Increvables anarchistes - VOLUME 2 - (1ère partie)

Publié le par Mailgorn Gouez

Increvables anarchistes

VOLUME 2
(1ère partie)


Des origines à 1914...




 

 

éditions Alternative Libertaire
éditions du Monde Libertaire
 


Le Monde Libertaire - 843 - Novembre 1991

DU DRAPEAU NOIR
AUX BOULETS NOIRS

Thierry Maricourt

Avec les pauvres, toujours... malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes... malgré leurs crimes écrivit Séverine dans le Cri du Peuple, le 30 janvier 1887. Clément Duval venait d'être condamné à mort pour avoir cambriolé un hôtel particulier et blessé un brigadier à coups de poignard, au moment de son arrestation. Nombre de leaders socialistes, Jules Guesde en tête mais également Jean Grave, avaient publiquement désavoué Duval. Séverine prit alors sa défense, rappelant qu'elle n’approuvait pas la pratique du vol, même lorsque celle-ci se faisait, comme ici, au nom de la lutte révolutionnaire, mais qu'elle comprenait que des individus puissent se lasser d'attendre indéfiniment l'instauration de cette société égalitaire prônée sur tous les tons par les ténors de la politique.

Une querelle s'ensuivit. Séverine n'eut guère de mal à souligner que les socialistes, toutes tendances confondues, passaient leur temps à exhorter la colère des "humbles" et que, paradoxalement, ils rejetaient toute responsabilité lorsque ceux-ci passaient aux actes.

Nous leur disons: La Révolution est proche, qui viendra vous délivrer; qui vous donnera le pain quotidien, et la fierté d'être libres. Ayez patience, ô pauvres gens! Subissez tout, supportez tout; et, attendant l'heure propice, groupez vos douleurs, liez en faisceau vos rancunes ou vos espérances B et faites crédit à la Sociale de quelques années de détresse et de sacrifice (1).

Les socialistes se gorgeaient de belles paroles, dont ils abreuvaient généreusement les foules, à défaut d'être en mesure de réaliser leurs projets. Clément Duval ne l'entendit pas de cette oreille. Anarchiste, membre du groupe La Panthère des Batignolles, il décida de concrétiser de son vivant ses désirs de changements sociaux et pour cela, l'argent étant le "nerf de la guerre", mit en pratique la "restitution". Au cours de son procès, il tenta à plusieurs reprises d'expliquer ses motifs, malgré les objurgations des magistrats qui n'avaient nullement l'intention d'écouter patiemment les charges que le cambrioleur jouait à l'encontre de la société.

Dans ce siècle d'adoration du Veau d'or, tous les moyens sont bons aux anarchistes pour faire triompher ce grand idéal de rénovation et de régénération sociale basé sur la liberté, l’égalité, la morale, la justice. Oui, bourgeoisie pourrie et corrompue, il nous faut ton or pour te faire la guerre, anéantir à jamais la lutte de classe dont il est le principal agent; et non pour en jouir. Vil métal que nous méprisons, et que nous anéantirons après la lutte, ainsi que les titres de rentes et de propriétés, pour la mise en commun de tout.

Maître Labori, le futur avocat de Dreyfus, fut commis d'office pour assurer la défense de Duval. Il s'agit là du premier anarchiste qu'il assista devant un tribunal, lui qui devint le défenseur attitré des libertaires. Finalement, la peine de mort qui avait été requise contre Clément Duval fut commuée en une peine de travaux forcés à perpétuité, en Guyane.

C'est son long et pénible séjour de quatorze années aux Iles du Salut que conte le cambrioleur malchanceux dans un livre présenté par Marianne Enckell, historienne et animatrice du Centre international de recherches sur l'anarchisme (ClRA) de Lausanne: Moi, Clément Duval, bagnard et anarchiste (éditions Ouvrières/coll. La Part des hommes) (2). En dépit des conditions de vie très dures, des brimades morales ou physiques toujours renouvelées des surveillants, de la lâcheté et de l’abjection de certains prisonniers, Duval se montrera intègre et ne remisera jamais les idées qui étaient les siennes avant sa condamnation. Envers ses compagnons d'infortune, il fera preuve d'une solidarité sans faille. Devant ses gardiens, il veillera précieusement à conserver sa dignité.

Nombreux seront les anarchistes à connaître un sort similaire. Les fameuses "lois scélérates" votées en 1893 en conduiront beaucoup au bagne, et une mort plus ou moins rapide et plus ou moins atroce sera souvent au rendez-vous. Marius Alexandre Jacob, l'anarchiste cambrioleur qui inspira à Maurice Leblanc le personnage d’Arsène Lupin, réussira pourtant sa dix-neuvième tentative d’évasion. Eugène Dieudonné, condamné pour sa participation supposée à la "bande à Bonnot" alors que trop de doutes subsistaient, parviendra à attirer sur lui l'attention du journaliste Albert Londres. À partir de 1923, ce dernier mènera une campagne sur la fermeture des bagnes, qui ne disparaîtront qu'après la Seconde Guerre mondiale. Dieudonné sera grâcié et reviendra en France. Le bagne, c'est l'envers de la vie, écrira-t-il dans La Vie des forçats, relatant son périple.

Clément Duval, lui, s'évadera lors de sa dix-huitième tentative. Réfugié à New-York, il sera accueilli par des anarchistes italiens et rédigera ses mémoires, convaincu que son expérience pourra inciter d'autres hommes à ne jamais perdre espoir et à lutter en toutes circonstances pour préserver leur dignité et, envers et contre tout, faire triompher ce grand idéal de rénovation et de régénération sociale basé sur la liberté, l'égalité, la morale, la justice

[...] si vous agissez, recommandera-t-il aux compagnons prêts à rompre avec la légalité, faites-vous plutôt tuer sur place, couper la tête. Mais n'allez jamais au bagne.

Thierry Maricourt

(1) Cet article figure dans Séverine, Choix de papier (annotés par Évelyne Le Garrec), éditions Tierce, 1982.

(2) En vente à la Librairie du Monde Libertaire, au prix de 125 francs.

 

LE MONDE LIBERTAIRE

BAGNARDS ANARCHISTES

La rédaction - Daniel Denime - Bruno

Au XVIIe siècle et pendant la première partie du XVIIIe, une des peines criminelles était celle des galères, qui consistait à ramer sur les galères de l’État. Mais les progrès de la marine à voile firent abandonner les bâtiments à rames, et les galériens furent internés dans certains ports. Il y avait des bagnes à Toulon, Brest, Rochefort et Lorient, celui-ci réservé aux soldats et marins. Le forçat était marqué au fer rouge sur l’épaule, et vêtu d’une livrée spéciale : casaque rouge, pantalon jaune foncé, bonnet rouge ou vert; suivant qu’il était condamné à temps ou à perpétuité. De plus, on lui mettait au pied une manille ou anneau de fer, munie d’une chaîne. Ces bagnes furent supprimés de 1830 (Lorient) à 1873 (Toulon). Et on transporta les forçats dans les colonies Encyclopédie anarchiste, tome I, p. 209.

