Un Peu d'histoire - suite2

Publié le par Mailgorn Gouez

Un Peu d'histoire - suite2


Mai 68 : le début d'une lutte prolongée ?

Entre mars et juin, le Monde Libertaire a consacré une à deux pages par semaine à des témoignages
d'acteurs de Mai 68. Qu'ils fussent illustres ou inconnus peu importe, des individus ont bien
voulu livrer leur itinéraire dans les colonnes du Monde Libertaire ou sur les ondes de Radio-Libertaire (1).
Nous n'avons fait que donner la parole à ceux qui ne se reconnaissaient pas dans la "Génération 68" celle de
ces autoritaires en mal de P(C)F (2) et de ses acolytes (UNEF, UEC) mais qui formèrent, avec d'autres,
les quelques millions de travailleurs, de lycéens, d'étudiants en grève avec l'espoir de changer la vie.

MAI 68, dix millions d'individus en grève : étudiants, lycéens, paysans, travailleurs, jeunes, femmes, immigrés...
Dix millions d'individus en grève en même temps, la France paralysée, les pouvoirs politiques, institutionnels, syndicaux contestés et affaiblis. La force de millions d'individus prêts à tout détruire pour tout réinventer. Non seulement, des milliers d'étudiants ont fait- l'expérience, pour la première fois, de la lutte des classes avec côté des ouvriers, comme en témoignent encore avec vigueur les affiches de l' Atelier populaire de l'Ecole des beaux-arts de Paris, mais d'autres couches de la population comme la paysannerie, du moins sa partie active, ont pu retrouver l'action commune et la solidarité avec la classe ouvrière. Une symbiose rare qui laissa des traces.

C e qui fut nouveau en 1968, ce fut le champ revendicatif très large de la population. Il ne s'agissait plus des sempiternelles revendications elles sont justes en ce qui concerne les augmentations de salaires ou la réduction du temps de travail, mais d'une révolte, d'une révolution pour certains, pour changer la vie !
C'est la volonté de modifier la vie quotidienne qui s'affirme comme enjeu politique, de transformer les relations entre individus, y compris et surtout les relations de pouvoir.
La jeunesse, tant ouvrière qu'édudiante, revendique sa dignité, celle d'être reconnue, celle de sa responsabilisation sociale au moment où le développement économique lui ouvre un marché de consommation que l'autorité morale, portée par les parents et l'école, lui interdit (1).
Elle ne peut, alors, pour exister, que remettre en cause le pouvoir, les pouvoirs.
Et elle se le permet !
En tout premier lieu, un autre mode de communication se met en place. La parole se libère, cinglante, irrévérencieuse, souvent moqueuse, elle s'affranchit de la verticalité : l'information ne peut-elle que circuler vers le bas comme dans nos . sociétés autoritaires, ou du bas vers. le haut comme dans celles revendiquées par les " révolutionnaires " de tous poils (trotskistes, maoïstes, tout aussi autoritaires d'ailleurs) ? Mais si, bien sûr, et chacun réinvente, revivifie les circuits horizontaux.
Quelle force subversive !
C'est l'An 01 de Gébé : Ouvrez les yeux, fermez la télé . Ces dix ans de gaullisme, cette guerre d'Algérie mal digérée, celle du Vietnam, ne pouvaient alors que voler en éclats.

Le Parti communiste français en fera lui aussi les frais.
C'est la fin des mandarins, de tous les mandarins. La crise de l'UEC et de l'UNEF tue le "père" : le P.C.F. est liquidé comme parti dominant. Un espace de liberté s'ouvre alors espace de liberté que le mouvement anarchiste n'a pas su saisir...
Une fois ces carcans supprimés -n'oublions pas ceux de la sexualité, qui commencèrent à céder dès 1967 lors de l'occupation du bâtiment des filles, à la Cité-U de Nanterre- l'individu pouvait renaître. Non pas l'individu égoïste des années grises, mais l'individu autonome qui s'épanouit dans le collectif. Par sa volonté et sa capacité à rompre la monotonie et le conformisme, le mouvement fascine, d'autant qu'il permet à chacun d'être acteur, qu'il lui reconnaît le droit à la parole. Les notions et fonctions de parti et de bureau politique sont affaiblies au profit de celles de mouvement et d'assemblée générale.

