Un Peu d'histoire - suite1

Publié le par Mailgorn Gouez

Un Peu d'histoire
suite1

La révolution des conseils de Bavière 1918/1919
et
La république des conseils de
Bavière

GUERRE DES SOCIALISMES

L'épisode des conseils de Bavière nous apporte, avec le recul, plusieurs enseignements à propos de la valeur de l'expérience et de l'attitude possible des différentes " familles " du socialisme devant une situation révolutionnaire. En ce qui concerne ce dernier point, les faits se sont montrés accablants. Lorsque se produit la révolution bavaroise, les 7 et 8 novembre 1918, la direction sociale-démocrate (S.P.D.), débordée, feint de pactiser avec le mouvement révolutionnaire pour mieux le canaliser.
Elle constitue un gouvernement provisoire avec un séparatiste minoritaire : Kurt Eisner. Celui-ci fera la balance entre la voie réformiste (S.P.D.) et bureaucratique syndicale et celle, révolutionnaire, issue des conseils. Cela le conduira à faire arrêter l'anarchiste Erich Mùhsam et d'autres militants qui poussaient vers cette dernière solution.
Désavoué par des élections, Eisner se couvre ensuite de ridicule en manifestant avec les conseils contre son propre gouvernement ! Cette cohabitation ne pouvait durer très longtemps. La mort d'Eisner, puis la proclamation de la République des conseils le 7 avril 1919 dévoile le vrai visage des socialistes. Ils prennent alors la fuite et recrutent des troupes et des corps-francs.
Ceux-ci écraseront la révolution en mai. Mais cela leur sera difficile.
Il faudra que le gouvernement central de Berlin mobilise de nombreux renforts. Car, contrairement à ce qui s'est passé dans le reste de l'Allemagne, la révolution fut plus solide en Bavière, du moins en ce qui concernait sa défense. Cela justifia un châtiment exceptionnel : plus de sept cents exécutions sommaires et l'activité militante détruite à Munich pour tout l'entre-deux-guerres. Il faut signaler que, parmi les troupes qui écrasèrent la République des conseils se trouvaient de futurs nazis (Rudolf Hess, Himmler, Roehm,...) et que le point de départ de cette doctrine fut Munich, nettoyée de toute contestation ouvrière.
Les sociaux-démocrates ont, à cet égard, une lourde responsabilité historique. Dans un premier temps, les communistes (K.P.D.) furent à la remorque des anarchistes. C'est Erich Mùhsam qui pousse à une série d'actions menant à la République des conseils. La direction du K.P.D. envoie alors de Berlin un responsable "orthodoxe", Eugen Leviné, plus, habile à manoeuvrer contre Mùhsam. Les communistes appliquent aussitôt une tactique visant à leur donner le pouvoir comme en Russie. Ils boycottent la République lors de sa proclamation et noyautent entre-temps les comités. Lorsque les circonstances leur furent favorables, ils prirent pour eux seuls la direction des affaires (ce qui n'empêcha pas la répression de s'abattre sur la Bavière). Les justifications fournies quant à leur attitude ne tiennent pas : si la révolution n'était pas mûre en Bavière, pourquoi le serait-elle devenue après les magouilles du K.P.D. dans les comités de base ?
C'est, en fait, leur tendance totalitaire qui a dicté leur conduite et précipité l'effondrement de la République. En effet, il faut mettre à leur passif d'avoir exacerbé les divisions internes au sein des conseils. Les assemblées d'usine n'étaient plus que le lieu d'affrontements où ils lançaient leur tentative d'hégémonie.
Notons que, quelques jours avant l'effondrement (26 avril 1919), les ouvriers de Munich avaient tenu une assemblée des conseils d'entreprises où ils désavouèrent à une large majorité le comportement du K.P.D. Il était trop tard, hélas !
Quant aux anarchistes, qui furent influents, nous devons reconnaître qu'ils ont fait preuve, parfois, d'une grande naïveté. Parmi les responsables désignés par les conseils le 7 avril, se trouvaient Erich Mùhsam, Gustav Landauer, Silvio Gsell. De nombreuses propositions furent formulées, dans le domaine de l'éducation ou celui du logement notamment, mais il n'y eut pas de réquisitions, de réel démantèlement des anciennes structures. Les conseils manquèrent de coordination et d'expérience pour appliquer les nouvelles mesures.
Il ne suffit pas de proclamer la fin de l'appareil étatique, il faut le détruire et le remplacer, de même pour toutes les anciennes institutions. On ne peut pour cela faire abstraction, à un certain moment, de la violence révolutionnaire, comme ce fut le cas en Bavière. Lorsque la révolution fut en passe d'être écrasée, ex-policiers, juges et bourgeois n'ont eu qu'à ressortir de chez eux, parfois même en participant à la répression ! Sans compter les sabotages et les provocations dont fut victime la République des conseils pendant sa brève existence.
Un manque de fermeté pendant les événements paraît aujourd'hui évident. Autre erreur : on ne se lance pas dans une révolution si ses acteurs n'en ont pas la capacité ! Passé le stade de l'insurrection, paysans et ouvriers de Bavière s'avérèrent incapables de définir leurs objectifs. Ernst Toner, un des protagonistes écrivit : "Le peuple savait ce qu'il ne voulait pas, mais pas ce qu'il voulait."
Sans pessimisme, nous devons savoir que l'échec est avant tout une leçon.
Les anarchistes doivent être conscients que la véritable révolution est le fruit d'une préparation et qu'à la révolte doit succéder la pratique, amorce d'une autre société.

Yves - C.L.E.A.

(l) Le jour de K. Eisner, " les députés élus au Landtag s'enfuirent de la ville, mais leurs mandats ne furent pas annulés, si bien que, lors de leur retour, ils purent en faire confirmer l'usage " (W. Hang, " E. Mùhsam, Schrift steller der Revolution ",

 

 

 

LA REVOLUTION DE NOVEMBRE

 

La quasi-unanimité, qui en 1914, avait rassemblé le peuple allemand derrière Guillaume II pour le "salut de l'Allemagne ", se brisa dans le début de l'année 1917.
Après un premier mouvement de grèves en mars-avril 1917, une grève générale de protestation contre la guerre éclata en janvier 1918 et s'étendit à toute l'Allemagne. La recrudescence de l'agitation ouvrière, exacerbée par la décomposition de l'ordre ancien et par les défaites militaires, reprit avec une vigueur nouvelle, à partir de la mi-octobre.
" Le 7 novembre, à la suite d'une manifestation pacifiste, appelée par le S.P.D, et l'U.S.P.D.(l) et à laquelle 200 000 ouvriers et soldats avaient participé, un conseil d'ouvriers et de soldats fut créé. "(2) Dans la nuit et tandis que le roi s'enfuit de Munich, le conseil des ouvriers et des soldats se rendit à la Chambre des députés, destitua le gouvernement royal et proclama la république.
Le lendemain, K. Eisner (leader de l'U.S.P.D.) forma un gouvernement de coalition avec les réformistes du S.P.D. Dans les semaines qui suivirent, il tenta d'établir un mélange de parlementarisme et d'idée de conseils dans lesquels, d'ailleurs, il semblait voir plutôt des organes de contrôle que des organes de décision. " Mais, dès le début, cela signifiait l'existence d'un double pouvoir : d'un côté, il y avait le cabinet Eisner qui tentait de mener la révolution dans des voies légales ; et de l'autre, il y avait le conseil ouvrier de Munich, expression des fractions de la classe ouvrière qui poussaient à la révolution. " (2)
Mais, à trop vouloir louvoyer entre les partisans du vieux monde et les forces révolutionnaires, Kurst Eisner mécontenta les deux camps.
Sous la pression du S.P.D., il fut contraint d'organiser des élections législatives qui furent marquées par de graves perturbations dont la portée altérèrent la validité des résultats. Boycottées par les anarchistes et par le K.P.D. (3), ces élections désavouèrent totalement Eisner qui ne recueillit que 2,5% des voix au profit du Bayerrische Volkspartei (catholique) et du S.P.D. qui obtinrent respectivement 35% et 33% des suffrages.
La situation se dégrada définitivement après que Kurt Eisner eut été assassiné, le 21 février.
Le conseil central révolutionnaire (4), qui fut créé le jour même, décréta l'état de siège et la grève générale dans toute la Bavière. Mais après avoir rejeté la proposition, qui lui fut faite par Erich Mùhsam (un des leaders du mouvement anarchiste) le 28 février, de proclamer la République des conseils, le congrès des conseils, dominé par le S.P.D., donna les pleins pouvoirs au gouvernement Hofmann formé le 17 mars.

LA REPUBLIQUE DES CONSEILS

"L'impuissance décevante du gouvernement Hofmann, la menace des corps-francs (à Berlin, les " troubles de mars " se produisaient alors [5]) et la proclamation de la République des conseils hongrois le 21 mars intensifièrent l'aspiration de la classe ouvrière à un système des conseils (...) le 4 avril, la classe ouvrière d'Augsbourg, qui se trouvant en grève générale, proposa de proclamer la République des conseils de Bavière..." (2), ce qui fut fait le 7 avril, malgré l'abstention du K.P.D. "Rapidement, le gouvernement des Conseils se révéla pratiquement impuissant (...).
Tandis que le K.P.D. boycottait encore (ce qu'il fit jusqu'à ce que la république se pliât à son propre programme de parti) et freinait ainsi une véritable édification des conseils et de l'Armée rouge (6), les délégués du S.P.D. approuvaient verbalement toutes les mesures révolutionnaires et s'efforçaient, immédiatement après, d'en bloquer l'exécution.
Plus grave que la cassure qui se dessinait, était la confusion qui régnait au sein de la classe ouvrière. Les effets de l'abstention du K.P.D. se firent partout sentir"(2). Toutes les tentatives de négociations menées par certains révolutionnaires, comme Mùhsam, échouèrent et les dernières illusions s'envolèrent après la tentative de putsch militaire des 12 et 13 avril : "Une armée de volontaires qui avait été envoyée par le gouvernement Hofmann réfugié à Bamberg parvint à arrêter Mùhsam et onze autres membres du conseil central avant d'être repoussé..." (2).