Créés en novembre 1850 par Napoléon III, ces bagnes coloniaux furent fermés en 1946 après deux campagnes de presse retentissantes menées par les journalistes Jacques Dhur (avant la Première Guerre mondiale) et Albert Londres. On peut lire de ce dernier Au bagne, 1924. Entre ces deux dates, près de 70000 personnes allaient connaître la répression, les maladies, les travaux forcés, la faim et, pour nombre d’entre eux, la mort. Parmi eux quelques 350 anarchistes, antimilitaristes et affiliés aux sociétés secrètes seront déportés en raison de leurs convictions politiques. Il nous a semblé intéressant de donner un bref aperçu de la répression étatique dont furent victimes nos compagnons dans les bagnes de Guyane.

La rédaction


Le témoignage
d’Alexandre Marius Jacob

Dans son livre, Jacob, Bernard Thomas, retraçant la vie d’Alexandre Marius Jacob (anarchiste adepte de la reprise individuelle et de la redistribution sociale, condamné à vingt ans de bagne pour divers cambriolages), donne quelques descriptions de la vie des forçats en Guyane au début du siècle.

Le travail

On assigne un travail à Alexandre : tailler des pierres dans une carrière pour réparer le môle endommagé. Ensuite, on l’enverra maçonner quelque chose. Peu importe quoi. Aucune activité n’est réellement productive. On pare au plus pressé. On dispute à la jungle l’espace qu’elle envahit. On répare la toiture qu’un orage a abattue. On pêche à la ligne pour apporter un supplément aux menus. Le bagne vit en autarcie. Ses inventeurs pensaient, en envoyant sous les tropiques une main-d’œuvre gratuite, pouvoir aider à la colonisation. Le contraire est arrivé. Les émigrants volontaires désireux de faire fortune sous les tropiques, effrayés à juste titre par la proximité des forçats, ne sont pas venus comme en Indochine ou en Algérie. De son côté, l’administration pénitentiaire, la redoutable "Tentiaire", n’a rien produit. Sur quatre mille cinq cents transportés présents en 1910, compte tenu des mourants, des impotents, des punis, des malades, des planqués, employés comme domestiques auprès de quelques particuliers, des porte-clés, des employés du service administratif: mille sept cents à peine sont censés construire quelque chose: une ligne télégraphique, le chemin de fer du Maroni, la route coloniale nE1 surtout: un bel exemple de réalisation; vingt-quatre kilomètres en ont été défrichés en soixante ans, au prix de soixante-dix bagnards par mois; dix-sept mille morts, rien qu’en deux points: le kilomètre vingt-quatre et le kilomètre trente-six. Tombés parce qu’ils ne mangent pas à leur faim et qu’ils n’ont plus la force de lever leur pioche. Parce que les fièvres, faute de quinine, les abattent comme des mouches [...]

Le rendement est mince à ce tarif. Les déportés de Mauthausen, du reste, connurent ce type de méthodes et Hitler n’a eu pour organiser ses camps qu’à puiser dans l’exemple que nous avons donné durant cent ans.

Le cachot

Le lendemain matin, on le transfère à l’île Royale: il est condamné à trente jours de cachot. Le cachot, il ne connaît pas encore. Un trou à rats, un cercueil plutôt, tout juste assez grand pour le corps. L’obscurité absolue. Une minuscule ouverture à ras de terre pour laisser passer l’air. Les chevilles serrées dans les anneaux situés aux extrémités d’une barre de fer. Sous le corps, une planche dure, qui déchire le dos. Deux interruptions par jour au supplice, de cinq minutes chacune, pour uriner. Nourriture: deux jours sur trois du pain sec et de l’eau. Quand on sort vivant de là, on ressemble à une limace, non à un homme.

Il tousse. La fièvre le reprend. On l’extrait de sa tombe sur une civière pour le déposer sur le bateau de Saint-Joseph et, de là, à l’infirmerie.

L’infirmerie

Une petite case très coquette, de l’extérieur, avec ses murs en briques et sa toiture de tuiles, qu’ombragent un manguier et un arbre à pin [...]

Mais l’intérieur ressemble à une sorte de grande poubelle où agonisent des restes humains. Deux lépreux geignent et hurlent dans un coin, des toiles à sac sur leurs plaies purulentes: il n’y a pas de pansements. Encore moins de médicaments. Et quand bien même y en aurait-il, plutôt que de les administrer aux patients, les infirmiers, sitôt le docteur parti, les vendraient pour grossir leur "débrouille". En revanche, les rations de nourriture y sont doubles.


Le bagnard de Saint-Gilles

Parmi les forçats ayant séjourné à Cayenne, Paul Roussenq fut, sans doute, un des plus connus. Rares sont les ouvrages consacrés à l’horreur des bagnes qui ne font pas allusion au Saint-gillois. Mais ce que l’on sait moins, c’est que celui-ci fut un militant libertaire qui œuvra sans cesse pour la propagation de nos idéaux. À son retour de Guyane (il y passa vingt-cinq ans pour avoir brûlé son treillis et insulté ses supérieurs!) en 1933, Roussenq entreprit une tournée de conférences dans son département natal. Ces réunions publiques, qui dénonçaient les bagnes et la détention des prisonniers d’opinion qui s’y trouvaient, étaient organisées par le Secours rouge international, le SRI (1).

Roussenq, démuni, n’ayant aucun moyen de subsistance, suivait docilement les directives des communistes qui exploitaient son cas à des fins électoralistes. Jusqu’au jour où...

La rupture

Le SRI, organisa un voyage en URSS, et, entre autres, y envoya Roussenq d’août à novembre 1933, afin, croyait-on, que celui-ci en revenant chante les louanges de la "patrie du socialisme"... À son retour, désillusions.

L’ex-forçat écrivit, comme promis à son départ, ses impressions de voyage. Mais son manuscrit fut censuré puisque l’auteur se plaignit que de nombreux passages biffés en bleu devaient être revus et corrigés. La brochure parut tout de même et une conférence fut organisée à Paris. Mais Roussenq refusa de participer à cette propagande mensongère. Et, fidèle aux idéaux libertaires qu’il avait tout jeune embrassés, il travailla activement dans les milieux anarchistes de Nîmes.

D’août 1934 à juin 1935, il fut le gérant du journal Terre Libre, "organe fédéraliste libertaire" édité à Nîmes. Dans le nE5 (septembre 1935) paraît un article intitulé Marxisme ou anarchisme, où le militant libertaire abordera quelques problèmes constatés en URSS, au cours de son séjour. Et, notamment, la bureaucratie, le logement, la prostitution, la répression, etc. Son article se termine sur ces quelques lignes: Travaillons sans cesse les masses avachies, semons le grain qui germera pour les moissons futures, quand se lèvera l’aurore de l’anarchie libératrice.

La fin

Roussenq finira sa vie comme il l’a commencée : seul. Étroitement surveillé par le 5e bureau (ancêtre des RG), comme en témoignent les rapports d’indicateurs à son sujet, il vivra pauvrement, un moment recueilli par les libertaires de la ville d’Aimargues.

Pendant l’Occupation, il connaîtra les camps d’internement de Sisteron et de Fort-Barreaux, ce qui aggravera encore cruellement son état de santé. Il se suicidera à Bayonne en août 1949, à l’âge de soixante-quatre ans.

