nom entre deux sanglots, les yeux las et les lèvres tristes.

Ceusses qui rient, dansent et battent des mains, se donnant des grandes claques dans le dos avec un sourire satisfait, gens qui ont le bonheur trop éclatant du cancéreux venant d’apprendre qu’il a gagné un sursis sur la mort et ne veut penser à rien d’autre qu’à ces quelques semaines de survie dont il va profiter à fond, victoire, victoire, victoire, je crie ton nom à la cantonade, les prunelles folles et les joues rebondies.

Et tous - chagrins et jouasses - réunis pour donner corps au plus grand des mensonges, illusion fantasque que ce scrutin aurait un sens, qu’il est légitime d’en dresser une analyse, qu’il convient d’en tirer des conséquences, habituel ballet d’après-élection où les importants et pontifiants se donnent la réplique en jouant ce vieil air ranci de la souveraineté populaire, le peuple a tranché, le peuple pense à l’écologie, le peuple aime Sarkozy, le peuple ne veut plus de 4X4, le peuple adore la majorité, le peuple a trop regardé la super-production que Yann Arthus-Bertrand a conçue à son usage, le peuple en a marre des socialistes, le peuple n’a pas aimé la façon dont Bayrou a parlé à Cohn-Bendit, le peuple dit que, le peuple pense que, le peuple veut que, le peuple, le peuple, le peuple.


Le grand bal des jocrisses et des tartuffes poursuit ainsi sa course folle.

Et eux aimerait beaucoup que tu te sentes concerné.

Que tu attaches de l’importance - n’importe laquelle - à ces résultats.

Que tu en sois triste, ou bien heureux, désespéré, plein d’espoir ou bien moitié-déçu moitié-content, peu importe.

Bref, que tu fasses vivre la fiction que ce scrutin signifiait quelque chose, puisqu’il te touche et t’atteint, te fait vibrer ou pleurer, qu’il te concerne, enfin !

Parce qu’

Il faut

Que tout continue

Comment avant.

Et

Parce qu’

Il faut

Que tous ensemble,

Nous regardions l’horizon,

Joliment disposés en rangs d’oignon sous la bannière de notre belle démocratie, citoyens d’élite brandissant nos cartes d’électeurs au doux soleil de la participation.


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Le mensonge est éclatant, pas loin de l’obscénité.

Tant tous - perdants et gagnants, participants et observateurs, politiques et journalistes - s’y entendent à faire semblant, juste préoccupés de préserver la fiction du scrutin en jetant un voile pudique sur ce qui le décrédibilise totalement, l’anéantit absolument, le réduit à néant.

Oui : l’abstention.

Vilain mot qu’ils ne prononcent - à droite ou à gauche - que du bout des lèvres.

Qu’ils expectorent le plus rapidement possible, en mangeant la moitié pour le faire sortir plus vite.

Et qu’ils articulent d’autant plus difficilement qu’il faut l’associer à cet autre vilain mot de "classes populaires", pour dire ces gens de peu convaincus qu’il n’y a rien de bon à attendre du Parlement européen et de la classe politique.

Sache pourtant, ami, que ces 60 %-là sont notre unique victoire, quoi que tu en penses par ailleurs, que t’horripile le score de l’UMP ou que t’attriste celui du Front de Gauche et du NPA.

Parce que l’abstention est un vote de classes [1].

Et qu’il n’est pas de meilleur indice, quelque part, sous l’écume des choses, par en-dessous, de la vitalité de ce grand mouvement de contestation du système qui, pour lent et progressif qu’il soit, finira par le mettre réellement à bas.

Voilà notre chance.

Et celle-ci importe tellement plus que l’illusion d’un succès de l’UMP, les paillettes sans lendemain du bon score d’Europe Ecologie ou la prétendue défaite de la gauche, résultats qui ne devraient pas tirer autre chose de toi qu’un soupir d’ennui et un sourire un brin fatigué.


Voilà : pour insupportables qu’ils soient, ne pense pas au visage de paon triomphant exhibé par Xavier Bertrand, au rictus de victoire affiché par Frédéric Lefèbvre, à la mine jouasse arborée par Rachida Dati, non plus qu’aux sourires opportunistes des Cohn-Bendit et consorts.

Songe juste que nous sommes 60 %.

Que nous serons bientôt 70 %.

Puis 80 %.

Et qu’ils n’auront alors d’autre choix que de jeter le masque, régime aristocratique qui se trouvera dépourvu de l’illusion démocratique et devra se montrer sans fard ni camouflage.

Ce jour-là, et seulement là, les choses commenceront réellement à changer.

Avant, ce ne sont que mensonges, poudre aux yeux et balivernes.

 

 


la suite : http://www.article11.info/spip/spip.php?article448

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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