La répression

Le K.P.D. vit alors sa chance arriver de se saisir du pouvoir et déposa l'ancien gouvernement des Conseils. (...) La deuxième phase de la République des conseils, qui se différencie considérablement de la première par les prises d'otages, les socialisations en masse et les combats militaires à Dachau, fut pourtant de courte durée, elle aussi. "Les appels à la fermeté du K. P. D. (. . . ), l'exécution d'otages (...) et, du côté adverse, l'excitation des soldats des corps-francs et des étudiants des groupes de droite fomentée par les rumeurs journalistiques, toutes ces conditions s'unirent pour donner une conclusion sanglante à la République des conseils.
Le chiffre de six cents morts, victimes de la répression militaire et des méthodes des conseils de guerre doit être largement en-dessous de la réalité."

Philippe Boubet, Groupe Kropotkine

(1) Contre la collusion du S-P-D- (Social-démocrate) avec le régime impérial; son aile gauche avait scissionié en avril 1917 pour former l' U.S.P.D. (Socialiste-indépendant).
(2) "Erich Mùhsam, Schrliftsteller dr Revolution ", W. Haug, pp. 31 à 38.
(3) K-P-D- : parti communiste allemand fondé en janvier 1919.
(4) Composé de onze membres dont È. Mùhsam pour les anarchistes et Max Lemen, pour le K-P-D- Le Conseil central réunissait en outre des représentants du S.P.D.de la Ligue des paysans.
(5) Groupes para-militaires d'extrême droite, les corps-francs furent systématiquement utilisés par les gouvernants sociaux-démocratres pour réprimer toutes les tentatives révolutionnaires qui eurent lieu en Allemagne au cours de la période 1918-1919. La répression à Berlin fît plus de 1 200 victimes pour le seul mois de mars 1919.
(6) Le nom donné à l'Armée des insurgés comme celui de toutes les instances révolutionnaires était directement inspirées de la révolution russe.

 

 

 

 

 

 

ERICH MUHSAM & la Révolution des Conseils (1918-1919 )

" La période de la Révolution de novembre et de la République des conseils qui suivit alors fut très importante non seulement pour la conscience politique de Mühsam - il intégra, par exemple, l'idée des conseils à sa conception de l'anarchisme -, mais aussi pour son oeuvre littéraire.
Le drame Judas(1921), qui doit être appréhendé comme un paradigme de la vie de Mühsam et de sa recherche d'unir anarchisme et littérature, intègre les expériences de la Révolution de novembre et de la République des conseils. Les poèmes du recueil intitulé Terres brûlantes (1920), dont le sous-titre est Vers d'un combattant, traitent du même thème. " (1).

En janvier 1918, les ouvriers des fabriques de munitions déclenchèrent contre la guerre une grève générale qui, malgré son extension à l'ensemble du pays, fut de courte durée. E. Mühsam soutint cette lutte et harangua les travailleurs des usines Krupp de Munich. De Plus, il avait refusé son incorporation au Service auxiliaire patriotique qui venait d'être instaurée A la suite de cette action, il fut arrêté et assigné à résidence surveillée à Trauenstein.

Double pouvoir

Relâché le 5novembre, il participa aussitôt aux actions contre la guerre.
Au cours des. trois jours qui suivirent, il prononça des discours pacifistes devant les casernes munichoises. Il reprit la publication de la revue "Kain" (2) et fonda l'Union des internationalistes révolutionnaires. Après le 7 novembre, il participa à la création du R.A.R. (Conseil révolutionnaire des ouvriers) dont il devint l'un des leaders. Le conflit larvé, qui opposait les conseils ouvriers au gouvernement Eisner (cf. M.L. n° 569p. 10), " (... ) s'enflamma à l'annonce, pour le 12 janvier 1919, de la date des élections au Landtag.
Lors d'une manifestation (NdT : le 7décembre), Mühsam prit la parole contre les élections et attaqua la presse bourgeoise. Il rapporte ainsi la suite des événements :
L'assemblée me pressa de mener une action contre un journal clérical particulièrement détesté. Comme un millier de soldats environ se joignit à nous en chemin, l'occupation de presque tous les journaux bourgeois de Munich fut réalisée dans la nuit. Immédiatement alerté par les réactionnaires, le ministre-président Eisner convoqua rapidement le commandant militaire de la place et le chef de la police et chercha avec eux toutes les solutions possibles pour rétablir la situation. " (E. Mühsam, VonEisner bis Leviné p. 15)." (3).

Finalement, l'ordre fut rétabli par les troupes restées fidèles au gouvernement, aprèsque les insurgés se furent attaqués au ministère de l'intérieur et qu'ils eurent tenté d'obtenir la démission de Auer (le ministre de l'intérieur,réformiste social-démocrate). "Craignant que des perturbations dans le déroulement du scrutin de la part du K.P.D. (Ndt : parti communiste allemand)et des anarchistes (les deux organisations appelaient au boycott), (... ) Eisner fit arrêter douze personnes, le 10 janvier, parmi lesquelles Mühsam et Max Levien, le leader du K.P.D. "
Par cette tentative, écrit Mühsam, il alla au devant d'un échec décisif et s'aliéna la sympathie des masses les plus radicalisées (...) spontanément, une gigantesque manifestation se rassembla devant le ministère exiger notre libération... " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné, p. 15). Mühsam dût être relâché et, dans cette affaire, il vit la preuve qu'il était soutenu par la base. Ses discours incendiaires trouvaient un terrain fertile dans la fraction la plus radicale de la classe ouvrière munichoise. " (...)
Pour Mühsam, commença alors la période la plus décisive ; entant que porte parole du R.A.R., il s'entendit avec le K.P.D. sur les mesures susceptibles de provoquer l'établissement de la République des conseils. Le 28 février, au Congrès des conseils, il fit la proposition au nom du K.P.D. et du R.A.R., de proclamer la République des conseils. Cette proposition fut pourtant rejetée par 234 voix contre 70.
Les raisons de ce refus tiennent à la position majoritaire du S.P.D. (parti social-démocrate) et à l'hésitation de quelques révolutionnaires, parmi lesquels Landauer, qui pensaient que cela était prématuré " (3). Le développement de la République des conseils Le 4 avril, c'est à son instigation que les Conseils ouvriers d'Augsbourg proposèrent de proclamer la République des conseils de Bavière. Le 6 avril, soutenu par Toller (4) et Landauer, il invita le Conseil central à se prononcer sans plus tarder et sa proposition fut enfin acceptée (5).

Malgré les sollicitations, Mühsam ne voulut occuper qu'un poste secondaire au seindu Conseil des commissaires du peuple. Il fut chargé des relations avec l'Europe orientale et, dès le 7avril, il entreprit d'entrer en contact, par radiogrammes, avec Moscou et Budapest - la République des conseils de Hongrie avait été proclamée le 21 février.
Mais surtout, Mühsam tenta de toute ses forces et de toute son influence au sein du R.A.R. de lutter contre la division des forces révolutionnaires (6) qui freinait la mise en place du système des conseils, et se proposa comme intermédiaire. " Entre temps, il avait accepté la critique avancée par les communistes, selon laquelle la proclamation de la République des conseils avait été prématurée, dans la mesure où l'extension de la vague révolutionnaire à tous les pays et l'agitation au sein de l'armée auraient dues être garanties. Mais, il ne comprenait pas pourquoi le K.P.D. ne se décidait pas à collaborer, eu égard à cette nécessité.
Après l'échec de ses négociations directes avec les communistes, parmi lesquels Leviné (7), et pour convaincre les travailleurs de sensibilité communiste de collaborer, il tenta de prendre la position d'un communiste en opposition avec la direction.
Le 9 avril, il rédigea un appel dans ce sens, qui doit être replacé dans le cadre de cette ambivalence : " La Bavière est une République des conseils ! " Sans égar dpour les controverses de vos dirigeants, la population laborieuse doit s'unir pour réaliser le socialisme et le communisme ! (... ) " La dictature du prolétariat est chose faite ! " Une armée rouge doit immédiatement être constituée ! " L'alliance avec la Russie et la Hongrie doit être conclue ! (... ) Le nouveaupouvoir devra organiser, aussi vite que possible, de nouvelles élections aux conseils d'entreprises sur des bases révolutionnaires, à partir desquelles le système des conseils doit s'édifier de la base au sommet. " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné, p. 61).
De ce tract programmatique, qui se différencie à peine des tracts du K.P.D. des débuts de la République des conseils, Mühsam ne donne qu'une explication : " La direction du K.P.D. (Ligne Spartakus) - groupe local de Munich - se plaça, pour des raisons de principe, hors de la gestion provisoire de la République des conseils. Espérons que la contradiction sera bientôt résolue par la décision de nouvelles élections d'entreprises sur des bases révolutionnaires et desquelles doit définitivement résulter le pouvoir prolétarien. " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leidné, p. 61).