Le plaisir de remettre en cause le principe de la délégation de pouvoir et de parole, de remettre en cause le pouvoir et. le pouvoir des hommes est largement partagé (2). Ces formes d'organisation et de lutte, très souples et ouvertes, permirent l'émergence de revendications nouvelles. Des mouvements Spécifiques prendront forme, le plus souvent à partir de 1970-1971, comme prolongements de 1968 quant aux revendications à développer et à porter, mais aussi quant à l'esprit " festif " et chaleureux de Mai 68. Le droit à la différence s'affirme et s'amplifie au cours des luttes .des homosexuels ou des femmes. La morale de l'Eglise, mais aussi celle de la famille, sont éventrées. Au-delà des, luttes pour la maîtrise de leur corps- (liberté et gratuité de la contraception et de l'avortement, dénonciation du viol, etc.), les femmes ouvrent le débat sur le travail- domestique et le patriarcat. La famille et les relations avec les enfants s'en trouvent profondément modifiés.

L'expression explose sur les murs sous forme d'affiches, de graffitis ou de "bombages", dans la presse (avec notamment la parution de Charlie-hebdo) et bouleverse les méthodes pédagogiques et éducatives : les écoles deviennent mixtes, les filles ont enfin le droit de porter le pantalon et les tables sont places en " U " ou en rond pour permettre des échanges plus égalitaires. La remise en cause du pouvoir s'étend jusqu'à l'armée ; puisque les soldats s'organisent en comités et que l'objection de conscience y trouve un statut.

Changer la vie se traduit aussi par mieux vivre : refus de construire des centrales nucléaires, mise en place de réseaux de distribution de produits alimentaires biologiques, lutte contre les colorants, recherche d'une autre relation entre soignants et soignés afin de maîtriser sa santé, mouvements antipsychiatrique et anticarcéral...
Le syndicalisme s'ouvre alors à la vie quotidienne, et non plus seulement à ce qui se passe dans l'entreprise ; les unions locales interprofessionnelles apparaissent comme un vivier reliant l'entreprise aux différents aspects de la vie quotidienne (sexualité, famille, éducation, transport, bouffe, urbanisation, etc.). Resurgi la notion d'autogestion, mais dissimulant l'ambiguïté entre cogestion et gestion directe : elle aurait bien méritée d'être explicité, alors, pour clarifier les débats syndicaux.

Les plongements de Mai 68, même s'ils n'aboutirent pas complètement, même s'ils ne laissent pas assez de traces, ou même s'ils furent récupérés, demontrent bien l'aspirationà priviligier les revendications qualitatives sur les quantitatives. Et c'est bien parce qu'il s'agit de changer la vie, donc de faire la révolution, que Mai 68 fut danger pour les pouvoirs en place. Ils disparurent temporairement devant la marée contestataire, sous les projections de pavés et face aux barricades d'entraide et de solidarité.
Mais ils reprirent tous leur rôle, à peine, à la finale, entaillé : le gouvernement en lâchant sa police, mobilisant l'armée et offrant le royal cadeau de l'urne, le Parti communiste français "seul" parti de la classe ouvrière barrant toute jonction possible entre ouvriers et étudiants afin que les velléités de luttes d'ensemble (déjà sensibles dans les années précédentes) ne viennent pas remplacer les grèves saisonnières orchestrées, les "socialisants bon teint" convoquant Charléty afin de trouver un souffle à leur propre impasse, la kyrielle d'organisations d'extrême gauche incapables de fédérer ces expériences (3), les syndicats pervertissant les mots d'ordre vers des augmentations de salaires lâchées en pâture, la CGT toujours sous l'emprise du PCF, la CFDT quant à elle surfant avec le mouvement et acceptant l'autogestion tout en renforçant et centralisant son appareil, le patronat qui semblera céder sur les "petits chefs" en laissant introduire la section syndicale dans l'entreprise mais qui reconquerra ce peu d'espace laissé aux travailleurs par. tout moyen d'intégration à l'entreprise. Chaque institution contribuera à sortir le pays de la crise politique, sociale et culturelle pour le placer sur le chemin de la démocratie bourgeoise et consensuelle : les accords de Grenelle bradent le qualitatif pour le quantitatif.

D'autres pays, d'autres continents connurent, de 1964 (Berkeley aux Etats-Unis) à octobre 1968 (Italie), des mouvements sociaux contestataires de grande ampleur, les secousses furent connues plus tardivement... En fait, à part quelques exceptions, les mouvements ne s'influencèrent. pas directement, même si le ferment révolutionnaire s'appuyait sur des éléments communs ou semblables : la radicalisation autour de la lutte contre la guerre du Vietnam ou la recherche d'un plus grand contrôle de sa propre vie. Le vieux monde fut bien ébranlé mais, sans la conjonction de tous ces événements, il put résista et digérer.

