Lecture sioniste d’une interview de Mechaal

Publié le par Mailgorn Gouez

Lecture sioniste
d’une interview
de Mechaal

 

Jonathan Helvy

 

Khaled Mechaal (président du bureau politique du mouvement islamique Hamas) a accordé une interview au journal américain New York Times. Dans cette interview, Mechaal n’a rien proposé de nouveau, rien qu’on pourrait qualifier de pragmatique. A titre d’exemple, sa suggestion d’un cessez-le-feu provisoire ne se différencie pas trop de celle proposée par cheikh Ahmed Yassine. Cette suggestion ne représenterait en réalité qu’un moyen des plus courts et des plus faciles pour anéantir "Israël".

Ces dernier temps, le Hamas essaie d’ouvrir un chemin vers l’Europe et les Etats-Unis. Ses représentants effectuent des contacts avec des parlementaires britanniques. Mechaal, lui-même, a donné un discours télévisé au parlement britannique.

Et le 5 mai 2009, le journal américain New York Times a réalisé une interview avec Mechaal. Celui-ci a voulu adresser plusieurs lettres à l’administration et aux décideurs américains. On peut y déceler plusieurs messages.

Premièrement, Mechaal essaie de dire que son mouvement adopte actuellement une politique pragmatique. Désormais, il serait prêt à accepter la solution de deux Etats, comme étant une solution au conflit palestino-israélien. A ce propos, il dit : Nous soutenons la création d’un Etat palestinien, avec les frontières de 1967. Il y aura un cessez-le-feu de logue durée (10 ans selon lui). Cet Etat contiendrait la ville d’Al-Quds. Il faudrait également démanteler les colonies. Il faudrait aussi le retour des réfugiés (palestiniens, tous les réfugiés).

Mechaal veut faire comprendre que la charte de son mouvement est comme un document historique. Il n’aurait pas nécessairement un impact sur la politique du mouvement. A savoir que cette charte avait été publiée en août 1988 et que le Hamas adopte ses positions selon ses articles.

Puis en deuxième lieu, Mechaal veut prouver que l’utilisation de la force par le mouvement du Hamas serait une affaire des plus logiques. Elle serait basée sur une légitimité internationale qui donne le droit de lutter contre l’occupation. Et pour épauler ses dires, Mechaal prétend que l’arrêt actuel des tirs de roquettes a été décidé par le Hamas pour servir les intérêts du peuple palestinien.

En tout cas, le lancement de roquettes, à lui tout seul, n’est jamais un objectif. C’est un moyen, parmi d’autres. La résistance reste un droit légitime. Le mouvement l’appliquera selon les nécessités. Puis, il ajoute : « Le seul ennemi dans la région restera "Israël" ». Cela veut dire que faire des torts aux intérêts occidentaux ou travailler contre les régimes amis qui leur sont amis n’intéresse pas le Hamas.

Et en troisième lieu, Mechaal voudrait adresser un message d’une tendance positive (uniquement dans l’apparence), portant en même temps une bonne dose de menace :

« Je promets à l’administration américaine et à la communauté internationale que nous resterons toujours une partie de la solution ».

Cela signifiera que tout accord signé par l’autorité palestinienne, présidée par Abou Mazen, serait refusé par le mouvement du Hamas.

Mechaal précise qu’il a décidé d’accorder une interview au journal américain afin que les autres comprennent la position du Hamas et qu’ils l’écoutent directement. En effet, le mouvement sera content quant il constatera que les gens veulent écouter ses leaders, non par le biais des autres.

Quelques jours seulement après la publication de cette rencontre, Mechaal s’est précipité pour démentir ses dires donnés à un média américain. Il a nié avoir accepté la solution de deux Etats. Dans une conférence de presse donnée à Damas, Mechaal dit que son mouvement refuse toujours les conditions du Quartette. Cela dit, il refusera de reconnaître "Israël". Il refusera également de laisser tomber le terrorisme.