Les illusions que Mühsam avaient placées dans les élections d'entreprises s'envolèrent le 11 avril, lorsque l'ensemble des conseils d'usines de Munich organisèrent un rassemblement à la Hofbrâu (... ). Lorsque les représentants de tous les partis se furent exprimés, il devint clair que, désormais, le K.P.D. refusait de participer à la République des conseils. " Une minorité des membres du parti, parmi lesquels Levien, approuvait tandis que la grande majorité affirmait énergiquement sa volonté d'accord. Levien trouva un auxiliaire en la personne d'un communiste berlinois qui repoussa avec une très grande nervosité le principe de l'unité du prolétariat, tant qu'elle n'aurait pas lieu sur les bases du K.P.D. (7). "(E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné, p.66).

Bien que la réunion des conseils d'ateliers votât la confiance au gouvernement des conseils, les communistes demeurèrent sur leur position de refus. Les 12 et 13 avril, une armée de volontaires, qui avait été envoyée par le gouvernement Hofmann -réfugié- à Bamberg, fit une tentative de putsch. Avant d'être repoussée par le K.P.D. (NdT : selon d'autres sources, il semblerait que le K.P.D. n'ait pris aucune part à cette action), elle parvint à arrêter Mühsam et onze autres membres du conseil central. " Erich Mühsam fut d'abord enfermé à la forteresse d'Ansbach.
Lorsque commencèrent les procès contre les meneurs de la République des conseils (NdT : après que celle-ci eut été liquidée), l'accusation contre lui fut transformée en plainte en diffamation. Il fut condamné comme " agent provocateur " à 15 ans de prison et fut conduit à Niederschônenfeld. Réflexions et bilan " C'est seulement à partir des faits bruts, que l'on peut juger la portée de cette période sur l'évolution de Mühsam. Dans la période qui avait précédé la Révolution de novembre et la République des conseils, il avait manifestement manqué de soutien au sein du mouvement ouvrier. " Ses efforts pour se créer, de ses propres forces, des appuis au sein du groupe Action devaient nécessairement s'enliser dans les limites d'un groupe restreint.
D'une manière générale, la gauche révolutionnaire bavaroise n'était pas non plus particulièrement florissante en 1918 (... ). C'est seulement à lami-décembre 1918 que se forma le groupe local du K.P.D. de Munich (...). Mais ce groupe local s'était à peine consolidé qu'il inclina vers des idées anarchistes. Comme, en outre, un forum permettant un certain progrès pour tous les radicaux de gauche avait vu le jour avec la fondation du R.A.R. et comme les conceptions anarchistes semblèrent aussi reprendre de l'influence (les bolchevicks avaient fait leur le slogan anarchiste :" Tout le pouvoir aux conseils "), Mühsam crut avoir trouvé son rôle comme médiateur. " Bien que ses appels à l'unité fussent restés sans réponse de la part du K.P.D., il demeurait pourtant convaincu, d'après l'expérience munichoise, de parvenir à restaurer une alliance entre les disciples de Marx et de Bakounine.
Dans une lettre au Knief de Brême en 1919, il écrit : " Les méthodes théoriques et pratiques d eLénine pour réaliser la révolution jettent un pont sur lequel peuvent se rencontrer les disciples de Bakounine et d'un Marx débarrassé de Kautsky et de Bernstein (... ). " Comme cela apparaît dans le tract du11 avril, déjà cité, l'idée centrale qui, selon lui, devait permettre l'alliance, était l'idée des conseils. " A cette époque, Mühsam ne pouvait prévoir que les bolchevicks s'étaient appropriés la revendication populaire des soviets par tactique et que, par la suite, ils liquideraient les soviets dès que leur parti se serait installé en situation de pouvoir ( ... ).
Toutefois, la tentative de Mühsam de rassembler des éléments bolchevicks et anarchistes doit être perçue comme un essai d'adaptation de la théorie anarchiste au stade de développement des méthodes révolutionnaires.
Le succès de l'idée des conseils au sein du mouvement anarchiste allemand peut lui être essentiellement attribué... " (8).

Philippe Groupe Kropotkine

(1) WHAUG, " Erich Mühsam, Schriffsteller des Révolution -, p. 31.
(2)Fondée en avril 1911, cette revue mensuelle fut publiée par Mühsam jusqu'à la guerre. La seconde série de" Kain " fut éditée de novembre 1918 jusqu'à l'arrestation de Mühsam, en avril 1919.
(3) W. HAUG, " Erich Mühsam,... " pp. 32-33.
(4) Ernst Toller qui fut influencé à la fois par K. Eisner et G. Landauer, fut Président du Conseil des commissaires du peuple jusqu'au 13 avril. Pour plus de renseignements, se reporter à l'article sur Ernst Toller qui sera publié la semaine prochaine. La proclamation de la République des conseils de Bavière, intitulée " Au peuple de Bavière ", futrédigée conjointement par Landauer et Mühsam.
(6) Cette position doit être rapprochée de celle de Malatesta lors du mouvement d'occupation des usines en 1920 (cf. ses articles " Front unique prolétarien " - du 8 août 1920 et " Notre tâche actuelle " - du 21 août1921).
(7) Eugen Leviné fut envoyé à Munichpar la direction du K. P. D en mars 1919, pour rétablir l'ordre dans les rangs du parti et mettre fin d l'unité d'action pratiquée jusque là par les anarchistes et les communistes.
(8) W. HAUG, " Erich Mühsam, ... ", pp.36-40.

un numéro de la revue Kain

 

  

2è congrès régional du 12 février 1919
Gouliaï Polié - Ukraine

Le batko Makhno approuve la résolution proposée par l'union des anarchistes, les SR de gauche, les insurgés et le présidium du congrès.
Elle est adoptée par 150 voix pour, 29 voix contre et 20 abstentions.
La résolution juge sévèrement le bolchevisme :

" Les commissaires politiques et autres désignés par le gouvernement, non élus par nous, surveillent chaque pas des soviets locaux et répriment impitoyablement les camarades paysans et ouvriers qui prennent position pour la défense de la liberté du peuple contre les représentants du pouvoir central. Celui-ci, baptisé gouvernement ouvrier-paysan de Russie et d'Ukraine, obéit aveuglément au parti des bolcheviks-communistes qui, dans les intérêts étroits de leur parti, persécutent de manière ignoble toutes les autres organisations révolutionnaires. S'abritant derrière le slogan de " dictature du prolétariat ", les communistes-bolcheviks ont décrété leur monopole de la révolution, considérant tous ceux qui ne pensent pas comme eux comme des contre-révolutionnaires.
Le pouvoir bolchevik arrête et fusille les SR de gauche et les anarchistes, interdit leurs journaux, étouffe toute manifestation de la parole révolutionnaire. "Pour démontrer son pouvoir, le gouvernement bolchevik a entamé, sans consulter les ouvriers et les paysans, de nouveaux pourparlers avec les gouvernements alliés des impérialistes, leur promettant toutes sortes d'avantages et de concessions et leur permettant d'amener des troupes en certains endroits de la Russie, qui passent ainsi sous l'influence des Alliés."

Le 2e congrès régional des combattants du front, des insurgés, des ouvriers et des paysans de la région de Gouliai-Polié, appelle les camarades paysans et ouvriers à surveiller avec vigilance les actions du gouvernement soviétique-bolchevik, lequel constitue en raison de ses actes une menace véritable pour la révolution ouvrière et paysanne.
Que des différentes organisations révolutionnaires existent, exprimant librement leurs idées, rien que de très normal, mais nous ne permettrons pas à aucune d'entre elles de s'ériger en pouvoir unique et d'obliger toutes les autres à marcher sous sa houlette.
Dans notre lutte insurrectionnelle, nous avons besoin d'une famille fraternelle d'ouvriers et de paysans, qui défende la terre, la vérité et la liberté.

Le2e congrès régional appelle avec insistance les camarades ouvriers et paysans à édifier eux-mêmes, sur place, sans aucune contrainte ou décrets, en dépit de tous les oppresseurs et agresseurs du monde entier, une société libre sans seigneurs ni maîtres, sans esclaves soumis, sans riches ni pauvres. "Le congrès salue tous les ouvriers et paysans de Russie qui luttent en commun avec nous contre l'impérialisme mondial.
Abas les commissarocrates et les représentants auto désignés !
A bas les tchékas, la nouvelle Okhrana !
Vivent les soviets ouvriers-paysans librement élus !
A bas les soviets exclusivement bolcheviks !
A bas les accords entre la bourgeoisie russe et internationale Honte au gouvernement socialiste qui mène des pourparlers avec les Alliés impérialistes !
Vive la Révolution Socialiste mondiale.