Daniel Denime

(1) Le Secours rouge international, qui parrainait les prisonniers d’opinion, faisait partie intégrante de l’appareil de propagande du parti communiste.


Une révolte des anarchistes

Les lois scélérates (toujours en vigueur), votées en 1894, allaient permettre à l’État d’expédier au bagne bon nombre d’anarchistes. Il semble que ceux-ci, reclus aux îles du Salut, aient suscité une véritable peur chez les autorités et surtout chez les gardiens qui préféraient avoir affaire à des criminels ou à des voleurs qu’à ces théoriciens intelligents, décidés, courageux, si différents de l’habituel "gibier" des prétoires.

Des bagnards dangereux

L’écho des mauvais traitements dont ils furent l’objet parvenait en France, à travers des lettres clandestines adressées aux familles, qui les communiquaient à certains journaux. C’est le cas de ces fragments que L’Éclair du 18 juin 1893 publia: Pourquoi nous traite-t-on plus mal que les autres? Le commandant, à qui nous l’avons demandé, nous a répondu que nous sommes dangereux, parce que nous sommes anarchistes. Nous ne comprenons pas pourquoi nous sommes plus dangereux que ceux qui ont volé, tué des enfants. Est-ce parce que nous ne voulons pas jouer le rôle de moutons? [...] Je ne puis vous dépeindre toutes les vexations dont nous sommes l’objet, toutes les cruautés qu’on imagine contre nous. Il faudrait pour cela entrer dans tous les détails de la vie au bagne, ça me mènerait trop loin et ce serait trop écœurant...

Une partie de la presse française protesta contre ces mesures mais, sur place, on redoubla de sévérité contre les anarchistes.

À tant d’injustices, de brimades et de violences de la part de l’administration pénitentiaire, répondirent plusieurs révoltes dont la plus célèbre, mais hélas ! la plus tragique, eut lieu dans la nuit du 21 au 22 octobre 1894 à l’île Saint-Joseph. Armés seulement de pointes de fer aiguisées et de bâtons, les anarchistes se ruèrent sur les gardiens et, après une courte lutte, les laissèrent morts sur le terrain. Mais des renforts, alertés par le tintement des cloches, arrivèrent de l’île Royale. Les consignes du chef de camp étaient des plus claires : Feu partout et pas de quartier !

Le 22 au matin, la troupe se divisa en deux pelotons. Le premier fut chargé de la garde des cases qu’avaient réintégrées certains condamnés. Le second se déploya dans l’île en tirailleurs, à la recherche des anarchistes qui n’auraient pas regagné leurs cases. Ce fut une véritable chasse à l’homme et un ignoble massacre se déroula. Tous les replis de terrain furent inspectés, toutes les cavités de la roche visitées et fouillées. Les malheureux troupiers, chez qui l’ivresse avait détruit la raison, remplirent à leur honte cet odieux programme. Ils ne s’attachèrent pas à parlementer ni à faire de prisonniers, les forçats qu’ils rencontraient étaient impitoyablement fusillés.

Une répression féroce

Simon, Marpeaux, Léautier, Lebault, Maservin, Chévenet, Boésie, Garnier, Mermès, Kerveaux, autant de compagnons qui furent tués sans aucune défense. Léautier, Lebault et Maservin, voyant que tout espoir était vain et sentant toute résistance inutile, voulurent mourir en braves. Après s’être embrassés, ils déchirèrent leurs vareuses et, présentant aux balles leurs poitrines nues, ils tombèrent en poussant ce cri qui rendait toute leur pensée et résumait les aspirations de toute leur vie : "Vive la liberté ! Vive l’anarchie!".

Comme si cela n’était point suffisant, les dépouilles de nos compagnons qu’on débarquait étaient poussées du pied et injuriées par les femmes des surveillants qui couvraient leurs visages de crachats. Les jours qui suivirent ce massacre, elles amenèrent leurs enfants assister à l’immersion des cadavres et se réjouirent en famille du reposant et délicat spectacle qu’offraient les requins se disputant la pâture.

Bruno (Groupe région toulonnaise)

Indications bibliographiques: ouvrages sur les bagnes et les anarchistes déportés.

La Terre de la grande punition, Michel Pierre, éditions Ramsay, 1982.
Souvenirs du bagne, Liard-Courtois, éditions Fasquelle, 1905, épuisé.
La vie des forçats, Eugène Dieudonné, éditions Gallimard, 1930.
La mort au ralenti, J.-M. Calloch, éditions Mengès, 1980.
Mémoires, Louise Michel.
Vingt-cinq ans au bagne, Paul Roussenq, éditions La Défense, 1934, épuisé.
Trois contes des îles, Malcolm Menzies, Corps 9.

 

 


LE MONDE LIBERTAIRE

BENOÎT BROUTCHOUX (1879-1944),
UN SACRÉ PERSONNAGE !

Cercle culturel Benoît Broutchoux

Parlez de Benoît Broutchoux à un vieux mineur du Pas-de-Calais, cela éveillera sûrement quelque chose en lui : Ah! oui, Broutchoux! Un drôle d’syndicaliste qui grimpait aux réverbères pour haranguer le populo, et pis les flics le tiraient par les pieds... Ha ! ha! un sacré numéro chtilà, un peu anarchiste, hein? Non, je l'ai pas connu, c'était plutôt l'époque de mon père, mais on m'a raconté...

Un sacré personnage

Oui, un sacré personnage, Benoît Broutchoux. Un anarcho-syndicaliste, militant de la CGT d'avant 1914. Mais ni la CGT, ni les anarchistes ne se souviennent très bien de lui. Broutchoux fait pourtant partie de ces individus qui marquent leur époque par une action directe concrète, par leur vitalité aussi, leur personnalité.

Broutchoux (1879-1944) incarnait un personnage populaire et sympathique, une vedette du pays minier, un moment de l'histoire syndicale des mineurs. Ah! dis donc i’viennent encore emmerder l'Benoît grondait le populo des corons de Lens, quand les cognes venaient alpaguer Benoît Broutchoux. Et la foule s'attroupait devant le domicile de Benoît pour l'acclamer et insulter les pandores. Oui, au début de ce siècle, Benoît Broutchoux était un véritable héros populaire dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Anarcho-syndicaliste, il se bagarra sans trêves contre l'ordre des compagnies minières et la mollesse des militants socialistes. Militant original et gouailleur, Benoît dirigea, en 1906, la grande grève qui suivit la catastrophe de Courrière (1100 victimes). Mais c'est Monatte, syndicaliste révolutionnaire de la CGT d'avant 1914, puis trotskyste de l'entre-deux-guerres, qui a le mieux défini l'esprit de Benoît Broutchoux: Son anarchisme n'était pas doctrinaire. Il était fait de syndicalisme, d'antiparlementarisme, de Libre pensée, d'amour libre, de néo-malthusianisme et de beaucoup de gouaille. Pour tous, amis et adversaires, il était Benoît, Benoît tout court.