Au-delà des nouvelles valeurs, des nouveaux modes de pensée, il persiste, du mouvement ouvrier, des résurgence de formes d'organisation et de lutte. Des mouvements se développent pour l'affirmation de la dignité de chaque individu, comme dans les ghettos- noirs d'Afrique du Sud, et s'organisent selon des principes d'action directe et de refus de délégation du pouvoir (Solidamosc), ou dans des organisations anarçhosyndicalistes (marins et dockers de Gilbraltar, COR au Brésil), en toute indépendance vis-à-vis du pouvoir politique (SMOT en URSS), ou en dehors de toute structure syndicale reconnue (COBAS en Italie).
Y compris, en France, les velléités de revendications uniformes, comme à la SNECMA et chez Chausson, où le jet de pièces de 20 centimes à la gueule des chefs. et des patrons en réponse à une augmentation salariale de 0,20F donne l'espoir, face au marasme politique, d'un nouvel espace à conquérir.
Le début d'une lutte prolongée...

Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard 1988

 

Dessin de Siné parru dans "Action" (les photos 1968)

 

(l) Voir les travaux de Daniel Bertaux. et Daniéle Linhart évoqués lors de la " Chronique syndicale " (sur Radio Libertaire Paris du 18 juin 1988.
(2) Daniel Cohn Bendit n'aura pu su rester le porte-parole (dans le sens indien), bien qu'il se détacha des leaders qui fleurirent alors et après : il préféra emprunter le chemin scabreux de la social-démocratie.
(3) Quant aux pro-Chinois, ils sont à présent ce qu'ils devaient être : staliniens fiers reconvertis et normaliens normalisés.

 

 

 

 

 

Surréalisme et Anarchisme
La liberté est le seul mot qui m'exalte encore !
André Breton
Déclaration préalable paru dans le Libertaire 12 octobre 1951
Hongrie, Soleil levant (1956)

Surréalistes, nous n'avons cessé de vouer à la trinité : Etat-travail-religion une exécration qui nous a souvent amenés à nous rencontrer avec les camarades de la Fédération Anarchiste.
Ce rapprochement nous conduit aujourd'hui à nous exprimer dans le Libertaire.

Nous nous en félicitons d'autant plus que cette collaboration nous permettra, pensons-nous, de dégager quelques unes des grandes lignes de force communes à tous les esprits révolutionnaires. Nous estimons qu'une large vision des doctrines s'impose d'urgence. Celle-ci n'est possible que si les révolutionnaires examinent ensemble tous les problèmes du socialisme dans le but, non d'y trouver une confirmation de leurs idées propres, mais d'en faire surgir une théorie susceptible de donner une impulsion nouvelle à la Révolution sociale. La libération de l'Homme ne saurait, sous peine de se nier aussitôt, être réduite au seul plan économique et politique, mais elle doit être étendue au plan éthique (assainissement définitif des rapports des hommes entre eux). Elle est liée à la prise de conscience par les masses de leurs possibilités révolutionnaires et ne peut à aucun prix mener à une société où tous les Hommes, à l'exemple de la Russie, seraient égaux en esclavage*.

Irréconciliables avec le système d'oppression capitaliste, qu'il s'exprime sous la forme sournoise de la " démocratie " bourgeoise et odieusement colonialiste ou qu'il prenne l'aspect d'un régime totalitaire nazi ou stalinien, nous ne pouvons manquer d'affirmer une fois de plus notre hostilité fondamentale envers les deux blocs. Comme toute guerre impérialiste, celles qu'ils préparent pour résoudre leurs conflits et annihiler les volontés révolutionnaires n'est pas la nôtre. Seule peut en résulter une aggravation de la misère de l'ignorance et de la répression. Nous n'attendons que de l'action autonome des travailleurs l'opposition qui pourra l'empêcher et conduire à la subversion, au sens de refonte absolue, du monde actuel. Cette subversion, le surréalisme a été et reste le seul à l'entreprendre sur le terrain sensible qui lui est propre. Son développement, sa pénétration dans les esprits ont mis en évidence la faillite de toutes les formes d'expression traditionnelle et montré qu'elle étaient inadéquates à al manifestation d'une révolte consciente de l'artiste contre les conditions matérielles et morales imposées à l'homme. La lutte pour le remplacement des structures sociales et l'activité déployée par le surréalisme pour transformer les structures mentales, loin de s'exclure, sont complémentaires. Leur jonction doit hâter la venue d'un âge libéré de toute hiérarchie et toute contrainte.