" Le congrès adopte ensuite une résolution " contre les pillages, les agressions et les pogromes anti-juifs, accomplis par divers individus suspects, qui se couvrent du nom des honnêtes insurgés ".
A propos des pogromes anti-juifs, cette résolution arrête la position suivante : " L'antagonisme national, qui a pris en certains endroits la forme de pogromes anti-juifs, est l'héritage du régime autocratique. Le gouvernement tsariste avait excité les masses populaires inconscientes contre les Juifs, en espérant ainsi rejeter la responsabilité de ses crimes sur la masse juive pauvre et détourner de cette façon l'attention du peuple laborieux des véritables causes de leur misère : le joug de l'autocratie tsariste et de ses soudards.
" L'internationalisme du mouvement s'exprime par les points suivants de la résolution :
* Les opprimés et exploités de toutes nationalités et de toutes convictions se sont soulevés, en solidarité avec la révolution russe et la révolution sociale mondiale qui vient. Les ouvriers et paysans de tous pays et de toutes nationalités se trouvent devant une grande tâche commune : le renversement du joug de la bourgeoisie, de la classe des exploiteurs, le renversement du joug du capital et de lEtat, en vue d'instaurer un nouveau régime social, fondé sur la liberté, la fraternité et la justice.
* Les exploités de toutes nationalités, qu'ils soient Russes, Polonais, Lettons, Arméniens, Juifs ou Allemands, doivent s'unir en une grande communauté solidaire d'ouvriers et paysans, puis par une puissante attaque, porter le dernier coup décisif à la classe des capitalistes, des impérialistes et de leurs serviteurs, afin de se débarrasser définitivement des chaînes de l'esclavage économique et de l'asservissement spirituel.
" A bas le capital et le pouvoir !
A bas les préjugés religieux et la haine nationale
Vive la Révolution Sociale !

" Sur la question de l'organisation du front, le congrès, rejetant la mobilisation " contraignante " prend position pour la mobilisation " obligatoire " : " Chaque paysan, apte à porter les armes, doit lui-même reconnaître son devoir de rejoindre les rangs des insurgés et de défendre les intérêts de tout le peuple laborieux d'Ukraine. "

Sur la question agraire, le congrès adopte une résolution, fondée sur le s principes suivants :
" La terre n'appartient à personne et seuls peuvent l'utiliser ceux qui la travaillent ; la terre doit passer aux mains de la paysannerie laborieuse d'Ukraine gratuitement, selon une norme égalitaire de travail, c'est-à-dire qu'elle doit garantir les besoins de chacun, selon les normes établies, et être travaillée personnellement par chacun.
Jusqu'à la résolution radicale de la question agraire, le congrès souhaite que les comités agraires locaux établissent immédiatement l'inventaire de toutes les terres des grands propriétaires terriens, des terres communales et de toutes les autres, puis qu'ils les répartissent entre les paysans sans terre ou qui n'en possèdent qu'insuffisamment, en leur fournissant le matériel d'ensemencement. "

 

 

L'affaire Sacco - Vanzetti 1920 /1927

L'affaire Sacco et Vanzetti qui s'est ouverte sur le procès d'un crime d'Etat a pris les proportions d'un grand procès mondial dans la lutte de classes. Les guerres, les événements politiques ont pu masquer les problèmes qui furent soulevés à l'époque mais l'assassinat des deux anarchistes italiens reste encore aujourd'hui le symbole pour la classe laborieuse de l'émancipation internationale des exploités et du courage anarchiste.
La télévision a diffusé récemment l'excellent film réalisé sur le procès de Sacco et Vanzetti et le public a pu, une fois de plus, prendre en considération le courage et l'honnêteté de ces gens qui dirigent l'information et les débats, en refusant aux anarchistes et plus précisément à la fédération anarchiste de défendre face aux charognards communistes ou atlantistes ceux qui ne pourront jamais être récupérés par les politiciens.
La présence de la soeur de Bart Vanzetti et du petit-fils de Nicola Sacco dans ce débat tronqué et écoeurant déroutait le spectateur honnête qui voulait apprendre quelque chose sur les victimes du capitalisme et de l'intolérance et non sur les impressions de leurs bourreaux, cinquante ans après.
Afin de rendre hommage à nos deux camarades qui dorment à jamais au fond de nos coeurs et dont la pensée nous anime pour pousser ardemment nos efforts dans la lutte pour l'anarchisme et essayer d'atténuer l'infamie perpétrée par les faux apôtres de la liberté que sont les gens de la télévision et du parti communiste, nous rappellerons qui ont été Sacco et Vanzetti, et dans quelles circonstances leurs vies de militants anarchistes ont été sacrifiées sur l'autel de l'intolérance et de l'injustice étatique.
Nous nous associons à Louisa Vanzetti dans son combat entrepris depuis des années pour la réhabilitation des deux compagnons anarchistes Bartholomeo Vanzetti et Nicola Sacco, bien que nous ne reconnaissions aucune justice étatique, et lui apportons notre soutien fraternel et moral.

BARTHOLOMEO VANZETTI

" Sans nom dans la foule des sans nom ", ainsi s'est-il décrit dans l'autobiographie de vingt pages qu'il a rédigée dans la prison de Charlestown : Histoire d'une vie de prolétaire. Bartolomeo était né en 1888 dans un petit village du Piemont : Villafalleto.
Doué pour l'étude et d'une intelligence particulièrement éveillée, il aurait pu, selon ses professeurs devenir enseignant ou même un savant. Son père, estimant que les études étaient trop coûteuses, préféra le placer comme apprenti pâtissier plutôt que de le laisser continuer à étudier. De place en place, besognant de ville en ville, il attrapa une pleurésie si grave que son père vint le chercher à Turin début 1907 pour le ramener à la maison. Les jours qu'il passa chez lui, soigné admirablement par sa mère, ont été, a-t-il écrit plus tard les plus beaux de sa vie.
Mais ce bonheur fut éphémère, car sa mère atteinte d'un cancer devait mourir au bout de trois mois d'agonie. Vanzetti la soigna avec le même dévouement et la même tendresse qu'elle avait eue pour le soigner. Il s'embarqua au Havre pour l'Amérique après avoir traversé la France à pied. De New York à Plymouth. Bartolomeo a trimé dur, errant de ville en ville, faisant tous les métiers au bas de l'échelle sociale.
Pour combler son manque d'instruction, il avait lu Darwin, Spencer, Hugo, Zola et Tolstoï mais il était depuis longtemps convaincu que seule l'anarchie délivrerait l'humanité de ses chaînes et il étudiait les oeuvres de Proudhon, Kropotkine et Malatesta qu'il affectionnait particulièrement. Tout d'abord employé à la Compagnie de Cordages de Plymouth comme la plupart des Italiens immigrés, il ne reprit jamais son emploi après une longue grève de revendication salariale en 1916.
Un ami repartant pour l'Italie lui revendit sa charrette à bras et son fond de commerce de poissons. C'est ainsi qu'il devint très connu et très aimé dans le quartier. Pommettes saillantes, moustache tombante, l'ami des enfants qui l'appelaient "Bart ", effectuait tous les jours ses livraisons de poissons en poussant sa baladeuse dans ces rues très pauvres essentiellement peuplées d'Italiens et de Portugais.

NICOLAS SACCO

Il était né en 1891, d'une famille de dix-sept enfants à Torremaggiore.
Comme pour Vanzetti, les années passées au village de leur enfance étaient les plus belles et les plus douces qu'il ait vécu. A quatorze ans, il quittait l'école pour aller travailler aux champs. Avec son frère Sabino, ils rêvaient de voyages, de partir aux Amériques. Ils partirent un jour de 1908 et débarquèrent à Boston Est.
Nicolas avait 17 ans. Sabino ne supporta pas longtemps l'exil, la vie d'immigrant et moins d'un an après il repartait au pays. Nico persista. Il apprit un métier et devint spécialiste en fabrication de chaussures. En 1913, il adhéra au groupe anarchiste local " Circolo di Studi Sociali " et participa à l'organisation de meetings, dans les villes voisines, distribua tracts et brochures, ouvrit des souscriptions pour les grévistes et accueillit Tresca et Galleani, révolutionnaires anarchistes très connus. En 1916 son groupe organisa un meeting à Milford dans le but de recueillir des fonds pour soutenir les grévistes d'une usine dans le Minnesota.
La préfecture n'ayant pas autorisé cette manifestation, les orateurs furent arrêtés et parmi eux, Sacco. Il fût condamné à une amende et c'est là, la seule peine qu'il a encouru avant son arrestation dans le tramway de Brokton une certaine nuit de mai.

LE CONTEXTE SOCIAL

L'Amérique entrant dans le conflit de la première guerre mondiale, la propagande anarchiste consista essentiellement à déconseiller aux travailleurs de servir dans l'armée. La seule opposition à la guerre venait des I.W.W., les " Wobblies " et des anarchistes.
En 1919, l'Amérique bafoue le traité de paix, renvoie des immigrés tels qu'Emma Goldmann. Cette année-là est une année de violence. Deux jours avant le retour du président Wilson de Paris, de la conférence de la Paix, deux membres d'un cercle anarchiste espagnol, " Grupo pro Prensa " à Philadelphie, furent accusés et arrêtés pour avoir voulu attenter à la vie du président. Quelques temps plus tard, le maire de Seatle, qui combattait "le danger rouge" reçut une bombe dans un paquet postal.
Le lendemain, Thomas Hardwick, ex-président de la Commission de l'immigration reçut le même cadeau. On compta ainsi 37 paquets contenant des bombes destinées à diverses personnalités dont Olivier Wfendell Ilolmes, président de la Cour Suprême des Etats-Unis et l'avocat général Palmer.
Le 1er Mai fut particulièrement violent, batailles de rues, meetings monstres, assassinats dans les manifestations ajoutèrent à la terreur populaire américaine.
Luigi Galleani, une figure très connue et estimée de l'anarchisme, fut condamné à la déportation pour la publication de sa célèbre Cronaco Soversica. Peu après des bombes éclatèrent dans huit grandes villes. Le climat de violence, de terrorisme impulsé par les autorités et les éléments provocateurs indignait le peuple américain qui était hanté par les manoeuvres étrangères.
Entre l'activiste anarchiste et le militant qui exerce sa propagande sur les lieux de son travail, dans son quartier, par la parole, son comportement, il y a tout un monde social et idéologique, mais pour beaucoup l'amalgame des deux en terroriste criminel était un excellent prétexte pour repousser les étrangers. Sacco et Vanzetti avaient la réputation d'être des idéalistes et non des hommes d'action. Cependant contre les menées répressives et démesurées des autorités qui inculpaient et emprisonnaient tout ce qu'elles voyaient teinté de rouge (le 2 janvier 1920, 6 000 mandats d'arrêts étaient prêts pour les étrangers afin de les déporter. Des milliers de prisonniers défilaient dans les rues enchaînés) les anarchistes ne pouvaient rester silencieux et inactifs.
Par les tracts, la littérature, les conférences, les grèves, les occupations, ils restaient en contact avec le prolétariat.

