Rachida Dati et "la Souricière"

Publié le par Mailgorn Gouez

Rachida Dati
et "la Souricière"


 


Bien qu'elle se défende d'avoir été influencée, Rachida Dati n'a pas tardé à mettre un terme à la polémique qui ne cessait de monter concernant l'état désastreux des sous-sols du palais de justice de Paris, où sont placés les gardés- à- vue en attente d'une comparution immédiate ou d'une audition par un magistrat, et les détenus en cours de procès ou qui doivent s'entrenir avec un juge d'instruction. La ministre de la justice a en effet adressé, jeudi, une lettre au bâtonnier de Paris, Christian Charrière-Bournazel, pour l'informer que la Chancellerie avait décidé de débloquer  "d'urgence » un million d'euros .

 


Depuis le mois d'avril, les jeunes avocats de la conférence du stage, déposaient tous les jours des recours en annulation des procédures de comparution immédiate, afin que leurs clients ne soient pas transférés au dépôt  du tribunal de Paris où dans la fameuse « Souricière", pour y subir un traitement indigne d'un pays de Droits. Vingt mille personnes transitent ici chaque année à raison de 60 à 90 par jour. Ces locaux, qui comptent 70 cellules pour les hommes et 15 pour les femmes, sont dans un état déplorable.  Le député PS André Vallini, qui fut président de la commission d'enquête parlementaire d'Outreau, a fait, mercredi dernier, une visite surprise des lieux. Il en est ressorti particulièrement remonté et a déclaré aux journalistes qui n'avaient pu obtenir de le suivre et qui l'attendaient donc dehors : « Les gens sont entassés à trois dans des cages grillagées comme des animaux. Mis en état d'infériorité physique et psychologique. Je rappelle que 25% des personnes placées en détention provisoire sont par la suite reconnues innocentes ». Puis, le député a adressé une lettre à la commission des lois pour « exiger » du gouvernement que celui-ci entreprenne au plus vite des travaux de rénovation. Une injonction vite exaucée.

 


Le dépôt, où sont placés pour 20 heures au maximum les gardés- à- vue déférés devant le parquet, est géré par la préfecture de Paris. Amenés d'abord dans une salle de 28 mètres carrés où trône, sans muret de protection, une cuvette de toilettes à la turque, les prévenus sont contraints de se mettre entièrement nus pour être fouillés devant souvent une trentaine d'autres ères promis au même sort. Ceux qui y passent la nuit, une trentaine chaque soir, sont conduits dans des cellules sans fenêtres, entassés par trois ou six dans un espace mesurant de sept à dix mètres carrés. Espace meublé d'un lavabo et de toilettes dans un état repoussant, de lits superposés en fer munis d'un socle en bois et ne comportant souvent pas de matelas et de couvertures. Les murs sont couverts d'excréments car les occupants disposent rarement de papier et de serviettes de toilettes. Et la situation est identique dans la « souricière », gérée par l'administration pénitentiaire, qui abrite, elle, les détenus transférés ici de prison avant d'être auditionnés ou jugés. C'est, par exemple, dans la souricière, qu'Yvan Colonna a été conduit chaque matin dans les jours qui ont suivi son départ du procès pour le meurtre du préfet Erignac, avant qu'il ne refuse d'être extrait de prison.

 


Pascal Gand, magistrat du pôle santé, dont les avocats de la conférence du stage avaient fini par obtenir la désignation par la  23ème chambre du tribunal, pour « faire toutes constations utiles » sur les conditions de détention sur l'île de la Cité est allé le 13 de ce mois sur les lieux. Il a rendu son rapport le 28 mai. Rapport qui dénonce une « odeur nauséabonde », la présence de nombreux insectes attirés par l'humidité et la saleté des locaux, dont une pléthore de cafards. Depuis sa visite, des aménagements avaient été concédés, notamment la mise en place de paravents pour préserver l'intimité des prévenus au moment de leur fouille. Les 22 cellules déjà rénovées, et qui curieusement restaient vides, sont désormais utilisées. Depuis 1991, la situation inacceptable de ces locaux est régulièrement dénoncée par le « Comité de prévention contre la torture » (CPT) et par les instances européennes. Il n'est que temps de les rénover. Rappelons, toutefois, que bon nombre de cellules des prisons de France sont strictement dans le même état.

 


Source : SV pour Le Nouvel Obs.com

la suite : http://antirepression.over-blog.com/article-32075023.html

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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