Broutchoux se montra toujours tolérant, ouvert, non sectaire. Dans son journal, L'Action syndicale, il laissait s'exprimer tous les courants du syndicalisme et de l'anarchisme. Mais à force d'éviter les chapelles, de refuser tout sectarisme, Benoît se retrouva le cul entre deux chaises : d'un côté les pontes de la CGT, de l'autre les partisans de l'individualisme libertaire. Benoît durcit alors sa position. Il se proclama communiste révolutionnaire (pas au sens marxiste, plutôt dans l'esprit de Bakounine). Après la Révolution russe, faisant toujours preuve d'optimisme et d'ouverture, Broutchoux voulut concilier libertaires et bolchéviques. La déception fut rude. Il rejoignit l'Union anarchiste et participa, au côté de Sébastien Faure et de Louis Lecoin, à la tentative du Libertaire quotidien.

Au moral, Broutchoux était un curieux mélange de rigorisme révolutionnaire et de gouaille populaire. S'il ne cultivait pas l'austérité constipée de certains militants de la CGT, Benoît était quand même empreint d'un certain moralisme. Autodidacte, il croyait aux vertus révolutionnaires de l'éducation pour le peuple. Anti-alcoolique, il ne buvait que du lait, du thé et un peu de bière. Néo-malthusien, il se bagarrait pour la limitation des naissances. Cela ne l'empêchait pas de conserver son côté "folklo" et brouillon, de composer son canard à la dernière minute, de louper tous ses trains, d’écrire des poèmes un peu fleur bleue et de signer ses papiers de pseudonymes croquignolets, tels: A. Serbe ; Adultérine; ou C. Lexion.

Accueillant et généreux

Son logement, rue Émile-Zola à Lens, était chichement meublé de caisses recouvertes de cretonne et de planches où s'entassaient une vaisselle hétéroclite et des monceaux de bouquins. On y entrait comme dans un moulin. Benoît, toujours accueillant et généreux, tenait table ouverte pour les camarades de passage. C'est donc cette espèce de "pied-nickelé" au service de la Sociale que Le Monde libertaire vous présente cette semaine, et ceci d'après la bande dessinée réalisée en 1980 par Phil et Callens (ouvrage aujourd'hui malheureusement épuisé).

La "neutralité syndicale"

Benoît Broutchoux, comme beaucoup de militants anarchistes, a été amené à prendre position sur la nature et les objectifs du syndicalisme. Voici ce qu'il écrivit en 1909 dans Terre libre:

Dans tous les degrés et sur tous les tons de l'arc-en-ciel confédéral, on nous a rabâché pendant trop longtemps que le parti syndicaliste est un groupement d'"intérêts" et que les partis politiques sont des groupements d'"opinions". Comme beaucoup de copains, j'ai cru à cette foutaise, mais maintenant je n'y crois plus [...]

Le syndicalisme, qui est le produit de l'industrialisation, s'il veut vivre pour accomplir sa tâche, doit évoluer tout comme notre pauvre humanité et même faire avancer cette dernière. S'il veut supprimer le salariat et le patronat, comme c'est indiqué au premier psaume de la Bible confédéraliste B pour laquelle j'ai la plus grande foi B il doit faire une guerre acharnée, impitoyable contre le patronat et les soutiens de ce dernier, non pas seulement pour obtenir des augmentations de salaire, des diminutions d'heures de travail, de moins mauvaises conditions de servage, mais pour diminuer l'exploitation capitaliste, la supprimer.

Un groupement d'opinion

Le syndicalisme n'est pas et ne peut pas être seulement un groupement d'intérêts corporatifs, il est aussi un groupement d'opinions, quoi qu'en disent les plus autorisés de nos oracles cégétistes [...]

Les prolos qui adhèrent aux syndicats rouges le font dans le but d'adoucir et de supprimer leur enfer, spécial à chaque métier et préparer le paradis terrestre pour tous. En général, ces syndiqués-là ne croient plus en la prêtaille, détestent la gradaille, la gouvernance et toute la haute saloperie [...]

La plupart des militants syndicalistes regardent la question sociale à un point de vue particulièrement faux. C'est ce qu'on appelle le "dédoublement" ou le mystère de la dualité d'un individu en deux personnes: le syndiqué et le citoyen. Il y a des camarades qui prétendent sans rire qu'au syndicat on doit être syndicaliste, et qu'en dehors du syndicat on peut être déiste ou athée, patriote ou internationaliste, votard ou antivotard [...]

La "neutralité syndicale"

L'esprit religieux (soumission des ouvriers) doit être combattu énergiquement par l'esprit syndicaliste (révolte des ouvriers). Le syndicat doit aussi lutter contre les abrutisseurs de l'école laïque qui, entre autres bourdes, enseignent le respect aux lois votées par nos respectables Quinze Mille, et aussi le respect de la propriété, c'est-à-dire les rapines commises à notre détriment par nos ennemis de classe.

Ces explications peuvent paraître saugrenues aux partisans de la "neutralité syndicale". Je leur demanderai si le patron et le parasite sont neutres, eux ? Ne s'appuient-ils pas sur les abrutisseurs religieux ou laïques pour conserver ou augmenter leur omnipotence ? À mon avis, les ouvriers seraient niais s'ils s'attaquaient seulement à l'effet sans combattre les causes.

Benoît Broutchoux (Terre libre, 1909).

Cercle culturel Benoît Broutchoux - Lille

 


Le Monde Libertaire - Été 1994

LES ANARCHISTES
ET L’ÉDUCATION SOUS JULES FERRY

Nathalie Brémand

Les années qui vont du vote des lois de Jules Ferry à la Grande Guerre de 1914 furent incontestablement celles où le mouvement anarchiste, en France, connut sa période la plus florissante, et où son influence et son importance sur la scène politique furent les plus importantes.

Certes, en France et ailleurs, les anarchistes se sont toujours préoccupé du problème de l'éducation, qu'ils placent au cœur de la question sociale. Mais plus encore qu'à d'autres moments, le thème de l'enfant, de l'école, de l'instruction est alors abordé d'une manière récurrente tant dans les journaux que dans les livres édités par le mouvement libertaire.

La critique de la laïcité républicaine

Les préoccupations des "compagnons", comme on les nommait alors, s'inscrivaient indiscutablement dans le débat qui, tout au long du XIXe siècle, avait l'enfant et l'école pour enjeu ; courant qui animait, en vérité, toutes les forces politiques progressistes ou "rétrogrades" du moment.

L'école que Jules Ferry et ses collaborateurs avaient mise en place, était, pour les libertaires, condamnable à plusieurs égards. Pour eux, le système scolaire républicain ne prenait pas en compte les besoins de l'enfant, ne cherchait pas à développer sa personnalité, mais, au contraire, tendait à l'uniformité des individus et préparait à l'inégalité sociale. Ce système absurde, qui "farcit les cerveaux de préjugés" et "truffe les consciences de devoirs" est inacceptable "pour des générations vivant au siècle de la vapeur et de l'électricité", écrira ainsi le militant pédagogue Sébastien Faure (1).

Mais le discours anarchiste ne participait pas uniquement de la critique de l'école officielle, bien au contraire. Depuis les origines, l'anarchisme avait affirmé des conceptions éducatives particulières, et il s'agissait également de les mettre en avant et de les faire connaître.

Aucun des théoriciens de l'anarchisme en effet (Stirner, Proudhon, Bakounine) n'avait oublié d'accorder une place de tout premier plan à l'éducation, jugée indispensable à la réalisation d'une société nouvelle ; place que les compagnons reprenaient à leur compte dans leur propagande.

