Militaires irradiés. «L'État veut nous avoir à l'usure»

Publié le par Mailgorn Gouez

Militaires irradiés.
«L'État veut nous avoir à l'usure»

 


       Malade depuis son retour du Pacifique, en 1970, le Concarnois Claude Barreaux a vu sa demande d'indemnisation rejetée, vendredi, comme onze autres anciens vétérans des essais nucléaires français. Mais il ne lâche pas le combat.

 Lorsqu'il a appris, vendredi, la décision de la cour d'appel de Paris rejetant sa demande d'indemnisation (*), Claude Barreaux n'a pas été surpris. «Cela fait 39 ans que je me bats et que je vois l'État tout mettre en oeuvre pour ne pas avoir à admettre ses responsabilités», raconte ce Concarnois, seul Breton parmi les douze anciens soldats engagés dans cette procédure. Des vétérans tombés malades après avoir participé aux essais nucléaires pratiqués par l'armée dans le Sahara ou en Polynésie. Et qui, comme les victimes de l'amiante, pensaient obtenir une reconnaissance de leur souffrance. Sur les douze hommes, cinq sont en vie.

«Des essais pas si propres que cela...»

Claude Barreaux souffre d'une pathologie respiratoire et d'une maladie du sang lui imposant des traitements contraignants. La première a été constatée le 17mars 1970, moins de deux mois après son retour de Polynésie. Engagé dans l'Armée de terre, il est désigné en 1967 pour rejoindre le Centre expérimental du Pacifique, plus précisément la base avancée d'Hao, à quelques centaines de kilomètres de la base de tirs. «Durant 26mois, j'ai été exposé aux retombées aériennes, aux vents, au matériel contaminé: les essais étaient bien préparés, mais dès que quelque chose n'allait pas, c'était la panique», raconte Claude Barreaux. Il était sur zone lorsqu'a été lancé le tir nucléaire le plus puissant jamais réalisé par la France, nommé Canopus: 2,6mégatonnes. 170 fois la bombe d'Hiroshima. Depuis son retour et la confirmation de sa pathologie, il veut que l'État admette que ses essais nucléaires «n'étaient pas si propres que cela». Un combat ardu, tant il lui est difficile de reconstituer un dossier médical complet, ce même depuis la loi Kouchner. «Rétention d'informations et arguments juridiques spécieux, je connais cela par coeur», lance le Concarnois, ancien membre de l'Aven (Association des vétérans des essais nucléaires).

Encore des batailles

A la suite de la décision de vendredi, il estime qu'un pourvoi en cassation «n'est pas indispensable, même si c'est une étape pour ensuite aller devant la Cour européenne». Pour autant, sa bataille se poursuit. S'il ne croit guère à la réussite de sa plainte contre l'État pour «administration de substances dangereuses», il entend obtenir une pension militaire, lui qui en est privé depuis 1974. Claude Barreaux veut aussi faire évoluer le projet de loi Morin sur la réparation des conséquences sanitaires des essais, pour laquelle 10MEUR sont prévus. «Le texte indique que la maladie doit résulter directement d'une exposition au rayonnement, il est suffisamment restrictif pour que nous ne puissions pas faire valoir nos droits.Encore des ambiguïtés. C'est un panier de crabes». Pour lui, c'est certain: «l'État veut nous avoir à l'usure».

* Elle estime sa demande irrecevable car les faits sont antérieurs au 1erjanvier 1976, création de la Civi, commission d'indemnisation des victimes d'infractions pénales.


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Publié dans Vent Libertaire 29

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