Jean-Louis Bédouin ; Robert Benayoun ; André Breton ; Roland Brudieux ; Adrien Dax ; Guy Doumayrou ; Jacqueline et Jean-Pierre Duprey ; Jean Ferry ; Geoges Goldfayn ; Alain Lebreton ; Gérard Legrand ; Jehan Mayoux ; Benjamin Perret ; Bernard Roger ; Anne Seghers ; Jean Schuster ; Clovis Trouille et leurs camarades étrangers actuellement à Paris

· Ainsi que je le remarquais déjà dans mes tracts 2 p. 350, la formule selon laquelle, dans la Russie de Staline, " tous les hommes seraient égaux en esclavage " ne me paraît pas très heureuse puis qu'elle omet de faire entrer en ligne de compte la classe bureaucratique, qui remplit exactement la place de la bourgeoisie dans les sociétés occidentales.

Commentaires : entre 1947 et janvier 1953 , 31 " billets " ; articles ou déclarations seront édités dans le Libertaire, par les signataires du textes présentés ci-dessus.

 


André Breton au meeting organisé par la Fédération Anarchiste en faveur de Garry Davis
Albert Camus participa aussi à ce meeeting.

 

 

Hongrie, Soleil levant *

La presse mondiale dispose de spécialistes pour tirer les conclusions politiques des récents événements et commenter la situation administrative par quoi l'ONU ne manquera pas de sanctionner la défaite du peuple hongrois. Quant à nous, il nous appartient de proclamer que Thermidor, Juin 1848, mai 1871, août 1936, janvier 1937 et mars 1938, à Moscou, avril 1939 en Espagne et novembre 1956 à Budapest, aliment le même fleuve de sang qui sans équivoque possible, divise le monde en maîtres et en esclaves. La ruse suprême de l'époque moderne, c'est que les assassins d'aujourd'hui se sont assimilé le rythme de l'histoire et que c'est désormais au nom de la démocratie et du socialisme que la mort policière fonctionne, en Algérie comme en Hongrie.

Il y a exactement 39 ans, l'impérialisme Franco-britanique (1) tentait d'accréditer sa version intéressée de la révolution bolchévique, faisant de Lénine un agent du Kaiser ; le même argument est utilisé aujourd'hui par les prétendus disciples de Lénine contre les insurgés hongrois, confondus, dans leur ensemble, avec les quelques éléments fascistes qui ont dû, inévitablement, s'immiscer parmi eux. Mais en période d'insurrection, le jugement moral est pragmatique : Les fascistes sont ceux qui tirent sur le peuple, aucune idéologie ne tient devant cette infamie : c'est Gallibet lui-même qui revient sans scrupule et sans honte, dans un tank à étoile rouge.

Seuls de tous les dirigeants " communistes " mondiaux Maurice Thorez et sa bande poursuivent cyniquement leur carrière de gîtons de ce Guépéou qui a décidément la peau si dure qu'il survit à la charogne de Staline. La défaite du peuple hongrois est celle du prolétariat mondial. Quel que soit le tour nationaliste qu'ont dû prendre la résistance polonaise et la révolution hongroise, il s'agit d'un aspect circontentiel, déterminé avant tout par les pression colossale et forcenée de l'Etat ultra-nationaliste qu'est la Russie. Le principe internationaliste de la révolution prolétarienne n'est pas en cause. La classe ouvrière avait été saignée à blanc, dans sa totalité en 1871, par les Versaillais de France. A Budapest, face aux versaillais de Moscou, la jeunesse -par delà tout espoir rebelle au dressage stalinien- lui a prodigué un sang qui ne peut manquer de prescrire son cours propre à la transformation du Monde.

Le Groupe surréaliste - Novembre 1956
Anne Bédouin ; Robert Benayoun ; Adrien Dax ; André Breton, Yves Ellequet, Charles Flamant; Louis Janover ; Jean-Jacques Lebel ; Georges Goldfayn ; José Pierre ; Nora Mitrani ; Gérard Legrand ; André Pieyrre de Mandiargues ; Benjamin Perret ; Bernard Roger ; Jacques Sautes ; jacques Senelier ; Jean-Claude Silbermann ; Jean Schuster

( 1) qui vient de donner sa mesure en Egypte, selon ses techniques les plus éprouvées.
* cette déclaration est reparue en Novembre 1966 dans le Monde libertaire consacré à André Breton.