Le maître mot en est la liberté. La liberté par l'enseignement sera d’ailleurs le titre d'une des premières brochures éditées par un groupe de compagnons (et cosignée par Louise Michel, Élisée Reclus, Léon Tolstoï) en 1898. Liberté la plus grande possible laissée à l'enfant, par opposition au "carcan" proposé par le système institutionnel.

Par conséquent, l'adulte n'est plus un maître mais un guide, qui aiguille le jeune afin de le faire profiter au mieux de cette toute nouvelle liberté. Car l'enfant qui est considéré comme un individu à part entière, dispose, selon les compagnons, dès le départ, d'aptitudes très riches. "Laissez les enfants libres, écrit le hollandais Domela Nieuwenhuis, car l'enfant apprend à penser à comparer, à juger par lui-même" (2).

Le contenu de l'enseignement préconisé par les anarchistes, car il y en a un, est celui de l'enseignement intégral que les anti-autoritaires dès l'époque de la Première Internationale avaient conçu. Enseignement universel, rationnel, à la fois manuel, physique, intellectuel et moral, faisant une large place aux matières scientifiques, au développement du goût esthétique et à l'hygiène de vie, et préparant à la formation de l'homme "complet".

Une très grande place également est faite à l’éducation morale, puisque l'édu-cation n'est pas conçue comme synonyme d'enseignement ou d'instruction, mais bien comme formation de l'individu. L'éducation morale se réalise donc dans un milieu ambiant harmonieux, en dehors bien sûr de tout enseignement religieux, et par la pratique de la coéducation des sexes. La mixité tient à cœur aux compagnons car, comme l'écrivent abruptement Degalvès et Janvion (qui créèrent en 1897 une école libertaire) "une agglomération unisexuelle, cela sent le couvent et la caserne" (3).

De 1895 à 1914 en particulier, les compagnons multiplient les actions en faveur,de l'éducation : création de bibliothèques, organisation de cours du soir, pique-niques dominicaux avec les enfants, expériences éducatives... Certains participent aux Bourses du Travail, mouvement animé par Fernand Pelloutier, dont la devise était Instruire pour révolter. D'autres suivent les conférences des Universités populaires. D'autres encore (les individualistes) créent des "causeries populaires", dissidentes.

Les écrits des compagnons traitant de l'éducation libertaire ou abordant la question de l'école foisonnent. Ils attestent d'un intérêt marqué et de plus en plus prononcé pour tout ce qui conceme l'enfant et sa formation, ainsi que de la recherche de moyens adaptés à cette formation. Rares sont alors les numéros du Libertaire ou des Temps nouveaux, qui ne traitent de l'éducation libertaire en général ou de questions particulières en rapport à ce sujet. Rares sont les conférences qui n'abordent pas cette question. Rares, enfin, sont les brochures, les ouvrages, qui ne se penchent sur le sujet.

La recherche de moyens adaptés

Les anarchistes comprennent très vite qu'ils ne peuvent donner un enseignement différent de l'instruction officielle sans outils appropriés: notamment des livres, manuels scolaires ou littérature enfantine. Dans les journaux, ce souci apparaît surtout dans le courrier des lecteurs. Un militant écrit ainsi aux Temps nouveaux: "des ouvrages pour les enfants dans le sens de nos idées, je n'en connais pas" (4). Un autre réclame "des images d'Épinal, où des légendes et des critiques détruiraient quelque peu le patriotisme, l'esprit religieux et le principe d'autorité" (5). Ce problème est très souvent évoqué. En 1901, la revue L'Éducation libertaire lance même une enquête sur les écrits destinés aux enfants, envoyée aux "écrivains qui s'intéressent aux questions d'éducation". Elle les interroge aussi bien sur le fond, la forme et le style que doivent, selon eux, présenter ces écrits.

Le groupe de l'École libertaire, qui s'est constitué à Paris pour tenter de créer une école, manifeste également son souci de faire des livres "conçus ou établis de façon à ne fournir à l'enfant que des faits positifs" (6).

Le fait est que si les catholiques, à cette époque, lancent régulièrement l'offensive contre le contenu des manuels scolaires républicains, les compagnons ne trouvent leur compte ni dans ceux des uns, ni dans ceux des autres. lls se livrent à leur propos à des critiques virulentes. En 1903, par exemple, la revue L'Éducation intégrale n'hésite pas à classer les livres scolaires en bons, plutôt rares et que les libertaires eux-mêmes ont écrits, et en mauvais, la "place d'honneur" étant réservée à ceux de Maurice Bouchor.

 

 


Le problème du contenu se pose en priorité pour les livres d'histoire, empreints d'après les libertaires de chauvinisme et de xénophobie. On y préférera L'Histoire de France et de l'Europe illustrée de Gustave Hervé, dont le sous-titre semble plus explicite : L'enseignement pacifique par l'histoire.

L'enseignement des mathématiques et des sciences préoccupe également beaucoup les compagnons. II a une place prédominante dans l'éducation libertaire, entre autres parce que l'on considère que "l'étude de l'arithmétique est l'un des plus puissants moyens d'inculquer aux enfants les idées fausses du système capitaliste". C'est particulièrement Charles-Ange Laisant, ancien polytechnicien proche des milieux libertaires, qui s'attachera à rendre l'enseignement scientifique attrayant. Son ouvrage L'éducation fondée sur la science (1904) B comprenant une initiation aux mathématiques et à l'étude des sciences physiques B est un véritable manuel d’enseignement faisant preuve d’une remarquable connaissance de la psychologie de l’enfant de la part de l’auteur.

De nombreux échanges au sujet de ces ouvrages eurent lieu avec les écoles rationalistes que Francisco Ferrer et ses compagnons créaient alors à Barcelone et en Espagne. En 1904, la Ligue pour la défense voit le jour. Son but : "publier pour les enfants des ouvrages conçus suivant des méthodes scientifiques basées sur l’observation, l’expérimentation et l’examen critique même de l’élève".

Les manuels scolaires conçus par des libertaires semblent pourtant avoir été assez rares. Beaucoup plus rares en tout cas que les ouvrages de fiction. Certains militants se lancent en effet dans l'écriture à destination des petits. Dès les années quatre-vingt, Louise Michel avait rédigé des contes pour enfants, comme l'histoire de La vieille Chéchette. En 1901, Jean Grave, le rédacteur des Temps nouveaux, écrira notamment Les Aventures de Nono : Nono s'étant perdu se retrouve dans les pays de l'Autonomie où il est recueilli par la fée Solidaria, et où il croise Liberta. Une façon comme une autre de décrire la société idéale...

La place de la littérature enfantine

Le même esprit anime les Contes néo-calédoniens de Charles Malato, Jacques et Marthe de René Chaughi ou les contes pacifistes de Madeleine Vernet et d'Albert Thierry. La production reste cependant limitée : c'est pourquoi les anarchistes sélectionnent quelques auteurs jugés intéressants pour les enfants. C'est ce que fera en particulier Jean Grave en publiant à trois reprises des recueils de contes.