« Nous n’avons pas déclaré notre approbation d’une solution basée sur deux Etats [israélien et palestinien]. Nous avons cependant dit que nous, ainsi qu’une grande partie des forces palestiniennes, accepterons un Etat palestinien indépendant sur les frontières de 1967, avec bien évidemment la ville d’Al-Quds comme capitale », a dit Mechaal.

Ainsi, Mechaal ne laisse aucune marge à une quelconque interprétation pragmatique. Dans toutes ses dimensions, l’initiative du mouvement du Hamas est simple.

En effet, le mouvement du Hamas est prêt à accepter une paix avec "Israël" pour une durée de dix ans. Il faudra que celle-ci se retire jusqu’aux frontières de 1967, la ville d’Al-Quds orientale y compris. Il faudra aussi démanteler les colonies de la Cisjordanie et accepter un Etat palestinien discriminatoire (où les Juifs seront totalement exclus). Par contre, il faudra laisser des millions de Palestiniens rejoindre leurs terrains. Il y aura une déportation collective massive de Juifs pour les remplacer par des Palestiniens.

C’est cette paix que chercherait Mechaal. Il voudrait un cessez-le-feu de dix ans. En d’autres termes, Mechaal serait, par une générosité grandiose, prêt à laisser "Israël" tranquille, si elle décidait de commettre un suicide aussi bien physique que politique. Il dit par exemple : « Il faut écouter le Hamas de la source et non par le biais de quelconques intermédiaires ».

Puis, dans un communiqué officiel, publié le Jour de la terre qui est tombé le 30 mars 2009, le mouvement du Hamas insiste à dire que la résistance palestinienne armée restera le seul moyen pour mettre en échec les conférences sionistes. Le seul moyen pour reprendre nos droits et nos territoires occupés.

- Nous confirmons la détermination de toutes les forces palestiniennes à continuer dans le chemin du djihad, de la résistance et du sacrifice pour la libération de la terre de la Palestine, de toute la Palestine.

- En ce jour de la terre, nous confirmons que nous resterons attachés à nos principes nationaux et à nos droits légitimes. Nous ne laissons même pas tomber un seul centimètre de notre terre bénie.

- Nous confirmons que la Palestine est une terre islamique dont personne ne pourra faire la moindre concession.

En fin de compte, Mechaal n’apporte rien de nouveau pour dire qu’il adopte des positions pragmatiques. La charte du mouvement du Hamas qu’il voudrait considérer comme un document historique reste toujours valable. Elle représente toujours la source principale pour le leader du Hamas. Et en ce qui concerne son appel à un cessez-le-feu, il ne se différencie guère de celui du cheikh Ahmed Yassine.

Cette initiative ne serait qu’un moyen rapide et très commode pour anéantir "Israël" comme étant une entité politique indépendante. Elle créerait les conditions nécessaires pour une emprise palestinienne sur tous les territoires d’"Israël".

En résumé, le mouvement du Hamas prend le conflit comme un jeu inutile qui ne laissera aucune marge de manœuvre, de concessions. "Israël" et les Etats-Unis devront donc revoir leur politique envers le mouvement du Hamas. Celui-ci voudrait obtenir un soutien occidental et obtenir en fin de compte une reconnaissance de son autorité sur la bande de Gaza. Il voudrait aussi continuer son existence dans les territoires de la Cisjordanie. Tout cela fait partie de ses efforts donnés pour l’installation d’un Etat islamique, basé sur les idées des Frères Musulmans. Un Etat hostile à l’Occident. Tout cela faire surtout partie d’un plan qui aura pour objet la destruction totale et définitive d’"Israël".

Article publié par l’institut de Jérusalem pour les affaires publiques et l’Etat, le 15 mai 2009
Traduit et résumé par le CPI


La suite : http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s78C3%2biJW1o5gK5g9TvY7wEdPyfxRNAimh86G8kh3wyy7mvdm0PENgWY1Sz7QoyDw9yaCPPFCM0y%2bkm3W5778QUNgTkaPO%2brcs3qhpzEDl0qc%3d

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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