 

 

déclarations diverses :

Benjamin Péret participa à la révolution espagnole dans les rangs du POUM, puis de la CNT. Afin de participer à " la socialisation des terres et des usines par et pour les travailleurs " :
" En outre, sous l'impulsion des staliniens, la révolution suit un cours descendant qui s'il n'est pas enrayé, même tout droit à la contre révolution violente. Dans ces conditions j'ai décidé d'entrer dans une milice anarchiste sur le front à Pina de Ebro, où je resterai tant que rien d'intéressant m'appellera ailleurs."
Lettre à André Breton Mars 1937

"Ne nous y trompons pas : les balles de l'escalier de Moscou en janvier 1937, sont dirigées aussi contre nos camarades du POUM. Après eux, c'est à nos camardes de la CNT et de la FAI qu'on tentera de s'en prendre, avec l'espoir d'en finir avec tout ce qu'il y a de vivant, avec tout ce qui comporte une promesse de devenir dans la lutte anti-fasciste espagnole".
André Breton 1937

"Si, pour le développement des forces productives matérielles, la société est tenue d'ériger un régime socialiste de plan centralisé, pour la création intellectuelle elle doit dès le début même établir et assurer un régime anarchiste de liberté individuelle."
André Breton pour un art révolutionnaire à Léon Trosky juillet 1938

"Indépendance totale des travailleurs par le renversement du système capitalisme et non indépendance nationale sous la direction des capitalistes ou des féodaux, comme c'est le cas en Orient et en Afrique du Nord"
Benjamin Péret, le Libertaire - octobre 1951

"Tous ceux qui se sont libérés d'une oppression étrangère y ont réussi grâce à l'aide d'un autre impérialisme qui a immédiatement pris la place du précédent. L'indépendance nationale n'est plus qu'appât présenté par le capitalisme national, destiné à masquer aux travailleurs la véritable solution : suppression du capitalisme et l'édification d'un nouveau monde sans oppresseurs ni opprimés."
Benjamin Péret , le Libertaire octobre 1951

"Ouvrez votre cerveau aussi souvent que votre braguette ! "
Groupe surréaliste de Paris

 

 

 

 

 

 

Vers un service public libertaire et égalitaire
propositions libertaires et paroles de luttes (usagers et salariés)
1995, 1998, 2003,...

Si les services aux publics c'est l'égalité des citoyens...
l'Egalité cela ne peut être que la gratuité .

A quoi servent les services publics ?
A garantir l'égalité sociale, à mettre en place le partage des richesses !

La France est la 4ème puissance mondiale. Les PDG du "CAC 40" gagnent 500 fois le SMIC, mais des milliers de personnes dorment dans les rues, les "restos du cour" distribuent des millions de repas.
Dans une civilisation qui se dit évoluée, les services AUX publics sont un droit inaliénable, donc : NON marchand, d'accès libre, universel. Ils garantissent l'égalité des citoyens(ennes) du point de vue géographique, ils sont aussi facteurs d'entraide et de redistribution égalitaire des richesses. Ils touchent toutes les activités indispensables à la vie en société : L'éducation, le logement, la santé, les transports, la culture (les bibliothèques, la télé,...), l'accès aux communications. Mais aussi la gestion de la cité (au sens large), la gestion des ressources naturelles ; la distribution de l'énergie, de l'eau, etc. Entreprises privées, nationalisées, administrations d'Etat, ce n'est pas la qualité du "propriétaire" qui importe, mais bien la fonction d'utilité sociale pour la population. Si nous combattons la privatisation ou l'introduction des logiques du capitalisme dans le secteur public, nous ne menons pas pour autant une campagne pour la re-nationalisation. Un service peut toujours être détenu par l'Etat (ou une collectivité locale) et se donner comme objectif de fonctionner selon les critères d'une entreprise privée : mettre en avant la rentabilité financière sous couvert de modernisation. C'est déjà la réalité, EDF, la SNCF ou La Poste se conduisent en France et à l'étranger comme les pires des capitalistes.

Le capitalisme renforce l'Etat et détruit le service public
A la libération, le capitalisme avait besoin de s'appuyer des services publics pour favoriser la reconstruction. Par ailleurs, la pression populaire et les risques d'explosion sociale l'ont forcé à lâcher du lest. Dès le début des années 80 les gouvernements de gauche et de droite ont entrepris un virage -prévisible- au profit des logiques du marché. C'est le couple Tapie/Mitterrand qui a organisé la célèbre émission de télé avec Yves Montand : Vive la crise. En 2001, c'est un ministre communiste qui a criminalisé la misère dans les transports (10 voyages sans ticket de métro = 6 mois de prisons). Ce sont les différents gouvernements qui ont fermés des bureaux de postes, des classes, des écoles, des maternités, des services de proximité et dans le même temps ouverts des prisons, des commissariats. Pour y mettre les chômeurs ?

