La France sous surveillance cybernétique : le rêve panoptique de Nicolas Sarkozy

Publié le par Mailgorn Gouez

La France sous
surveillance cybernétique :
le rêve panoptique de
Nicolas Sarkozy

 

 

C’est pas Dieu possible ! Nicolas Sarkozy – pour avoir une mentalité aussi «sécuritaire» et une vision si «policière de l’Histoire» - a dû naître avec un képi sur la tête, une pèlerine, un sifflet dans la bouche, une matraque dans la main et une paire de menottes accrochée à quelque endroit que la décence m’interdit de nommer ! Depuis, la mode de la Maison Poulaga – en vogue à l’époque - a bien changé mais l’esprit demeure.

 


A n’en point douter, le Chef de l’Etat est un grand paranoïaque sous l’Eternel. «Surveiller et punir» doit être sa devise… Cyber-surveillance et vidéo-surveillance sont les deux mamelles du sarkozysme.

 


J’emploie à dessein le terme «panoptique» : dans le sens du modèle d’architecture carcérale imaginé par Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle et dont l’objectif est de permettre à un surveillant logé dans une tour centrale, de surveiller l’ensemble des cellules sans que les détenus sachent qu’il sont observés… Dans «Surveiller et Punir», Michel Foucault avait de façon prémonitoire fait de la structure panoptique le modèle abstrait d’une société disciplinaire…

 


A cet égard, un extrait du «Panoptique» (1780) de Jeremy Bentham mérite d’être cité pour la philosophie du projet, laquelle pourrait en effet s’appliquer non seulement à la prison mais également à l’ensemble de la société – telle que voulue par Nicolas Sarkozy – «La morale réformée, la santé préservée, l’industrie revigorée, l’instruction diffusée, les charges publiques allégées, l’économie fortifiée – le Nœud Gordien des lois sur les pauvres, non pas tranché mais dénoué – tout cela par une simple idée architecturale»… Il suffit aujourd’hui de remplacer «architecture» par «cybernétique»…

 


Dernière trouvaille de Nicolas Sarkozy – soufflée dans le creux de l’oreille à Xavier Darcos : les flics à l’école ! - Pauvre Victor Hugo qui écrivait : «ouvrez une école, vous fermerez une prison» ! Il n’avait certainement pas imaginé que les écoles puissent devenir des «prisons à ciel ouvert» ! Non plus que la France dans son ensemble.

 


Vous avez adoré Dadvsi et Hadopi ? Vous raffolerez de Lopsi 2 ! Etre espionné en permanence «à l’insu de votre plein gré».

 


Des fichiers de police comme s’il en pleuvait… Edvige - contesté et contestable - remis dans les cartons ou peu s’en faut, le prestidigitateur nous sort Périclès de son chapeau. Aussi contestable car, nous dit Le Monde Après la Dadvsi et Hadopi, bientôt la Loppsi 2 «Ce système “d’analyse sérielle” (qui) permettra d’effectuer des rapprochements entre les différents fichiers judiciaires (Stic, Judex, etc.) et de croiser tous les renseignements disponibles pour lutter au mieux contre tous les types de délinquance, et notamment la pédo-pornographie (…) enregistrera des données liées à la vie du citoyen avec tous les dangers de dérives possibles : numéros de cartes grises, de permis de conduire, de puces de téléphones portables (IMEI), factures diverses, etc»…

 


Et qui plus est, toujours selon Le Monde : «la collecte de ces données proviendrait entre autres de “traitements automatisés de données à caractère personnel concernant toute infraction commise contre les personnes”. Ces données ne seraient donc plus uniquement “collectées au cours de procédures judiciaires pénales” comme il était prévu dans le projet de loi originel» !

 


C’est incontestablement la porte ouverte à toutes les dérives flicardières. Il suffit par ailleurs de se souvenir que la CNIL qui précisément a vocation à surveiller l’ensemble des fichiers informativés – lesquels en outre ne doivent pas être interconnectés entre eux selon les dispositions de la loi «Informatique et liberté» du 6 janvier 1978 – dénonçait en janvier 2009 la très mauvaise tenue du fichier de police «Stic»…

 


Bien entendu, la lutte contre les pédophiles et les trafiquants de drogue, d’armes, les grands criminels, etc… justifie de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires. Mais je crains que cela ne soit qu’un prétexte pour ficher, contrôler et surveiller un maximum de citoyens.

 


Ce que la technologie permet aujourd’hui – nous sommes des «proies» faciles sauf à ne pas posséder de cartes de crédit, de passes Navigo, de téléphones portables, d’ordinateurs, etc… - et permettra encore bien davantage demain avec les nanotechnologies : on a déjà commencé à implanter des «puces RFID» - du même genre que celle que le véto de Florensac à placée dans le cou de Tubarào l’automne dernier ! – dans le corps de certains humains… Big Brother est largement dépassé !

 


A lire l’article du Monde, il est évident que non seulement aussi bien Dadvsi, Hadopi et Lopsi 2 obéissent à la même logique et «forment le véritable arsenal de la “cybersécurité”, promue priorité par Nicolas Sarkozy» mais qu’il s’inscrivent de surcroît dans un régime que l’on peut qualifier «d’exception».

Dans la mesure où – sauf pour les «mouchards électro-niques» prévus contre la cybercriminalité qui nécessi-teront une autorisation judiciaire valable pour 4 mois, renouvelable une fois - ce sera désormais l’adminis-tration qui décidera – seule ! - des mesures de surveil-lance et de coercition.

