CE QUE L'ON NE NOUS DIT JAMAIS : LE TRAVAIL HUMAIN DE MOINS EN MOINS NECESSAIRE POUR PRODUIRE ET… L'APPARITION DE L'INDIVIDU HYPERMODERNE ! (2)

Publié le par Mailgorn Gouez

CE QUE L'ON NE NOUS DIT JAMAIS :
LE TRAVAIL HUMAIN DE MOINS EN MOINS NECESSAIRE
POUR PRODUIRE ET…
L'APPARITION DE L'INDIVIDU HYPERMODERNE ! (2)

 

 

II - La géniale intuition d'un sous-secrétaire d'Etat " inspiré ", j'ai nommé : Jacques DUBOIN. Ce serait, en effet, une véritable injure post-mortem et une injustice impardonnable de parler de la diminution du travail humain nécessaire pour produire des objets manufacturés sans rien dire de Jacques DUBOIN , ce père du socialisme distributiste, né en 1878 et mort en 1976 dans sa quatre-vingt-dix-huitième année, excusez -moi du peu ! Jacques DUBOIN fut banquier, député de Haute Savoie, sous-secrétaire d'Etat au Trésor en 1924. Et c'est la crise de 29 qui lui fera prendre conscience que " la grande relève de l'homme par la machine " était une utopie nécessaire. Cette dernière devait prendre corps dans une économie distributive qui s'imposait si l'on voulait, pour de bon, échapper à la plus absurdissime absurdité de toutes les absurdités possibles et inimaginables, à savoir : la création de la misère dans l'abondance pour le genre humain. C'est pourtant ce qui est arrivé avec la grande crise de 1929 et ses suites dont on sait qu'elles conduiront à la deuxième guerre mondiale avec toutes ses inhumanités sciemment et rationnellement voulues et exécutées. On ne trouve pas le nom de DUBOIN dans les dictionnaires et encyclopédies, ses livres se trouvent parcimonieusement chez certains bouquinistes. Il existe, il est vrai, un site internet sur http://economiedistributive. free.fr Il existe également un mouvement militant très actif pour perpétuer les idées de Jacques DUBOIN à travers un mensuel de grande qualité qui a pour titre LA GRANDE RELEVE (Mensuel de réflexion socio-économique vers la démocratie d'une économie participative). Ce journal, dirigé aujourd'hui par Marie-Louise DUBOIN, fille de Jacques, montre que pour mettre fin au paradoxe de l'homme inventant une machine pour travailler à sa place… mais qui ne travaille pas pour lui, l'économie distributive transforme le progrès technique en progrès social. Je reprends les grands points de la thèse distributive tels qu'ils sont présentés en quatrième de couverture de la revue : Tout ce qui est utile, matériellement et écologiquement possible, l'est financièrement. Tous les citoyens reçoivent un pouvoir d'achat dont la masse totale correspond aux biens et services disponibles. Ce " revenu social " est versé en " monnaie de consommation " pour permettre au consommateur de choisir ses achats. Cette réforme fiscale rend inutile tout impôt. Le production n'est pas dirigée, mais les efforts sont orchestrés en vue d'obtenir le plus grand rendement possible avec le minimum de peine. Le travail humain nécessaire pour assurer tant les services publics que la pérennité de la production (entretien, extension et perfectionnements de l'équipement) revêt la forme d'un " service social ", service civil accompli par roulement. Ce système économique ne fait disparaître aucun de nos droits politiques, mais il les complète de droits économiques sans lesquels ils n'ont pas de sens, car, comme disait Jacques DUBOIN : Pour vivre libre, il faut avoir de quoi vivre ! Sans nul doute, ce volontarisme vers un mieux-être pour tous, cet humanisme et ce pacifisme bien compris devaient gêner aux entournures quelques dominants trop bien installés dans leurs privilèges. On préféra " déterrer la hache de guerre " pour mettre à feu et à sang la planète entière. Et pour continuer à faire tourner à plein régime le complexe militaroindustriel, on a su multiplier les affrontements sanglants sur toute la Planète pour toutes sortes de " déraisons ". Mais on a surtout su créer de toutes pièces, pas une personne bien sûr, mais un individu d'un nouveau type, formaté à point pour adhérer positivement et rentablement à ce monde nouveau, hyper-dangereux et hyper-fragile, pénétré de techniques et d'informatique, et de télématique, et de robotique et de tout autre -tique, comme on l'a déjà dit, toujours plus performants pour favoriser la croissance et, ce qu'on ne dit jamais, conduire à la surproduction et à la misère du monde, comme l'aurait dit Bourdieu. Cet individu " formaté à point ", vous avez bien sûr deviné qu'il devait s'agir de ce fameux individu hypermoderne qui figure dans le titre. III - L' individu hypermoderne. Les spécialistes de différentes disciplines en sciences humaines (à savoir : sociologie, psychologie, économie, politologie) commencent à s'intéresser à un ensemble de