Les "flashballs" de Sarkhozy n'arrêterons pas la misère.
Ce sont les causes de la précarité qu'il faut combattre pas ceux et celles qui la subisse. Or justement les services publics contribuent activement à la lutte contre la misère économique, sanitaire, culturelle et sociale parce qu'il réaffecte égalitairement les richesses produites. C'est pourquoi les capitalistes les combattent. Ils veulent supprimer l'idée de mutualisation des coûts et de répartition égalitaire des richesses pour promouvoir les valeurs comme le profit, les patrons entreprenants, la bourse, la flexibilité des salariés, la débrouille individuelle plutôt que les solutions collectives. Ils ont aussi essayé de culpabiliser les salariés, de leur faire prendre en compte dans leur travail les lois du marché plutôt que l'utilité sociale de leurs actions.
Dans les journaux, à la télé "on" nous dit qu'il n'y a plus d'argent. Mais, depuis 1991, les ménages payants l'ISF (impôt sur la fortune) ont doublé : merci Jospin !
Aujourd'hui, la gauche se lamente sur la disparition progressive de l'Etat, c'est une erreur !
L'Etat se recentre, il lègue au capitalisme toutes ses activités lucratives qui concurrencent leurs entreprises. Il vend aux collectivités les services de proximité ce qui va renfoncer le fossé entre régions riches et pauvres. En parallèle, il se renforce sur son activité régaliene (Police, armée, justice, réglementation, législatif, etc.). Ce sont les services publics qui disparaissent, mais ni l'armée, ni la police, ni les prisons. Le service public, gêne l'objectif principal du capitalisme : faire des profits ! L'Etat se charge de mettre en place une politique humanitaire afin de cacher les injustices les plus inacceptables par la population.

L'Etat n'aurait plus les moyens financiers d'assurer la solidarité sociale ? C'est faux.
Les budgets sont en augmentation dans la police, la justice, l'armée, ce qui favorise la répression au détriment de l'Egalité. Combien d'infirmières, de postiers, d'instituteurs avec le coùt d'un porte avion ? Les recettes de trois derniers "Téléthon" représentent à peine le coût d'un avion de combat du type "Rafale". Qui décide qu'il est plus important de construire un char Leclerc que de fournir des équipements aux chercheurs ? Les gouvernements favorisent les militaires et privatisent la recherche. Sous prétexte de modernisation, les dirigeants des services publics parlent "d'écoute du client", mais ne prennent en compte que les consommateurs les plus rentables.
Le fait de transformer les usagers en "clients" ou en "bénéficiaires" permet d'imposer la rentabilité financière, cela favorise les entreprises, fait payer le citoyen et impose aux salariés une remise en cause des conditions de travail. Partout où ils le peuvent les gouvernements appliquent les recettes du capitalisme : externalisation des missions ; création de filières privatisées, augmentation de la rentabilité financière par la réduction de la masse salariale et abandon des missions dites " non rentables ". Ce qui se traduit par une diminution des effectifs, des restructurations régulières, un abandon des zones rurales ou "pauvres", un transfert des activités vers les entreprises : la part du secteur privé de la santé est devenue majoritaire ou encore la privatisation des services communaux ou les cantines scolaires. Autre exemple, l'emploi massif de stagiaires ; de précaires ; d'intérimaires ; etc.

Vers la gestion directe par les usagers et les salariés. Qui décide et comment ?
Personne ne doit décider à notre place : Révocabilité, Assemblée d'usagers et Mandatement des responsables. Pour sauver le service AUX publics, il faut le débarrasser des politiciens (de l'Etat), de la rentabilité financière et aussi du corporatisme. Notre projet est de mettre le citoyen et la citoyenne au centre des préoccupations du secteur public afin de définir son action en fonction de NOS besoins (usagers et salariés) et non de ceux du capitalisme ou de l'Etat. Il faut rendre le service public à ceux et celles qui l'utilisent, qui y travaillent. La politique de chaque service public doit être définie par l'ensemble des citoyens. Nous devons inverser les prises de décisions et rendre révocables les directions de ces dits services ainsi que les élus. Des dizaines de milliers d'emplois perdus depuis des années sont à re-créer. Pas n'importe lesquels, personne ne contestera une embauche massive d'infirmières, de profs ou de conducteurs de bus, il est hors de question pour nous, de soutenir par opportunisme ou corporatisme, l'embauche de policiers, de contrôleurs, de mâtons et autres emplois socialement néfastes. L'embauche est donc nécessaire, mais pas suffisante. Pour les anarchistes, il n'y a pas de liberté pour les individus sans égalité. Il n'y a pas non plus d'égalité des droits sans égalité sociale. Aujourd'hui, la gratuité est la seule garantie d'égalité sociale.
Le service public égalitaire et autogéré permet au citoyen d'être enfin maître de son avenir.
Le service public "libertaire" permet le partage des richesses que nous produisons et que le capitalisme et l'état s'accaparent.

