L’Elysée ne laisse rien passer

Publié le par Mailgorn Gouez

L’Elysée ne laisse rien passer





Les affronts, petits ou grands, sont régulièrement sanctionnés. Exemples.

Ils sont venus manifester, dire leur énervement, se plaindre et, parfois, insulter. A chaque fois, Sarkozy, ministre ou président, était la cible. Et même lorsqu’il est absent, c’est toujours lui qu’on vise. Voilà ce qu’il en coûte.

 

 

Nous sommes en février 2004. Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé sont en campagne pour les élections régionales, au forum des Halles, à Paris. Attroupement, bousculades, slogans hostiles, sifflets. Et repli vers le commissariat local. «Retourne en Chine espèce de Hongrois!» lance Christophe Birot, «anarchiste des rues, pas vraiment bobo», selon son avocat, Jean-Yves Chabanne. En direction des policiers, le même Birot lâche : «Enculés.» A l’époque, son avocat plaide qu’il insulte un «candidat en campagne» , non un ministre en exercice. Le tribunal le condamne à un mois de prison ferme. Commentaire de la robe noire : «Je préfère un Birot qui pousse des cris à quelqu’un qui pose des bombes.»

 


Février 2004, toujours, même motif, même punition. Un mois ferme, itou, pour cet homme de 21 ans, qui avait lancé «Sarkozy, va niquer ta mère» alors que le ministre de l’Intérieur Sarkozy était en visite à Hautepierre, un quartier difficile de Strasbourg. Le jeune homme est jugé en comparution immédiate pour «outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique». Son avocate, Sabine Perrin Zink, explique que son client n’a pas proféré d’injures à l’encontre du ministre. Selon elle, il se trouve «à deux mètres des policiers». «Dans ces circonstances, il n’aurait jamais pu dire cela, d’autant plus que sa mère, engagée socialement dans le quartier, devait rencontrer le ministre.»

 


Le 1er novembre 2006, à Aubagne (Bouches-du-Rhône), un homme de 19 ans est condamné à quatre mois de prison ferme pour avoir insulté des policiers et adressé un : «Je nique Sarko le fils de pute.» Cette affaire-là a finalement rencontré peu d’écho.

 


Le 28 août 2008, ce n’est pas un quolibet, mais une simple affichette, comme un retour à l’envoyeur. Sarkozy est à Laval (Mayenne) pour présenter le Revenu de solidarité active (RSA). Hervé Eon, 56 ans, brandit un petit carton sur lequel il a inscrit «Casse-toi pauv con!» au passage du Président. La maxime, rendue fameuse grâce à une vidéo d’Internet, reprend fidèlement les propos du Président adressés, au Salon de l’Agriculture, à un visiteur qui a refusé de lui serrer la main. Le procureur de la République Alex Perrin requiert 1 000 euros d’amende et soutient ceci : «Quand on insulte l’élu, on insulte le suffrage universel et donc le peuple.» Résultat : 30 euros d’amende avec sursis, confirmée par la cour d’appel d’Angers.

 


En septembre 2007, 300 personnes manifestent à Montpellier (Hérault) contre Sarkozy, élu président quatre mois auparavant. Les policiers chargent pour disperser ceux qui restent. Matraquages, interpellations. Les manifestants se rendent devant le commissariat central pour demander des nouvelles de leurs camarades en garde à vue. Un capitaine dit qu’il n’a pas de comptes à leur rendre. Un manifestant crie «facho». Nouvelles interpellations. Leur avocat, Me Stéphane Fernandez, avait expliqué à l’audience : «Si vous entrez en voie de condamnation, vous pénalisez la liberté d’expression, l’action syndicale et le droit de manifester.» Ils ont tous été relaxés.

 


Le 12 janvier dernier, Sarkozy est accueilli à Saint-Lô (Manche) par 4 000 manifestants, aux cris de «Sarkozy démission ! Lycéens en colère !». Le Président bat en retraite dans un centre culturel. Autour de lui, un cordon sanitaire de CRS empêche les manifestants de s’approcher. Résultat ? Pas de diffamation au tribunal correctionnel, ni de peine de prison ferme. Mais le limogeage pur et simple du préfet, Jean Charbonniaud, et du directeur départemental de la sécurité publique, Philippe Bourgade. Est-ce à dire qu’on n’a plus le droit de manifester librement ? François Fillon a répondu à cette question dans le Monde : «On n’est pas obligé de mettre le président de la République au milieu de manifestations violentes. Il y a une question de respect, d’image. Chacun a le droit de s’exprimer et de contester, mais cela doit se faire dans l’ordre .» Le ministère de l’intérieur confirme (Libération du 31 janvier) qu’il s’agissait bien d’une punition «liée à la mauvaise gestion de l’ordre public lors de la visite du président de la République». Défense de Philippe Bourgade : on reproche au préfet de ne pas avoir mis suffisamment de policiers et de gendarmes pour les maintenir à distance alors que les manifestants considèrent ces forces de l’ordre comme de la «provocation». Un haut responsable de la police nationale l’avait confirmé à Libération : «C’est la première fois que l’Elysée nous dit qu’un voyage officiel a été mal encadré. Alors, on a marqué le coup.» Benoît Hamon, porte-parole du PS, s’interrogeait à l’époque sur la raison de l’éviction du préfet. «Est-ce qu’on lui reproche de ne pas avoir tenu les manifestants suffisamment loin des caméras pour qu’on ne les voie pas ?[…] on a là, une nouvelle fois, l’illustration d’une dérive autoritaire du président de la République.» Le porte-parole du gouvernement Frédéric Lefebvre répondait : «Le préfet a fait une faute professionnelle. Laquelle? Je n’en sais rien. […] Il y a un point important : je considère que dans ce pays, il n’y a pas que les clampins qui doivent payer.»De l’insulteur jusqu’à celui qui laisse filtrer l’injure, personne n’est épargné. Nous voilà rassurés.


Source : DIDIER ARNAUD sur Libération.fr

 

la suite : http://antirepression.over-blog.com/article-31688211.html

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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