Le 15 avril 1920, le caissier et son garde de l'usine de chaussures de South Shore à South Braintee sont attaqués et les deux valises contenant la paye des ouvrier leur sont dérobées. Ils décéderont quelques heures après.
Le 5 mai 1920, dans un tramway de Brokton, on arrête deux usagers.
Il s'agit de Sacco et Vanzetti. Ils sont armés.
On leur dit qu'on les suspecte et que c'est pour cela qu'on les emprisonne. C'est la première fois qu'ils sont incarcérés. La seule charge qu'on retienne contre eux est le port d'armes prohibées. Ils plaident coupables par le biais d'un avocat nommé d'office, William Callahan. Le juge chargé de l'affaire décida de les retenir sans caution, en vertu d'un décret de temps de guerre qui autorisait la détention d'individus suspects de crimes.
A partir de cet instant, l'infernale machine judiciaire est mise en route.
A tout prix il fallait que ces deux là endossent les crimes du hold-up du 15 avril.
Il fallait qu'ils soient italiens, que l'un soit petit et brun et que l'autre ait une moustache tombante. Sacco et Vanzetti devaient faire l'affaire... Elle dura sept ans.

 

Tract en faveur de Sacco et Vanzetti édité par l'Union anarchiste en 1921 ;

Moins d'un an après l'arrestation des deux anarchistes italiens, tous les anarchistes latins immigrés en Amérique se mobilisèrent en comité de défense et de soutien, la libération de Sacco et de Vanzetti étant leur affaire. Dans ce pays où les idées subversives étaient traquées avec une fureur inquisitoriale, à travers la procès des 2 militants anarchistes, c'était l'organisation et les idées libertaires qu'on cherchait à décimer.
Le but recherché n'échappait à personne : démontrer que les anarchistes n'étaient que des bandits et des criminels à l'opinion publique. Vanzetti fut jugé une première fois. On le condamna pour attaque à main armée à quinze ans de travaux forcés.
Cinq jours après cette condamnation, une bombe explose à Wall Street tuant dix personnes.
On impute ce crime tout naturellement aux anarchistes.
Le 28 septembre 1920, Sacco et Vanzetti comparaissent ensemble devant le tribunal, plaidant non coupables, défendus par le célèbre avocat ouvriériste, Fred Moore. Le procès a duré des semaines. Les témoignages, les accusations, la haine implacable du juge Thayer, la fougue de Moore, la lâcheté des jurés ont fait de ces journées la bataille oratoire la plus infâme contre le mouvement ouvrier, et contre le liberté d'opinions.

La condamnation à mort de Sacco et de Vanzetti a déclenché à travers le monde une véritable conscience de classe dans le prolétariat.
Dans toutes les grandes villes européennes d'énormes et fracassantes manifestations ouvrières ont assiégé les ambassades. Pour les communistes et leur parti, Sacco et Vanzetti étaient des pions sur l'échiquier de la lutte des classes, symbole commode à exploiter pour que le sang des martyrs anarchistes soit un jour un fleuron pour le parti communiste.
Il ne faut pas perdre de vue que si la chasse à l'anarchiste poussait les notables américains à des actes impardonnables de lâcheté, en Russie, sous les couleurs du communisme, c'était le nettoyage par le vide de tous les anarchistes et de leur système fédératif (Kronstadt, 1921).
Pendant des mois, des années, on attend que le juge Thayer casse le jugement.
cinq motions lui sont présentées par F. Moore ; toutes rejetées.
Moore abandonne l'affaire sur la demande des deux inculpés.
En prison, Sacco et Vanzetti continuent ardemment à s'instruire, à lire.
Vanzetti traduit Guerre et Paix, écrit un livre " Evénements et victimes ". On ne comprend pas bien ce qui retenait la justice américaine devant l'exécution. un an d'attente, de motions rejetées, de discussions avec le Commonwealth.
Des millions ont été recueillis par le Secours Rouge dans tous les pays du monde pour faire échapper à la mort Sacco et Vanzetti. En fait les deux martyrs leur servaient pour s'affirmer en Amérique en défenseur des opprimés et pour empocher la solidarité internationale. Ces fonds ont été détournés par ce secours du parti communiste. Cela est si indigne que le Comité de Défense de Sacco et Vanzetti imprima dans son bulletin : " Nous sommes absolument opposés à la collecte des fonds et à l'utilisation de cette cause en vue d'intérêts politiques et économiques. " Sacco et Vanzetti refusèrent de se laisser défendre et manipuler par l'Internationale communiste.
Un gangster du nom de Madeiros avoua certain jour que c'était lui avec deux complices qui était l'auteur du hold-up de South Braintee, que Sacco et Vanzetti n'y étaient pour rien.
Thayer a refusé de reconsidérer l'affaire.
Il fallut faire monter le courant à 300 volts pour anéantir dans la chaise ces deux corps encore robustes qui criaient Vive l'anarchie .

Carmen - le Monde Libertaire (traduit de Solidaridad Obrera)

 

 

 

 

 

 

 

la colonne Durruti
Hommage de Carl Einstein.

L'éloge posthume de Durruti qui suit est dû à la plume de Carl Einstein, un écrivain allemand qui combatit dans la Colonne Durruti en 1936.
Ce texte avait été rédigé pour la radio de la CNT/FAI, Radio Barcelone , et publié dans le Deutscher Informatlonsdienst der CNT-FAI , Barcelone 1936 par H. Ridiger, un anarchiste allemand chargé de l'information, H.M. Enzersberger qui cite cette brochure dans la bibliographie de son livre Le bref été de l'anarchie , Paris 1973, ne fait pas état de ce texte de l'écrivain allemand.
Carl Einstein (né à Neuwied en Allemagne, en 1885, mort en France en 1940) était écrivain et historien de l'art. C'est un des représentants les plus importants, et parmi les moins connus en France, du mouvement expressionniste allemand.
Il a fait connaître l'art africain en Allemagne (Negerplastlk, 1915), le cubisme et la peinture de Picasso. Il a écrit une oeuvre révolutionnaire pour la compréhension des arts plastiques et de la peinture : L'An du siècle (1926). En 1928, Il est venu s'établir en France, précédant la vague d'émigration allemande de 1933. Il a fondé avec Georges Bataille et Michel Leirls la revue Documents qui parut en 1929 et 1930.
Autodidacte en révolte perpétuelle contre toutes les Institutions et les pouvoirs, il prit part à la guerre d'Espagne dans les rangs anarchistes. Réfugié dans le Midi pour échapper aux nazis, il s'est suicidé en 1940.
M. S. Rollin

timbres édités par la CNT

 

Notre colonne apprit la mort de Durruti dans la nuit.
On parla peu. Sacrifier sa vie va de soi pour les camarades de Durruti.
Quelqu'un dit à mi-voix " C'était le meilleur de nous tous ".
D'autres crièrent dans la nuit " Nous le vengerons ". La consigne du lendemain fut " Venganza " (vengeance).
Durruti, cet homme extraordinairement objectif et précis, ne parlait jamais de lui, de sa personne. Il avait banni de la grammaire le mot " moi ", ce terme préhistoire.

Dans la colonne Durruti, on ne connaît que la syntaxe collective. Les camarades enseigneront aux écrivains à changer la grammaire pour la rendre collective. Durruti avait eu l'intuition profonde de la force anonyme du travail. Anonymat et communisme ne font qu'un.
Le camarade Durruti vivait à des années-lumière de toute cette vanité des vedettes de gauche. Il vivait avec les camarades, il luttait en compagnon. Son rayonnement était le modèle qui nous animait. Nous n'avions pas de général ; mais la passion du combat, la profonde humilité face à la Cause, la Révolution, passaient de ses yeux bienveillants jusqu'à nos coeurs qui ne faisaient qu'un avec le sien, lequel continue à battre pour nous dans les montagnes.

Nous entendrons toujours sa voix ; Adelante, adelante.
Durruti n'était pas un général, il était notre camarade. Cela n'est pas décoratif, mais dans cette colonne prolétarienne, on n'exploite pas la Révolution, on ne fait pas de publicité. On ne pense qu'à une chose : la victoire et la Révolution.
Cette colonne anarcho-syndicaliste est née au sein de la Révolution. C'est elle qui est sa mère. Guerre et Révolution ne font qu'un pour nous. D'autres auront beau jeu d'en parler en termes choisis ou d'en discuter dans l'abstrait. La Colonne Durruti ne connaît que l'action, et nous sommes ses élèves. Nous sommes concrets tout simplement et nous croyons que l'action produit des idées plus claires qu'un programme progressif qui s'évapore dans 1a violence du Faire.