Au côté de ses propres textes, y figuraient ceux d'écrivains plus célèbres, dont certains, le plus souvent anglais, sont traduits. Au palmarès figurent bien sûr Tolstoï, mais aussi Andersen, Grimm, ou encore William Mords et Oscar Wilde.

Les compagnons attribuent de l'importance à l'image. Et les écrits sont toujours illustrés. On fait appel pour cela à des artistes anarchisants ou militants convaincus : Maximilien Luce, Steinlein, Hermann Paul, Pissaro et d'autres. Quelquefois même l'image se suffit à elle-même. En 1898, une planche intitulée Chauvinard, à destination des enfants, inaugure L'Imagerie des Temps nouveaux. Son dessin, signé Lapiz, aussi bien que ses légendes, sont aussi subjectifs que son titre. Enfin, certains écrivirent des chansons enfantines, dont les vertus pédagogiques étaient particulièrement appréciées. Louise Quitrine compose des Rondes pour récréations enfantines, Sébastien Faure publie un recueil à l'intention des tout petits et surtout sa composition L'Internationale des enfants.

Les publications pour enfants

À l'époque du Magasin d'éducation et de récréation et de La semaine de Suzette, les anarchistes souhaitent bien sûr avoir un journal pour les enfants. Jean-Pierre, bimensuel de 1901 à 1904, est très souvent cité dans les journaux libertaires et conseillé pour les jeunes. Ce n'est cependant pas l'œuvre des militants qui jusque-là se sont préoccupés d'éducation dans le mouvement. Mais certains y écrivent (André Girard, Paul Robin, Georges Darien) et beaucoup le donnent à lire à leurs enfants. Jean-Pierre est en fait le petit frère des Cahiers de la Quinzaine. Ce sont les socialistes Robert Debré, Jacques et Raïssa Maritain, chapeautés par Charles Péguy à l'époque où il côtoyait Maurice Reclus, qui lancèrent le journal. Des contes y côtoient des devinettes, des jeux et des dessins, d'une forte charge idéologique: "Le lecteur averti de Jean-Pierre ricanait sur la Sainte-Vierge, criait Croa! Croa! en passant devant les églises, et jetait à l'égoût les humbles soldats de plomb, cadeau d'une grand-mère non évoluée", racontera un des biographes (par ailleurs maurassien) de Péguy (7).

Jean-Pierre remporta, à ses débuts, un grand succès; mais après différents déboires, et l'intérêt diminuant des Maritain, précédant déjà Péguy sur le chemin de la conversion au catholicisme, le journal cessera de paraître.

Sept ans plus tard, un journal du même type naîtra à son tour, et qui affirme sa filiation avec Jean-Pierre. C'est, cette fois-ci, dans le sillage du syndicalisme révolutionnaire, dans les locaux de la Vie ouvrière fraternellement offerts par Monatte, que paraissent Les Petits Bonshommes, de 1911 à 1914. Jean Grave, Madeleine Vernet, André Girard, Charles-Ange Laisant participent à cette revue aux côtés de la Ligue pour la protection de l'enfance, de responsables syndicaux comme Maurice Dommanget ou d'instituteurs proches de la revue l'École émancipée.

Les compagnons, enfin, penseront à se pourvoir de revues pédagogiques. C'est tout d'abord l'Éducation intégrale, de Paul Robin, qui paraît irrégulièrement de 1895 à 1906: on y aborde les langues systématiques, l'enseignement de l'histoire, la coéducation...

Puis l'Éducation libertaire, qui reflète mieux la composante du mouvement: on y retrouve, de 1900 à 1902, les rédacteurs des Temps nouveaux et du Libertaire, mais aussi des anarcho-syndicalistes comme Yvetot ou Delesalle.

L'éducation libertaire et les institutions

L'école républicaine se voit régulièrement fustigée dans les colonnes de tous les organes de presse libertaires, et ce, dès le début de la laïcisation en 1881. Cette école, instrument de la bourgeoisie, qui a remplacé l'amour de Dieu par celui de la République et de la patrie, ne mérite pas d'être défendue. Le journal l'Anarchie ne manque pas une occasion de blâmer les "abrutisseurs", et de crier : À bas la laïque ! Cependant, à l’intérieur de chaque journal, des différences d'opinion se font malgré tout sentir et s'expriment.

Le Libertaire accueillit, tout au long de l'année 1908, des avis discordants et fit s'affronter, dans ses colonnes, partisans et adversaires de l'école laïque (8). Et quand l'institution républicaine se trouve menacée lors de campagnes orchestrées par les cléricaux (ennemis prioritaires des anarchistes), les compagnons soutiennent cet acquis minimum qu'est la laïcité scolaire. Ainsi, quand l'affaire des manuels bat son plein en 1909, une bonne poignée de militants, dont Sébastien Faure et Madeleine Vernet, prendront ouvertement parti, malgré tout, pour l'école laïque.

En dehors des attaques de principe contre l'école officielle, ce sont les méthodes et les contenus qui sont visés. Une pédagogie beaucoup trop magistrale, qui rend l'enfant soumis et docile. Des contenus dont les valeurs (autorité paternelle, amour de la patrie et de l'argent) sont encore et toujours à dénoncer. Tout en critiquant cet enseignement, les compagnons mettent l'accent sur des thèmes qui leur tiennent particulièrement à cœur et qu'ils traitent régulièrement dans leurs revues : par exemple la science, dont la connaissance rend l'élève inéluctablement rationaliste et indépendant d'esprit. Ou encore la mixité et la coéducation des sexes, qui, seuls, permettront aux hommes et aux femmes de vivre un jour sur un pied d'égalité.

Certains outils de l'école officielle sont très largement responsables, d'après les libertaires, de son ineptie. Les manuels scolaires, comme on l'a vu, mais aussi l'orthographe. Certains compagnons se sont toujours montrés hostiles à l'écriture académique. Au début du siècle, les articles favorables à une réforme de l'orhographe se multiplient, prônant une simplification extrême. La militante individualiste Anna Mahé fera de cette lutte son "cheval de bataille" et, en 1904, elle écrira de nombreux articles en "ortografe simplifiée" dans le Libertaire et dans l’Anarchie.

Le combat pour la défense de l'enfant

Mais l'enfant intéresse les anarchistes bien au-delà du problème de sa scolarisation. Les occasions sont nombreuses de parler de son éducation au sens large et de dénoncer les abus de la société à son égard.

André Girard particulièrement, dans les Temps nouveaux, mène une véritable croisade contre les parents autoritaires.

À grands renforts de faits divers empruntés à la presse nationale (notamment sur les suicides d'enfants), il dénonce la misère morale engendrée selon lui par une éducation paternelle tyrannique.

Le thème de l'Assistance Publique est également abordé régulièrement. Le 23 octobre 1897, a lieu, rue du Temple, à Paris, une conférence sur ce sujet : "II s'agit de savoir si l'Assistance publique a seulement pour but de dilapider des centaines de mille francs, pour engraisser les ronds de cuir", écrit les Temps nouveaux. Les compagnons dénoncent la misère des jeunes vagabonds et des jeunes orphelins et s’insurgent contre l'Assistance publique qui ne remplit pas, selon eux, son rôle.