comportements nouveaux chez certains individus que des gens comme Eugène ENRIQUEZ et Nicole AUBERT, entre autres, qualifient d'hypermodernes. Eugène ENRIQUEZ est professeur émérite de sociologie à Paris VII et, est surtout selon moi, l'auteur de ce livre incontournable pour tout travailleur social, livre paru en 1983 aux éditions Gallimard et intitulé De la horde à l'Etat (Essai de psychanalyse du lien social). Nicole AUBERT, quant à elle, est sociologue et psychologue conjointement et enseigne à l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris. Elle est l'auteur de Le culte de l'urgence, La société malade du temps, paru chez Flammarion, en 2003, et de nombreux articles sur " l'individu hypermoderne comme effet d'une mutation anthropologique " et surtout, elle a dirigé l'ouvrage intitulé " l'individu hypermoderne ", paru chez Erès en 2004. Mon propos de ce soir portera sur la description assez succincte de cet individu devenu, somme toute, de plus en plus commun, et à sa construction ou à son "formatage " dans un milieu donné. La plupart des spécialistes s'accordent pour situer l'apparition, l'émergence de ce type de personnalité vers le milieu des années 70 en pleine croissance économique sans doute mais aussi sous l'alerte passablement angoissante, ou du moins préoccupante, du premier choc pétrolier. D'une part, les moeurs en ces années post-soixante huitardes connaissent une émancipation avec le culte de la liberté sur tous les registres, que ce soit dans la sexualité, dans la pensée, dans la réalisation existentielle de soi. D'autre part, on assiste aussi et surtout au développement de l'économie de marché avec sa prétendue loi de l'offre et de la demande et le culte de la consommation. C'est surtout l'époque où un certain Milton FRIEDMAN cogite la vague des réglementations et autres libéralisations financières qui sera expérimentée au Chili puis mondialisée par TATCHER et REAGAN. (Une lecture, à ce propos, de La stratégie du choc, de Naomi KLEIN, ne saurait qu'être profitable et l'épaisseur de l'ouvrage ne doit surtout pas décourager le lecteur curieux !) Enfin, se développent aussi les nouvelles transports, les médias et la télématique. Tout va de plus en plus vite. On n'a presque plus besoin de sortir de chez soi pour vivre. Notre économie de marché qui fonctionne sur le modèle intégral d'un système capitaliste pur et dur, comme victime de son succès, demande alors toujours plus : toujours plus de compétence, de performances et de compétitivité dans le moins de temps possible. Justement, plus de temps m'aurait permis de développer un peu les notions de performance et de temporalité qui ont une si grande importance et une spécificité particulière pour l'individu hypermoderne . Mais on l'abordera peut-être dans la discussion. Et on se contentera de lister les caractéristiques principales de l'individu hypermoderne, lesquelles tendent à devenir, si ce n'est déjà fait, les caractéristiques d'une nouvelle normalité. L'individu hypermoderne se caractérise donc par : -une façon de vivre et de se comporter par excès ; -un impératif de jouissance ici et maintenant et toujours plus ; -les sensations priment sur la recherche de sens ; -l'image projetée remplace la pensée réflexive ; -la satisfaction immédiate s'impose ; -la transgression des lois est banalisée. Longtemps ce fut " pas vu, pas pris, c'est tout bon ! " c'est aujourd'hui d'une façon quasi ostentatoire ou , du moins, ouvertement et sans complexe qu'on transgresse la Loi, y compris au Palais dit de Justice, -je l'ai vu, de mes yeux vu !- et les plus grands politiques, les gens de robe les plus en vue ne se privent pas pour servir d'exemple pour ainsi dire chaque jour dans les médias ; -l'appauvrissement des rapports sociaux et l'individuation triomphante ; -un mode de fonctionnement psychique privilégiant les actions et les somatisations. Ces dispositions existentielles nouvelles ne manquent pas d'être par certains côtés pathogènes. Avec leur lot de toxicomanies, de syndromes anxieux, de dépressions, voire de suicides plus ou moins masqués. Seule l'éducation, une éducation nouvelle forcément, pourrait réapprendre à l'homme à retrouver et développer durablement sa capacité pensante ; ce qui permettrait aux jeunes générations de rompre les chaînes de notre esclavage à la consommation, à la technocratie, aux idées reçues, et, en un mot comme en cent mille d'échapper au panurgisme débilitant sous prétexte d'être commetout le monde mieux que tout le monde

 

 

Le Père Chat

 

Source : Le Libertaire N°33-Juin 2009 http://www.lelibertaire.org/Libertaire/Libertaire/le%20libertaire%2033.pdf

 

 

 

 

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