La Colonne Durruti se compose de travailleurs, des prolétaires venus des usines et des villages. Les ouvriers d'usine catalans sont partis en guerre avec Durruti, les camarades de la province les ont rejoints. Les agriculteurs et les petits paysans ont abandonné leurs villages, torturés et avilis par les fascistes, ils ont passé l'Ebre de nuit.
La Colonne Durruti a grandi avec le pays qu'elle a conquis et libéré. Elle était née dans les quartiers ouvriers de Barcelone, aujourd'hui elle comprend toutes les couches révolutionnaires de Catalogne et d'Aragon, des villes et des campagnes. Les camarades de la Colonne Durruti sont des militants de la CNT-FAI.
Nombre d'entre eux ont payé de peines de prison pour leurs convictions. Les jeunes se sont connus aux Juventudes Libertarias. Les ouvriers agricoles et les petits paysans qui nous ont rejoints sont les mères et les fils de ceux qui sont encore réprimés là-bas. Ils regardent vers leurs villages. Nombre de leurs parents, pères et mères, frères et soeurs ont été assassinés par les fascistes. Les paysans regardent vers la plaine, dans leurs villages, avec espoir et colère. Mais ils ne combattent pas pour leur hameau ni pour leurs biens, ils se battent pour la liberté de tous.
Des adolescents, presque des enfants, se sont enfuis chez nous, des orphelins dont les parents avaient été assassinés. Ces enfants se battent à nos côtés. Ils parlent peu, mais ils ont vite compris bien des choses. Le soir au bivouac, ils écoutent les plus âgés. Certains ne savent ni lire ni écrire. Ce sont les camarades qui leur apprennent. La Colonne Durruti reviendra du champ de bataille sans analphabètes.
Elle est une école.

La Colonne n'est organisée ni militairement ni de façon bureaucratique. Elle a émergé de façon organique du mouvement syndicaliste. C'est une association social-révolutionnaire, ce n'est pas une troupe. Nous formons une association des prolétaires asservis et qui se bat pour la liberté de tous. La Colonne est l'oeuvre du camarade Durruti, qui a déterminé leur esprit et encouragé leur liberté d'être jusqu'au dernier battement de son coeur. Les fondements de la Colonne sont la camaraderie et l'autodiscipline. Le but de leur action est le communisme, rien d'autre.
Tous, nous haïssons la guerre, mais tous nous la considérons comme un moyen révolutionnaire. Nous ne sommes pas des pacifistes et nous nous battons avec passion. La guerre -cette idiotie complètement dépassée- ne se justifie que par la Révolution sociale. Nous ne luttons pas en tant que soldats, mais en tant que libérateurs.
Nous avançons et prenons d'assaut, non pour conquérir de la propriété mais pour libérer tous ceux qui sont réprimés par les capitalistes et les fascistes. La Colonne est une association d'idéalistes qui ont une conscience de classe. Jusqu'à présent, victoires et défaites servaient au capital qui entretenait des armées et des officiers pour assurer et agrandir son profit et sa rente.

La Colonne Durruti sert le prolétariat. Chaque succès de la Colonne entraîne la libération des travailleurs, quel que soit l'endroit où la Colonne a vaincu. Nous sommes des communistes syndicalistes, mais nous savons l'importance de l'individu ; cela veut dire : chaque camarade possède les mêmes droits et remplit les mêmes tâches. Il n'y en a pas un au-dessus de l'autre, chacun doit développer et obéir un maximum de sa personne.
Les techniciens militaires conseillent, mais ne commandent pas. Nous ne sommes peut-être pas des stratèges, mais certainement des combattants prolétariens. La Colonne est forte, c'est un facteur important du front, car elle est constituée d'hommes qui ne poursuivent qu'un seul but depuis longtemps, le communisme, parce qu'il se compose de camarades organisés syndicalement depuis longtemps et travaillant de façon révolutionnaire.
La Colonne est une communauté syndicaliste en lutte.
Les camarades savent qu'ils luttent cette fois-ci pour la classe laborieuse, non pour une minorité capitaliste, l'adversaire. Cette conviction impose à tous une autodiscipline sévère.
Le milicien n'obéit pas, il poursuit avec tous ses camarades la réalisation de son idéal, d'une nécessité sociale. La grandeur de Durruti venait justement de ce qu'il commandait rarement, mais éduquait continuellement. Les camarades venaient le retrouver sous sa tente quand il rentrait du front. Il leur expliquait le sens des mesures qu'il prenait et discutait avec eux. Durruti, ne commandait pas, il convainquait.
Seule la conviction garantit une action claire et résolue. Chez nous, chacun connaît la raison de son action et ne fait qu'un avec elle. Chacun s'efforcera donc à tout prix d'assurer le succès à son action. Le camarade Durruti nous a donné l'exemple.
Le soldat obéit parce qu'il a peur et qu'il se sent inférieur socialement. Il combat par frustration. C'est pour cela que les soldats défendent toujours les intérêts de leurs adversaires sociaux, les capitalistes. Ces pauvres diables du côté fasciste nous en livrent le pitoyable exemple. Le milicien se bat avant tout pour le prolétariat, il veut la victoire de la classe ouvrière. Les soldats fascistes se battent pour une minorité en voie de disparition, leur adversaire, le milicien pour l'avenir de sa propre classe. Le milicien est donc plus intelligent que le soldat. C'est un idéal et non la parade au pas de l'oie qui règle la discipline de la Colonne Durruti.

Où que pénètre la Colonne, on collectivise. La terre est donnée à la communauté, les prolétaires agricoles, d'esclaves des caciques qu'ils étaient, se métamorphosent en hommes libres. On passe du féodalisme agraire au libre communisme.
La population est soignée, nourrie et vêtue par la Colonne. Quand la Colonne fait halte dans un village, elle forme une communauté avec la population. Jadis cela s'appelait Armée et Peuple ou plus exactement l'armée contre le peuple. Aujourd'hui, cela s'appelle prolétariat au travail et en lutte, tous deux forment une unité inséparable.
La milice est un facteur prolétaire, son être, son organisation sont prolétaires et doivent le rester. Les milices sont les représentantes de la lutte de classe.
La Révolution impose à la Colonne une discipline plus sévère que ne le pourrait n'importe quelle militarisation. Chacun se sent responsable du succès de la Révolution sociale. Celle-ci forme le contenu de notre lutte qui restera déterminée par la dominante sociale. Je ne crois pas que des généraux ou un salut militaire puissent nous enseigner une attitude plus fonctionnelle. Je suis sûr de parler dans le sens de Durruti et des camarades.
Nous ne nions pas notre vieil antimilitarisme, notre saine méfiance contre le schématisme militaire qui n'a apporté jusqu'ici des avantages qu'aux capitalistes. C'est justement au moyen de ce schématisme militaire qu'on a empêché le prolétaire de se former en tant que sujet et qu'on l'a maintenu dans l'infériorité sociale. Le schématisme militaire avait pour but de briser la volonté et l'intelligence du prolétaire. Finalement, et en dernier lieu, nous luttons contre les généraux mutins.
Le fait de la rébellion militaire prouve la valeur douteuse de la discipline militaire. Nous n'obéissons pas aux généraux, nous poursuivons la réalisation d'un idéal social qui fait sa part à la formation maximale de l'individualité prolétaire. La militarisation, par contre, était un moyen jusqu'alors populaire d'amoindrir la personnalité du prolétaire.

Nous accomplirons tous et de toutes nos forces les lois de la Révolution.
La base de notre Colonne, ce sont notre confiance réciproque et notre collaboration volontaire. Le fétichisme du commandement, la fabrication de vedettes, laissons cela aux fascistes. Nous restons des prolétaires en armes, qui se soumettent volontairement à une discipline fonctionnelle. On comprend la Colonne Durruti si l'on a saisi qu'elle restera toujours la fille et la protection de la Révolution prolétarienne. La Colonne incarne l'esprit de Durruti et celui de la CNT-FAI.
Durruti continue à vivre dans notre Colonne.
Elle garantit son héritage dans la fidélité. La Colonne lutte avec tous les prolétaires pour la victoire de la Révolution.
Honneur à notre camarade tombé au combat.
Honneur à Durruti.

Carl Einstein

Exposition en homage à Durruti. 26è Division.
La 26è division est le nom que prit la Colonne Durruti après la militarisation des milices.

 

 

 

 

 

 

 

Le rôle des coopératives dans les collectivités en Aragon 1936 - 1939
Extrait du livre de Felix Carasquer paru aux Editions CNT

 

La coopérative du Peuple :

Bien que les Collectivités soient l'objet principal de cette étude, il convient de porter une attention spéciale à la coopérative. C'est cette institution qui permit de coordonner, de la manière la plus égalitaire possible, les relations économiques entre tous les habitants de la contrée.
Comme le commerce spéculatif avait été aboli en Aragon, tous les gens, aussi bien les membres de la collectivité que ceux qui n' ' y appartenaient pas, venaient à la coopérative pour se fournir en tout ce dont ils avaient besoin, qu'il s'agisse d'articles alimentaires ou de vêtements, de chaussures, d'articles domestiques ou de semences, d'engrais, d'herbicides on de toute autre chose pour les champs, de la Même manière qu'ils y déposaient leurs excédents de récolte.