En matière de cruauté subie par les enfants, le paroxysme est alors atteint avec ce que l’on appelle à l’époque les "bagnes d’enfants". Ils sont encore un certain nombre, en France, dont le fonctionnement et les méthodes n'ont rien à envier à leur grand frère de Cayenne. Les journaux anarchistes rappellent souvent à leurs lecteurs l'existence de ces horribles pénitenciers. lls relayent encore davantage l'information lorsque des scandales éclatent.

En 1898 et 1899, des révélations sur le régime répressif en vigueur à la colonie d'Ariane (Hérault) provoque un scandale, entraînant à son tour les jeunes dans les centres du Val d’Yerres puis d’Eysses. Une campagne est lancée, à laquelle les compagnons se joignent avec ardeur. Dix ans plus tard, ils reprendront le flambeau, pour dénoncer les "tortionnaires d’enfants" qui sévissent à la colonie de Vermineaux et à celle de Mettray, et pour soutenir la révolte des jeunes de la colonie de Belle-Ile.

L’éducation libertaire et son époque

Les écrits sur l'éducation et les actions menées en ce sens, à la Belle Époque, par les anarchistes se présentent donc comme un formidable foisonnement d'idées et d'actes, en quête de la formation idéale qui mènera l’homme à la transformation du Vieux Monde, mais aussi qui le préparera à vivre dans la société future, libertaire, tant désirée.

Quoique le plus souvent en rupture avec le discours dominant de l’époque, les idées des compagnons en matière d'éducation sont pourtant marquées par le sceau de l’idéologie du XIXe siècle, qui voit dans la science la réponse à tous les problèmes et qui lui donne un aspect suranné aujourd'hui. L'enseignement scientifique, en effet, fut démocratisé tout au long du XXe siècle, comme le souhaitaient les républicains, mais aussi les anarchistes. Et il est devenu, par une sorte d’effet pervers, un critère de distinction de classes et de réussite sociale, contrairement à leur attente.

De même, les compagnons, s'ils s'évertuent à casser le modèle dominant, la famille, reprennent à leur compte celui de l'école et se révèlent, pour la plupart, incapables de concevoir un acte éducatif organisé en dehors du cadre scolaire; cadre qui n'est autre finalement que celui choisi par la bourgeoisie, au XIXe siècle, pour adapter l’enfant à ses valeurs.

Les idées anarchistes n'en sont pas néanmoins, par d’autres aspects, étonnamment modernes et en avance sur leur temps.

Coéducation des sexes, apprentissage et orientation professionnels, école ouverte, méthodes actives, importances de la petite enfance, du jeu, pas un de ces nombreux sujets qui n'ait été abordé, théorisé, développé, en effet, par les compagnons bien avant qu'ils ne deviennent habituels et communs.

Mais, c'est surtout dans son rapport à l'enfant que l'anarchisme fait preuve d'originalité et de modernité, à l'époque. Celui-ci n'est pas conçu, en effet, comme un petit homme ou une petite femme mais comme un individu à part entière, qui joue son propre rôle dans son éducation, qui est acteur de sa vie dès son plus jeune âge.

On comprend alors mieux pourquoi la "Belle Époque" peut être considérée véritablement comme ayant été "l’âge d’or" de l’éducation libertaire. L’éducation, en tant que projet global d’émancipation individuelle et sociale, se trouve, en tout cas, au cœur des débats et se révèle comme inhérente aux "doctrines" anarchistes, et totalement intégrée aux démarches des libertaires. L’éducation est bel et bien le facteur d’évolution alors le plus important à leurs yeux. C’est elle qui, comme l’a développé Élisée Reclus dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, permettra que les révolutions soient "faciles et pacifiques".

Nathalie Brémand

(1) Sébastien Faure, La Douleur universelle (rééd. 1895), Paris 1921, p. 349.
(2) Domela Nieuwenhuis, L'Éducation libertaire, Aux Temps nouveaux, Paris, 1900, p. 14.
(3) Jean Degalves, Émile Janvion, L'École libertaire, in L'Humanité nouvelle nE2, juin 1897, p. 217.
(4) Les Temps nouveaux nE9, 26 juin au 2 juillet 1897.
(5) Les Temps nouveaux nE26, 23-29 août 1897.
(6) Les Temps nouveaux nE51, 16-22 avril 1898.
(7) René Johannet, Vie et mort de Péguy, éditions Flammarion, Paris, 1950, p. 125.
(8) Mona Ozouf, La presse ouvrière et l'école laïque en 1908 et 1909 dans Le Mouvement Social nE44, juillet-septembre 1963, p.162.

 

Le Monde Libertaire - 224 - Juillet-août 1976

L’ÉPOPÉE SYNDICALISTE OU LE TRIOMPHE DE L’ANARCHIE

JB / PP / AC

Syndicalisme, un terme encore neuf dans le vocabulaire politique français. Les grands lexiques de la fin du XIXe siècle l'ignorent encore. De la simple acception d'association, le mot va pourtant évoluer jusqu'à prendre parfois une résonance terrifiante. C'est qu'avant de devenir, comme dans beaucoup de pays, une sorte d'institution d'État à la solde des partis politiques, l'organisation syndicale a obéi à une réelle volonté révolutionnaire. Son expression la plus authentique, l'anarcho-syndicalisme, qui fut le fer de lance de la révolution espagnole, semble aujourd'hui retrouver, à travers les grèves dites "sauvages", une réelle jeunesse. Il importait donc, de rappeler son passé.

Premières luttes ouvrières

Le développement du syndicalisme est lié, fondamentalement, à celui du grand capitalisme. Paradoxalement, les premières réactions ouvrières contre la technique assument historiquement un aspect "réactionnaire"! Les travailleurs refusent d'emblée tout allègement de l'effort qui rompt le mode traditionnel de production et crée du manque à gagner. Les exigences individuelles immédiates s'inscrivent souvent au rebours de l'évolution fatale des choses. On connaîtra donc l'époque des bris de machines, non seulement contre les profiteurs directs de l'exploitation de celles-ci, mais quelquefois contre les inventeurs eux-mêmes.

Les conflits sont donc nombreux entre employeurs qui ont voulu innover et prolétaires qui défendent désespérément leur gagne-pain. De 1825 à 1847 : 1250 poursuites, plus de 60 condamnations pour faits de grève. L’épisode le plus notoire de cette épopée naissante, c'est la révolte des canuts lyonnais. Elle marque un tournant véritable non seulement dans l'histoire de la classe ouvrière française, mais dans celle du monde entier.

Parler d’insurrection serait excessif. C'est pourtant de cette révolte que date la devise fameuse : Vivre en travaillant ou mourir en combattant. C'est là, que pour la première fois, apparaîtra le drapeau noir.

L'affaire était née d'une banale demande d’ajustement des tarifs. Les 40000 canuts de la Croix-Rousse ne pouvaient plus se contenter de 25 sous par jour, pour un travail quotidien de seize à dix-huit heures. La concurrence internationale (anglaise, allemande, autrichienne, helvétique) et certaines incidences de la révolution de 1830 sur le commerce extérieur avaient entamé sensiblement le marché lyonnais de la soie et rendu inévitable une exploitation accrue de la main-d'œuvre pour maintenir des prix "compétitifs". D'où la baisse des salaires.

