Hamas : Son histoire de l’intérieur (30)

Publié le par Mailgorn Gouez

Hamas :
Son histoire
de l’intérieur (30)

 

Dr. Azzam Tamimi

 

            L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

 

En Jordanie (10)

            Cette conduite de la part d’Issam Al-Najjar causa une confusion et une interrogation parmi les membres du Hamas et dans les cercles des Ikhwan. Certains pensèrent qu’il était possible que toute son histoire ait pu été une invention. D’autres suggérèrent qu’il avait été recruté par le DRG, et que sa détention ainsi que son histoire de torture à laquelle il avait été sujet n’étaient qu’un stratagème pour couvrir sa mission, qui était de causer une division entre le Hamas et les Ikhwan. Muhammed Nazzal, toutefois, prit un autre point de vue. Il connaissait bien Al-Najjar, ayant travaillé ensemble pendant un bon temps et ayant tout deux été à l’origine des résidents du Koweït. Nazzal croyait que l’histoire de la persécution d’Al-Najjar était véridique, et qu’il avait donc pu ensuite été sujet à davantage de pression du DRG pour qu’il collabore. Une autre possibilité était qu’il avait pu être motivé par un besoin de s’en prendre au Hamas pour avoir permis que de telles choses se produisent contre lui.

            Un tribunal interne du Hamas fut mis en place pour écouter les charges et les contre-accusations. Al-Najjar fut déclaré coupable d’avoir fomenté une sédition ; son adhésion au Hamas fut suspendue pendant un an ; et il fut décidé que toute promotion future lui serait interdite au sein de la hiérarchie de l’organisation. Il présenta son affaire au secrétaire adjoint du bureau exécutif des Ikhwan jordaniens, Yahya Shaqra, à qui il dit qu’il avait des informations très sensibles que la direction des Ikhwan devait connaître. Lorsqu’il fut interrogé sur la teneur de ces informations, il dit que ce qu’il avait écrit plus tôt disant que le DRG l’avait torturé alors qu’il était en détention était totalement sans fondement. Stupéfait par la révélation, Shaqra lui demanda pourquoi il avait fait les allégations en premier lieu. Al-Najjar prétendit alors que Khaled Meshaal lui avait ordonné de le faire. Al-Najjar poursuivit en disant que Meshaal lui avait dit après sa libération de la détention du DRG que le Hamas avait un plan pour discréditer le DRG avant de lancer une campagne publique contre lui. Dans cette optique, Meshaal avait demandé à Al-Najjar de faire ses allégations de tortures contre le DRG. Faisant référence à la direction du Hamas, Al-Najjar dit alors à Shaqra qu’il avait des informations top secrètes qui « exposeraient ces gens pour ce qu’ils sont ». Intrigué par ce qu’il venait d’entendre, Shaqra promit à Al-Najjar une audition devant le bureau exécutif des Ikhwan.

            Sans retourner à la direction du Hamas ou en parler à Meshaal, un comité top secret des Ikhwan fut mis en place pour vérifier les allégations d’Al-Najjar. Dirigé par le leader adjoint des Ikhwan Imad Abu Dayyah, le comité comportait aussi les membres du bureau exécutif des Ikhwan Salim Al-Falahat et Haytham Abu Al-Radhib, en plus de Yahya Shaqra. Lorsque Meshaal fut au courant de cela, il contacta immédiatement les membres du bureau exécutif des Ikhwan. Meshaal nia catégoriquement les allégations portées contre lui, insistant qu’Al-Najjar mentait et protestant contre la décision des Ikhwan de s’engager dans une investigation sans parler de l’affaire à lui et à ses collègues du Hamas. Le bureau exécutif des Ikhwan n’accepta pas son objection et continua ses enquêtes.

            Au sens précis du terme, les officiels du Hamas en Jordanie étaient membres des Ikhwan jordaniens, et ils étaient supposés rendre des comptes à leur direction. Ce qui aurait dû être une question de formalité s’était changé en une crise majeure, car pendant environ cinq ans, ni le Hamas ni les Ikhwan n’avaient fait attention à la transformation rapide qu’avait subi le Hamas et aux implications du changement sur la relation entre les deux organisations. Dans la pratique, il n’était plus possible pour les Ikhwan de la Jordanie d’imposer leur volonté au Hamas, organisation qui s’était vite mis à voler de ses propres ailes. Les deux parties devaient reconsidérer leur relation, qui ne pouvait plus être une relation de patronage. Peut-être que les relations entre eux deux devaient plus être d’une nature fraternelle. D’une part, les leaders des Ikhwan jordaniens se virent comme la source ultime d’autorité, considérant ceux qui travaillaient pour le Hamas dans le pays, comme Meshaal et ses collègues, comme des membres d’un département au sein de l’ensemble du corps des Ikhwan. Toutefois, ces hommes ne se voyaient plus comme tel. Ils avaient constitué la haute direction du Hamas depuis 1989 et exercé leur propre autorité. D’autre part, alors que Meshaal et ses amis se comportaient de manière très autonome lorsque cela leur convenait, ils croyaient toujours avoir le droit d’utiliser les locaux et équipements des Ikhwan et de recruter qui ils voulaient des rangs des Ikhwan jordaniens. Du point de vue jordanien, les leaders du Hamas se comportaient comme si leurs besoins et problèmes avaient une priorité sur tous les autres. C’était une erreur de jugement réciproque de laisser aussi longtemps non résolues les questions d’autorité et de juridiction. Inévitablement, une barrière d’incompréhension s’ériga entre les deux parties et un climat de manque de confiance prévalut au sein de l’organisation en général.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI

 

 

article complet : http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s7PN6q6bAGpKo6Ex7NQIa0k8mVfce7PX3r5JXb3hjqo0ePuMVhJwHJw0hU3oibVXs0ZUPY3eqmrKg5Gfgbk2eUBpBKLs7214zmkQQcnFDZ7vY%3d

 


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Publié dans Vent Libertaire 29

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