Hélas, ce modèle exemplaire de la coopérative autogérée par tout le peuple a été peu étudié, bien qu'il ait été un des organismes les plus précieux de cette période. C'est la coopérative, en effet, qui facilita le passage à une économie socialisée sans léser personne et servit même, en de multiples occasions, à renforcer l'amitié et l'entraide.

Il convient de signaler que dans quelques localités - très peu nombreuses- où 100 % de la population faisait partie de la collectivité, c'était celle-ci qui contrôlait et dirigeait la production ainsi que la distribution et qui se chargeait du développement économique de la commune. Dans les autres villages, où 50, 60 ou 80 % des habitants étaient membres de la collectivité, on créa la coopérative pour que les uns et les autres puissent s'approvisionner selon leurs besoins, et cela à égalité de conditions selon les règles é

tablies dans chaque localité. La coopérative fonctionnait, tout comme la collectivité suivant le régime des assemblées, dans lesquelles tous les habitants. jouissaient de la même faculté d'intervention, sans discrimination d'aucune sorte.


Il faut également dire, pour bien situer chacun à sa place qui lui revient, que si les individualistes participaient par leur aide à la fourniture de vivres pour le front, en revanche ils ne contribuèrent pas aux nombreuses innovations qui furent menées à bien, comme l'installation du courant électrique dans les diverses agglomérations et le téléphone dans d'autres, améliorations que les collectivités firent pour leur compte, sans rien demander aux autres habitants bien que chacun ait ainsi bénéficié de ces services. De la même façon, quand à Binéfar, on construisit un hôpital à l'initiative des collectivités et avec la contribution du canton, cela se fit sans la contribution des individualistes. Cependant, quand ceux-ci eurent besoin de ses services, ils furent soignés avec la même attention que les autres malades membres des collectivités. A lui seul, ce fait, exemple de solidarité à l'égard des détracteurs du système, met bien en évidence les sentiments de compréhension et de tolérance qui inspiraient généralement le projet collectiviste et en même temps la fausseté de la campagne diffamatoire qui se déchaîna contre lui en s'appuyant sur des critères qui furent bien loin d'être objectifs et désintéressés. Mais revenons à la coopérative. Dans la zone et la période qui nous occupent, cet organisme fut créé dans presque tous les villages grâce aux collectivistes, lesquels mirent à l'épreuve leur initiative pour procéder aux ajustements économiques que la période exigeait. Parce que, s'il est vrai qu'en Aragon il y a eu depuis longtemps des coopératives, spécialement dédiées à la consommation, elles furent toujours de peu d'importance et vécurent peu de temps. C'est lorsque éclata la guerre civile et que fut aboli le commerce spéculatif à l'initiative des collectivités que sa nécessité fut vivement ressentie par tous - individualistes et collectivistes - face à la nécessité impérieuse d'articuler les échanges économiques à l'intérieur et à l'extérieur de la région, de façon à permettre la prévention et le contrôle de toute opération spéculative ou frauduleuse.

 

Il est important de signaler que si ce sont bien les collectivistes, comme on l'a déjà dit qui proposèrent et dynamisèrent la coopérative ; tout ce qui, une fois cet organisme créé, allait relever de son fonctionnement serait l'ouvre de ses membres réunis en assemblées, dans lesquelles tous avaient la parole sans nulle discrimination et où on élisait les hommes ou les femmes du Conseil d'administration, élection qui pouvait échoir - comme cela arriva en de nombreuses occasions à des individus qui n'appartenaient pas à la collectivité.

Il était également dans l'intention des collectivistes de fédérer les coopératives pour pouvoir disposer d'une fédération régionale - à leurs yeux, l'organe coordinateur par excellence afin d'orienter l'économie du la Région. Mais on manqua de temps pour cela et c'est pourquoi la fédération régionale des Collectivités qui se chargea je cette tâche. La fonction de la coopérative se réduisit donc à l'échelon strictement local, son principal objectif étant l'ordonnancement économique de sa localité. On utiliserait dans ce but les procédés qui seront exposés dans les lignes suivantes.
La coopérative disposait, pour chaque famille d'un compte ouvert dans lequel étaient consignées scrupuleusement toutes les transactions réalisées au fil des jours entre les deux entités. En même temps, ces opérations étaient répertoriées sur un livret spécial qui restait toujours en possession de son titulaire. Et si chaque famille individualiste tt disposait de son compte ouvert, les familles de la collectivité furent englobées dans un seul compte, avec son livret correspondant. C'est-à-dire que, sur le plan de l'ordonnancement économique, la collectivité représentait pour la coopérative une unité familiale dont la seule différence avec les autres était d'être beaucoup plus nombreuse et ses opérations réalisées de fait et en plus grand nombre.

Au moyen de ce registre d'entrées et de sorties, on pouvait connaître, à tout moment le solde, positif ou négatif, de chaque entité familiale et, en même temps, sa capacité de production et de consommation en regard de la planification la plus rationnelle, aussi vite qu'il était nécessaire et chaque fois qu'on le jugeait utile. Quand il s'agissait ensuite de planifier les cultures, de réguler les échanges et de développer les troupeaux ou d'organiser au prorata l'envoi de vivres sur le front, on pouvait connaître rapidement les possibilités de chaque famille -y compris la collectivité- et établir les critères les plus justes.

Mais, à toutes ces possibilités il faudrait en ajouter d'autres qui ne sont pas de moindre importance pour une société qui veut s'ouvrir à la liberté par la solidarité et le plus grand respect entre les membres qui la composent. C'est ainsi que, si la coopérative fut si utile pour le développement économique, elle le fut encore plus comme école d'apprentissage de la vie en commun. En effet, grâce à l'impératif des échanges économiques qui réunissait en son sen, collectivistes et individualistes, les deux secteurs se rejoignirent dans ses assemblées où, par le truchement du dialogue, ils purent se connaître mieux et ouvrir des voies inédites à la coopération solidaire. C'est ainsi que, comme, cela fut démontré là où les villages s'organisèrent le mieux, autour de la coopérative se tissèrent des liens de confiance et d'amitié qui éliminaient les divergences et les inquiétudes, les uns et les autres se débarrassant des vieux préjugés des luttes politiques passionnées qui, analysées à fond, apparurent manquer réellement de fondement aux yeux, plus critiques qu'autrefois, de ces travailleurs aragonais,

 

les photos des collectivités

Il est démontré que les coopératives servirent de lien entre les habitants de chaque commune et que, grâce à elles, les individualistes contribuèrent à l'édification d'une économie socialisée sans que leur indépendance constitue pour autant un obstacle : comme on ne pouvait acheter de terres ni spéculer sur leurs produits, il était impossible d'accumuler des richesses ni d'exploiter qui que ce soit.

L'entraide se manifesta de multiples manières. Entre individualistes par exemple, qui s'aidaient aux travaux des champs, se prêtaient des animaux de trait, mettaient en commun certaines machines comme des égraineuses à maïs, des moulins, des nettoyeuses à blé, etc., et à d'autres moments entre eux et la collectivité, pour la réalisation de travaux importants : réparer des chemins, nettoyer des canaux, construire des digues sur les rivières, faire des réparations dans les écoles. De nombreuses personnes voyaient avec admiration le développement de la collectivité et auraient fini par la rejoindre. Si quelques-unes ne le firent pas, ce fut -d'après un aveu que j'ai pu recueillir moi-même- par fidélité à certains partis qui leur déconseillaient de se mêler aux révolutionnaires de la CNT.

Mais en matière de solidarité, les collectivistes voulurent aller plus loin en fédérant les collectivités pour constituer la fédération régionale -organe coordinateur de tout le mouvement collectiviste de la région- pour étendre l'aide à tous les cantons qui en avaient besoin. Ainsi se trouvait structuré le communisme libertaire que beaucoup d'entre eux prônaient et qui leur permettrait, en respectant la liberté des petits propriétaires, d'opter pour le régime de leur préférence, d'empêcher la résurgence du salariat -et, avec lui, de la division de la société en classes- et de l'injustice, et en même temps d'en finir avec la spéculation du marche libre, évitant ainsi l'inflation à laquelle n'échappèrent pas, comme tout le monde le sait, les autres régions espagnoles.

Ainsi, malgré la résistance forcenée que certains politiciens ambitieux, le Parti communiste et le gouvernement lui-même, opposaient avec un bel ensemble aux collectivités, celles-ci perdurèrent en Aragon jusqu'à la défaite finale et tinrent avec une grande dextérité la barre de l'économie. Les coopératives -comme on l'a dit plus haut- n'ayant encore pu se fédérer, les échanges économiques extra-régionaux, que ce soit avec la Généralité de Catalogne, avec les collectivités industrielles de cette région ou avec celles des campagnes de Valence, furent menés à bien par nos collectivités à travers leur fédération régionale avec l'approbation des Comités cantonaux et après accord de leurs assemblées.

À la pulsion mercantiliste du commerce privé -qui engendre spéculation, inégalité de distribution, inflation économique et privilèges-, avait succédé la coopération, que ce soit au travers de la coopérative au plan local ou au moyen de la fédération régionale des Collectivités pour les échanges d'intérêt régional ou extra-régional, transformant la distribution en un service au contenu égalitaire et donnant à l'économie d'Aragon une traduction nouvelle de la sécurité et de la justice. C'est ainsi que, malgré les désastres de la guerre et la convulsion sociale qui l'accompagna, les prix des produits ne bougèrent pas dans notre région quand, dans le reste de la zone républicaine, ils atteignirent des sommets. Un exemple : un pain qu'on payait soixante centimes en 1936 monta à vingt pesetas en 1938; en Aragon, son prix resta le même.