Après des fortunes diverses, dont la plus heureuse avait mis les canuts à portée de se saisir de tous les pouvoirs, le mouvement, né le 21 novembre 1831, s'achevait au début de décembre par la défaite des insurgés.

Dans la chanson de geste que constituent les insurrections françaises du XIXe siècle, les journées de juin 1848 rougeoient d'un éclat particulier. Certes, elles éclatent à la fermeture des Ateliers nationaux, institués par la Révolution de février, et les 100 000 travailleurs que la mesure laisse sans ressources semblent revendiquer uniquement pour des mobiles immédiats, mais la "contestation" est bien plus profonde.

Le bain de sang qui clôt les tragiques journées va mettre un terme pour un temps assez long à la revendication ouvrière. Une période s'achève, dans laquelle il est souvent difficile de discerner une "organisation" pouvant s’apparenter, même lointainement, aux syndicats que l'on a vus s'épanouir depuis. Sans doute les mouvements ne sont pas absolument "sauvages", mais ils restent tumultueux et désordonnés comme les profondeurs dont ils ont surgi.

Il faudra un nouveau bond dans l'évolution des structures du capital pour qu'en face, tentent de s'édifier, des organismes homologues.

La naissance du syndicalisme et la première internationale

La seconde période, qui s'ouvre donc après l'échec sanglant de 1848, peut être prolongée jusqu'à la décennie 1870-1880. C'est, dans toute l'Europe occidentale, une phase d'essor industriel sans précédent, ce qui entraîne un accroissement du nombre des prolétaires. Après quelques années de recul, le mouvement ouvrier renaît, mais selon des principes nouveaux. Déçus par la IIe République, les ouvriers français ont, durant les premières années de l’Empire, tendance à se méfier de la politique. Napoléon III essaie de profiter de cette situation pour jeter les bases d'un césarisme social. Il favorise les associations de secours mutuel, mais à la condition que leur activité se limite à l’organisation de la solidarité. Il aide à l'envoi de délégations ouvrières aux expositions universelles. C'est un échec. Non seulement les grèves se multiplient, surtout à partir de 1860, mais les chambres ouvrières, qu'il a fallu tolérer après avoir, en 1864, concédé le droit de grève, encadrent des corporations de plus en plus nombreuses. Une nouvelle génération de "militants" surgit, dont Eugène Varlin, créateur, en décembre 1869, de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, est le type le plus caractéristique.

Toutefois, dans l'histoire du mouvement ouvrier de cette période, l'événement fondamental est la création, en 1864, de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de 1re Internationale. Elle n'est, pour reprendre l'expression de Marx, fille ni d'une secte, ni d’une théorie. Elle est le produit spontané du mouvement prolétaire engendré lui-même par les tendances naturelles irrépressibles de la société moderne (rapport du Conseil général de l'AIT, pour le congrès de Bruxelles, de 1868, rédigé par Karl Marx). La création d'un marché mondial facilite, en effet, un début de prise de conscience et de solidarité ouvrière internationale. Sans doute, ne faut-il pas exagérer l'importance de l'AIT, mais elle constitue une étape décisive, ne serait-ce que parce qu'elle rassemblait des élites ouvrières appartenant à des courants très divers, mais disposant toutes d'une influence réelle sur le prolétariat qui alors se développait.

Presque au terme de cette période, la Commune de Paris apparaît comme la première expérience au monde d'un pouvoir à dominante ouvrière. La répression qui la suit porte un coup très dur au mouvement ouvrier international. Le Congrès de l'AIT tenu à La Haye, en 1872, décide le transfert du Conseil général de l’organisation aux États-Unis où, en 1876, elle procède à sa propre dissolution. Entre-temps s'est affirmé, avec Bakounine, un très fort courant anarchiste, dont les figures de proue resteront Eugène Varlin et Benoît Malon, qui ne cessera dès lors de marquer d'une empreinte profonde le mouvement ouvrier français et international.

Le mouvement ouvrier au lendemain de la Commune (1880)

Dès 1876, un timide Congrès ouvrier se tient à Paris qui, vu tous les interdits, ne sort pas des limites strictement corporatives. De Londres, les blanquistes vont se dresser en accusateurs dans un manifeste méprisant intitulé Les Syndicaux et leur Congrès: libelle qui, de surcroît, a le mérite de fixer un point de vocabulaire! Le mot syndicaliste est encore à naître.

Au vrai, ce qui s'est alors maintenu d'esprit de revendication en Europe, dans la tradition pure de l'Internationale, a pour théâtre la Suisse. Dans les montagnes du Jura bernois et neuchâtelois, Bakounine a poussé des racines profondes, et une Fédération dite romande tisonne vaillamment, là-bas, les restes du vaste édifice que le Congrès de La Haye de 1872 n'a pas totalement consumés! Maints Congrès se tiendront jusqu'en 1881, tant en Suisse qu'en Belgique ou en Angleterre, qui s'inscriront dans la suite logique et ininterrompue de la véritable Internationale, celle que Marx et ses fidèles avaient prétendu continuer en 1872 n'étant qu'une caricature sans valeur! Beaucoup de réfugiés de la Commune travailleront avec la Fédération romande, et même Jules Guesde qui reniera plus tard ce commencement pour se donner entièrement à l'école "marxiste" adverse.

Sur le seul plan national, un Congrès ouvrier se tiendra encore à Lyon, du 28 janvier au 8 février 1878, où déjà un certain guesdisme marxiste se manifeste sans pourtant que le Congrès, dans son ensemble, puisse se sortir de l'ornière corporatiste.

En revanche, un congrès ouvrier, troisième du nom, tenu à Marseille, dans la salle des Folies Bergère, du 20 au 31 octobre 1879, se distingue des précédents en ce sens qu'il ne représente pas exclusivement des mandataires de syndicats ouvriers mais que des délégués plus spécifiquement politiques y figurent. On y jettera d'ailleurs les bases d'un Parti des travailleurs socialistes de France, première tentative affirmée d'une mainmise d'un "parti" sur une organisation syndicale proprement dite.

Naissance de la CGT

Les choses vont changer à partir d'une pénétration en masse des anarchistes dans le mouvement syndical, après que les bombes de Ravachol, de Vaillant, d’Émile Henry et le couteau de Caserio, frappant le président Sadi Carnot, auront donné tout leur effet. Une ère de persécutions contraindra les "compagnons" à chercher d'autres voies pour susciter l'événement.

C'est Émile Pouget, le rédacteur d'une petite gazette du temps, rédigée en style argotique, le Père peinard, qui les a incités à cette conversion. Il écrit dès 1894: Un endroit où il y a de la riche besogne pour les camaros à la redresse, c'est la Chambre syndicale de leur corporation. Là on ne peut leur chercher pouille; les syndicales sont encore permises; elles ne sont pas B à l’instar des groupes anarchos B considérées comme des associations de malfaiteurs.

Tout ce qu'on appellera l'anarcho-syndicalisme est inscrit en devenir dans cette pittoresque citation du Père Peinard. Émile Pouget, prêchera d’ailleurs l'exemple et sera un des premiers secrétaires de cette CGT qui inspirera une véritable terreur aux classes dirigeantes de 1900 à1914.


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Publié dans Anar

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