Wally Rosell - groupe Libertaire Louise Michel
Mai 2003

Mai/juin 2003

Paroles d'usagers et de salariés :

Si l'éducation est le meilleur rempart contre le chômage, nous nous voyons obligés de constater que nous ne sommes pas égaux devant l'accès au savoir. Une étude récente issue des services du Ministère de l'éducation nationale montre qu'en vingt ans, loin de combler les inégalités sociales, le système en place les renforce : 200 écoles maternelles à elles seules, fournissent la quasi totalité des élèves qui intègrent les " grandes écoles françaises ". C'est pourquoi le but de ce mouvement est l'égalité de tous et de toutes devant le savoir.
Chloé & Mélanie lycéennes à Paris 1998
Le libéralisme est entré en force à l'université. Par exemple, les sujets de mémoire ou de thèse sont pour la plus part du temps financés par des entreprises. Résultat, ce sont les patrons qui choisissent les sujets en fonction de leurs intérêts immédiats et financiers et non plus de leur intérêt en terme de recherche. Stéphanie étudiante 1998

Une politique sociale qui rapporte... à EDF
Pour nous le service public doit satisfaire les besoins de tous,. Pour la direction d'EDF il ne concerne que les bons clients ! Dans ses discours et face aux pouvoirs publics, EDF met en vitrine ce qu'elle appelle sa "politique sociale". De quoi s'agit-il en pratique ? Du versement de 1% de ses copieux bénéfices sociaux et autres associations caritatives. Ce qui lui permet de se dédouaner et de fermer les yeux sur l'ampleur du problème en rabattant sur les centres d'action sociale toutes les personnes déclarant avoir des difficultés de paiement. Or il faut savoir que :
* cette somme lui sera intégralement et directement reversée sous forme d'aides au paiement des factures ;
* cela représente qu'une partie des aides accordées par les centres d'actions sociale pour aider au paiement des factures EDF (le reste provenant de subventions de la ville, du conseil régional, des Assedic, du budget propre des CAS,...)
* qu'en dépit du caractère très restrictif des critères d'attribution, les aides au paiement des factures EDF ponctionnent une énorme partie du budget des centres d'actions sociale. De toute évidence, les sommes disponibles sont sans rapport avec l'ampleur des besoins ; Enfin que ce système ne résout rien, car lorsque arrive la réponse des services sociaux et quel que soit le montant de l'aide accordée, EDF menace de nouveau son "client" de coupure en cas de non-réglement immédiat du reste de la facture. retour à la case départ... Nous refusons le régime électrique pour pauvres que sont les systèmes de compteurs à carte Nous réclamons l'attribution pour les moins fortunés le même tarif avantageux que celui concédé aux entreprises
le Collectif chômeurs-précaires Barbès 1998

La modernisation, c'est la pression commerciale que les guichetiers sont obligés à la fois de subir de la part de l'encadrement et de faire subir aux usagers. Leur " carrière " (promotion, augmentation,...) dépend maintenant, quasi entièrement des objectifs qui sont donnés par la hiérarchie. Il s'agit pour eux de " placer " un maximum de produits courriers ou financiers non pas en fonction des besoins des usagers, mais des intérêts de la Poste. Le service Public est détourné et se sont à la fois les consommateurs et les agents qui en subissent les conséquences. Depuis le milieu des années quatre-vingts la réduction constante des effectifs (environ 3 à 4000 emplois par an). Sur Paris, tous les bureaux sont systématiquement re-structurer environ tous les deux trois ans et à chaque fois cela se traduit par des suppressions de poste (jusqu'à 40 par bureau) et souvent par du travail supplémentaire et/ou de nouvelles contraintes. Il y a des endroits où quelques fois le service " minimum " n'est plus assuré. Au début, la direction s'est appuyée sur des speudos enquêtes faîtes auprès des " clients " : commerçants, entreprises et/ou usagers. A chaque fois, les résultats allaient dans notre sens : plus de service public ! Depuis la direction ne s'embarrasse même plus de prétexte pour passer ses projets. Contrairement aux discours officiels et malgré une automatisation plus grande ; la qualité de service baisse de plus en plus. Hervé - postier