 


Telles que la géolocalisation des internautes, le blocage des sites ne respectant pas la législation et dont la liste sera fournie par le ministère de l’Intérieur aux fournisseurs d’accès – MAM a dû faire incognito un voyage à Pékin ! – et pour ce faire, nous apprend Le Monde, la surveillance sera assurée par des «crawlers» - logiciels de recherche spécialisés - lesquels seraient mis en place par différents services du ministère, notamment l’OCLCTIC (Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication)…

 


Régime d’exception à n’en point douter car non seulement Hadopi prévoit la “Simplification des procédures de contrôle par les services de l’Etat des logiciels intégrant des mesures techniques permettant le contrôle à distance de fonctionnalités ou l’accès à des données personnelles” mais, nous apprend toujours Le Monde, «l’article additionnel 10bis C de la loi Hadopi à l’article 15 de la Dadvsi permet notamment à la direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (DCSSI) de s’affranchir du contrôle des logiciels mouchards susceptibles d’être installés par les administrations de l’Etat, les collectivités territoriales et les opérateurs publics ou privés» (…) En d’autres termes, l’Etat ne serait donc plus obligé de vérifier la “légalité” des mouchards utilisés par ses services sur le Réseau. Dès lors, c’est la porte ouverte à toutes les “captations” informatiques et sonores, de quelque nature qu’elles soient».

 


C’est dire si l’administration aura beau jeu de s’asseoir sur le contrôle du juge requis en principe selon les termes du projet Lopsi 2 pour placer un «mouchard électronique» soit directement sur le matériel soit à distance !

 


Lopsi 2 donne en effet aux policiers le droit “sans le consentement des intéressés, d’accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu’elles s’affichent pour l’utilisateur ou telles qu’il les y introduit par saisie de caractère”.

 


Pour ce faire, les «plombiers de Sarko» auraient le droit de s’introduire – de nuit comme de jour - avec l’aide d’un serrurier chez un internaute pour placer sur l’ordinateur à surveiller une «clef de connexion», sorte de clé USB qui s’enfiche à l’arrière ou, mieux, à l’intérieur, sur l’un des ports disponibles et qui renverra les données vers les ordinateurs de la police ou des autorités…

 


Les flics auront un sacré boulot car il est évident qu’ils n’interviendront qu’en l’absence de l’internaute suspecté… Il leur faudra donc passer un certain temps «en planque» à proximité de son domicile et être ensuite certains qu’il n’est pas juste parti au coin de la rue acheter des cigarettes ou du pain. Quant aux serruriers, ils amélioreront leur chiffre d’affaires, surtout s’ils doivent intervenir de nuit ! Qui a déjà perdu ses clefs sait que cela coûte bonbon…

 


Cette loi d’exception légalise l’introduction de «chevaux de Troie» - logiciels espions ou «spyrewares» - dans les ordinateurs. Laquelle pourra également se faire à distance. En principe, seuls des officiers de police judiciaire (OPJ) auraient le droit d’utiliser ces procédures, sous le contrôle du juge.

 


Je crains toutefois que ces dispositions ne restent lettre morte puisque le ministère de l’Intérieur pourra toujours arguer agir en vertu des dispositions dernièrement prévues pour Hadopi… Certes, il sera difficile ensuite de faire condamner un prévenu sur la base de cette surveillance. Mais après avoir fait disparaître le juge d’instruction il suffira tout bonnement à Nicolas Sarkozy d’éclipser les juges, remplacés par le seul avocat général…

 


«Des logiciels mouchards susceptibles d’être installés par les administrations de l’Etat, les collectivités territoriales et les opérateurs publics ou privés»…Donner autant de pouvoirs – en les affranchissant des contrôles - à des instances administratives… Encore, s’agissant des services placés directement sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur peut – à la limite – se justifier au nom des missions de police administrative.

 


Mais quid des collectivités territoriales ? A quel titre et de quel droit les maires, présidents de conseil général ou régional surveilleraient-ils les internautes ? Même question s’agissant des opérateurs publics ou privés qui, jusqu’à présent devaient être requis par les policiers et uniquement dans le cadre d’une enquête…

 


Je ne peux m’empêcher de penser à «l’affaire des écoutes de l’Elysée» qui s’est déroulée lors du premier septennat de François Mitterrand, de 1983 à 1986… en dehors de toute légalité, bien évidemment. La «cellule anti-terroriste» de l’Elysée fonctionnait en dehors de tout contrôle…

 

 

L’Histoire nous apprend que régimes et lois d’exception – quand bien même auraient-ils à l’origine des motifs valables – sont toujours la porte ouverte à toutes les dérives. Il suffit de en effet de se référer à la Terreur en France et à la révolution russe : les mesures liberticides étaient justifiées par l’état de guerre et eussent dû être levées celles-ci terminées… mais dans les faits, elles perdurèrent bien plus tard. Dès que l’on donne un pouvoir quasi illimité et sans contrôle à des autorités quelles qu’elles soient, c’est inévitable. Or, Nicolas Sarkozy n’a de cesse de museler tous les contre-pouvoirs.

 


Le monde de Sarko : «le meilleur des mondes»… policier !

 


Sources

Le Figaro

La police va pouvoir pirater les ordinateurs des voyous

Bientôt des mouchards de police sur les ordinateurs

Le Monde

Après la Dadvsi et Hadopi, bientôt la Loppsi 2

 

Glané sur Lait d'beu

 

la suite : http://antirepression.over-blog.com/article-32092379.html

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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