La modernisation, c'est des réglementations qui nous tombent dessus qui nous empêchent de travailler, des beaux discours, mais vides de toute application concrète. Dans mon école il y a deux micro-ordinateurs pour 400 élèves, et un superbe CDI qui est fermé aux élèves faute de personnel. On est obligé de faire la quête chez les commerçants et les entreprises du coin pour financer la moindre des activités pour nos élèves parce qu'on nous a supprimé des crédits.
La modernisation, c'est la privatisation !
Lucille - institutrice.

A La SNCF, l'application des 35 heures c'est un risque certain de dégradation importante des conditions de travail et un service appauvri pour les usagers. Actuellement, ce que nous propose la SNCF, c'est d'aller dans le même sens toujours plus de productivité. La direction demande plus de flexibilité et une augmentation de la productivité. Les 35 heures ne sont qu'un prétexte pour sortir de ses cartons des projets qu'elle n'osait pas appliquer avant. Exemple : les temps de pause, les plages horaires en période de pointe (passer de 8 à 10 heures par jour) sont remis en cause. Inutile de dire que la sécurité des usagers est plutôt vécue comme un frein à la productivité du matériel. De plus, la SNCF voudrait un cadre national minimum et permettre à chaque établissement d'appliquer en fonction des contraintes locales un accord définitif même dérogatoire à l'accord national. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les magouilles et les pressions sur le terrain. Pour les agents aux guichets, les calculs de temps de travail seraient aussi très " orientés ". La direction ne prendrait en compte que le travail effectif en se basant, par exemple, sur le temps de connexion enregistré par les ordinateurs : s'il y a personne au guichet que se passe-t-il ? On peut présumer de la réponse de la direction ! La direction ne parle jamais de réduction du temps de travail mais du passage aux 35 heures ce qui est significatif sur son état d'esprit. L'arrivée des 35 heures inaugure aussi des modification dans l'embauche des nouveaux : la direction invente les contrats " SNCF " mais à temps partiel obligatoire, or le statut SNCF interdit aux agents de travailler ailleurs. Ceci se conçoit pour les temps pleins, mais pour les temps partiels, donc avec un salaire de plus en plus partiel ?
Serge - SNCF

A la RATP : la direction nous propose les 35 heures, mais en ne comptabilisant que le travail effectif !
Qu'est-ce qu'un temps mort ? Quand le bus ne roule pas ?
Les 35 heures sont l'occasion de remettre en cause des acquis sociaux y compris ceux qui déjà ne nous satisfont pas. Non seulement, les accords patrons/syndicats ne sont pas bons, mais en plus, nous sommes obligés de faire grève pour les faire appliquer par la direction. Ce qui montre bien l'état de délabrement du service public et la dégradations des conditions de travail.
Alors que nous demandons l'embauche de plusieurs milliers personnes, le passage aux 35 heures se fera à coût constant, à moyens constants : Pas un emploi ne sera créé. "la démarche d'aménagement et de réduction du temps de travail devra être accompagnée globalement d'une modération salariale et des mesures d'amélioration de la productivité". C'est le texte de départ de la direction. A aucun moment elle parle d'embaucher, les conditions de travail vont se dégrader et c'est encore une fois l'usager qui subira en bout chaîne le résultat.
Jean-Pierre - RATP

Santé : Dans notre secteur, nous pouvons résumé simplement notre rôle : C'est le droit à la santé pour tous ! Nous ne pouvons que constaté que ce principe disparaît de plus en plus que se soit dans le domaine de l'accueil ou des soins que nous pouvons prodiguer aux patients. Nous sommes de moins en moins aptes à donner une réponse aux demandes des citoyens. Les budgets hospitaliers se réduisent d'années en années et le personnel aussi. Au jour d'aujourd'hui il n'y a plus d'accès pour tous à la santé ! ! ! Au mieux on constate une santé à deux vitesses, nous pouvons même affirmer que tous les personnes n'ont pas accès à "l'hôpital". Parler de "clients" dans le domaine de la santé publique est encore plus grave, plus insupportable qu'ailleurs. Pour nous, c'est le rôle essentiel des organisations syndicales de contrecarrées cette volonté de destruction du service public, quel que soit le gouvernement en place. Danièle et Joël - A.P.



@+ Maligorn Gouez 

Publié dans Un Peu d'histoire

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