Pour l'échange de nos produits -huile, viandes, sucre, fruits, fourrage, etc.- contre les divers articles qui nous arrivaient d'ailleurs comme les tissus, les machines, les produits chimiques ou autres, le critère utilisé était au début toujours le même, c'est-à-dire que nous valorisions chaque produit selon les prix en vigueur Ln juillet 1936. Ainsi, nos échanges avec l'extérieur furent très simples pendant les premiers mois. Ensuite, pour des raisons hélas évidentes, les difficultés s'accumulèrent, et l'heureuse expérience ne put se prolonger jusqu'à l'épreuve finale de la guerre.

Cela mis à part, il vaut la peine de retenir la valeur inestimable de ce fait singulier : malgré la saignée de la guerre et grâce à la coopération économique, l'Aragon ne connut ni les effets de l'inflation ni les fluctuations fâcheuses auxquelles est irrémédiablement soumise toute économie de marché.

 

 

 

 

 

 


Felix Carasquer (1905-1993),


Il f ît savoir très tôt son peu de soumission. Entré à l'école en sachant déjà lire, l'enfant de six ans qu'il était se refusa à supporter la discipline étouffante de l'institution scolaire et se chargea lui-même de son éducation. À 14 ans, ayant quitté son village d'Albalate de Cinca pour Barcelone, il y parfait son apprentissage intellectuel et se sent très vite attiré pu l'anarchisme.

Après avoir découvert les travaux des rénovateurs de la pédagogie, il fonde une école du soir et une bibliothèque dès son retour, en 1927, dans son village natal. Une fois instaurée la Seconde République, il contribue, avec quelques autres, à faire d'Albalatee une des places fortes de la CNT. L'échec de la tentative insurrectionnelle de fin 1933, lancée en réponse à l'accession de la droite au pouvoir, le contraint à chercher refuge à Lérida. En 1935, alors qu il vient de perdre la vile, il fonde, avec ses frères Francisco et José, l'école Eliseo Reclus dans le quartier de Las Corts, à Barcelone, où on met en pratique les principes d'une pédagogie libertaire. Le déclenchement de Ia guerre civile le ramène à nouveau à Albalate de Cinca, où il participe à l'expérience des collectivisations paysannes et crée l'école de militants de Monzon.

Après la défaite, Félix Carrasquer connaît les camps d'exil d'Argelès
et du Vernet d'Ariège, dont il s'évadé en 1943. Rentré clandestinement en Espagne en tant que membre du comité régional de la CNT de Catalogne, il est arrêté une première fois, puis à nouveau en 1947. Condamné à vingt-cinq ans de prison, il est libéré au bout de douze ans et s'installe en France. A la mort de Franco, il prend part à la reconstruction de la CNT. Il se fixe définitivement à Barcelone en 1980, où il résidera jusqu'à sa mort, en 1993.

Hormis le livre cité plus haut, il laisse plusieurs brochures et quelques livres sur les expériences auxquelles il participa. Dans d'autres ouvrages dont Marxismo o autogestion, il aborde des questions plus doctrinales Il est également l'auteur de contes pour enfants (Flor de loto) et d'une pièce de théâtre, El triunfo de la pandilà.
Les éditions CNT .


En pratiquant le coopérativisme
je giffle la guerre et je consolide la révolution.

Confédération des coopératives de Catalogne
(travail, paysanerie, pêcheurs).

 

 

 

 

 

 

Congrès de la Fédération Anarchiste d'octobre 1945
Pour la grève générale expropriatrice, la gestion directe de l'économie par
les travailleurs organisés en commune libertaire.

 

La Fédération Anarchiste devant les grands problèmes actuels.
Les militants anarchistes, réunis en congrès, les 6 et 7 octobre,
puis le 2 décembre 1945, ont pris les résolutions suivantes :


Le syndicalisme,
Constatant :
Que les grands courants qui se disputent l'influence au sein de la C.G.T. ont pris une physionomie nettement réformiste.
Que les mots d'ordre des organisations syndicales s'inspirent de la collaboration avec l'Etat capitaliste et le patronat;
Que les politiciens tentent de détourner les luttes des travailleurs au profit de leurs partis respectifs, sans tenir compte des intérêts des syndiqués.
Que la prédominance de groupes syndicaux puissants représentant des intérêts extrasyndicaux au sein de la F.S.M. risque d'entraîner nos organisations syndicales dans une nouvelle guerre idéologique à la suite des impérialismes se disputant les richesses du monde.

Décident d'appeler tous les travailleurs à la lutte sur les bases suivantes :
Pour un syndicalisme de REVENDICATIONS ET DE LUTTE DE CLASSE;
Pour un syndicalisme antimilitariste et laïc ;
Pour un syndicalisme indépendant des partis politiques ;
Pour un syndicalisme expurgé d'une bureaucratie de carrière ;
Pour un syndicalisme de lutte contre toutes les guerres ;
Pour un syndicalisme militant vers son véritable but, tel que la défini la Charte d'Amiens : abolition du salariat et du patronat en vue de l'émancipation intégrale de tous les travailleurs avec, comme moyen d'action, la grève générale. Le syndicat de groupement de résistance et de combat qu'il est aujourd'hui, étant demain groupe de production et de répartition de l'économie, gérée par les travailleurs eux-mêmes.

 

La page syndicale du Libertaire.

L'Antimilitarisme
La Fédération Anarchiste décide d'intensifier la lutte antimilitariste.
Elle constate : que dans tous les pays, quelle que soit la forme de leur gouvernement, le militarisme est le meilleur outil que possède l'appareil d'Etat pour opprimer les hommes ;
Que l'existence d'une armée engendre la méfiance de l'Etat voisin dont l'objectif devient alors d'en créer une plus forte et par là même de déclencher cette course aux armements qui amène fatalement la guerre;
Que l'existence d'une armée est incompatible avec les buts que prétendent se fixer les grandes puissances alliées, signataires de la Charte de l'Atlantique ;
Que l'existence d'une armée est incompatible avec l'esprit internationaliste et la morale révolutionnaire qui doit demain régir les rapports entre les peuples ;
Que l'existence d'une armée est incompatible par les charges qu'elle impose à la nation et par l'esprit de caste qu'elle forge aux militaires, avec les buts des travailleurs du monde entier : la libération de l'Homme par la suppression de son exploitation par une minorité de privilégiés.
En conséquence, la Fédération Anarchiste condamne tous les militarismes, quels qu'ils soient, et demande la suppression de toutes les forces militaristes.

La question coloniale
Les anarchistes, réunis en Conférence Nationale, le 2 décembre 1945, après avoir pris connaissance du rapport colonial présenté par la Commission Administrative, élèvent une vigoureuse protestation contre les méthodes colonialistes des différents impérialismes ;
S'indignent que, six mois après la cessation complète des troupes appartenant à des gouvernements signataires de la Charte de l'Atlantique continuent à massacrer des populations soulevées pour défendre leur indépendance ;
Dénoncent à la conscience humaine le jeu des impérialismes libéraux à la recherche de matières premières et de bases stratégiques qui n'hésitent pas à fomenter des troubles et à se servir des légitimes aspirations des peuples coloniaux pour essayer d'évincer la concurrence.
Les anarchistes réclament pour la population d'outre-mer le droit à la liberté, au travail dans l'indépendance, le droit de disposer de leur propre destinée en dehors des rivalités de clans qui déchirent le monde actuel. Ils les assurent de leur solidarité dans la lutte qu'ils doivent mener contre l'oppression de tous les impérialismes, quel que soit le visage qu'ils prennent pour camoufler leurs appétits.

La Liberté individuelle
Constatant que la liberté absolue est un mythe, mais que la vie en société n'exclut pas toute liberté individuelle.
Constatant que la liberté individuelle et d'expression -malgré certaines propagandes et apparences- n'est respectée dans aucun pays du monde.
La Fédération Anarchiste engage ses militants à lutter de toute leur force contre la cause d'un tel état de fait, le capitalisme et son moyen d'action : l'Etat.
La Fédération Anarchiste demande que rien ne soit épargné pour que triomphe le fédéralisme libertaire, base de toute liberté ;
Convie ses militants à réagir en tout lien et tout moment dès qu'une atteinte - si minime soit-elle - est portée à la liberté de la presse, de réunion, du travail ;
S'élève contre l'esprit des nationalisations qui ne font que renforcer les pouvoirs de l'Etat et demande que lui soit substitué celui des collectivisations sous l'égide des communes libertaires.
La Fédération Anarchiste conjure tous ses adhérents à lutter contre le principe d'autorité qui régit l'Enseignement ;
S'élève contre l'école libre -génératrice d'obscurantisme et de renoncement à la lutte émancipatrice- et le monopole d'Etat. Elle s'engage à aider par sa propagande l'école rationaliste et les tentatives amorcées par nos camarades instituteurs pour la libération de l'enfant.
Tenant compte des circonstances actuelles et estimant que de deux maux il faut choisir le moindre, la Fédération Anarchiste aidera l'école laïque par tous les moyens dont elle dispose -momentanément et en faisant des réserves- dans sa lutte contre l'école confessionnelle.

La question Allemande
Les anarchistes, fidèles à leur idéal antimilitariste et internationaliste, déclarent que le prolétariat allemand actuellement aussi enchaîné qu'il y a douze ans, est mis dans l'impossibilité de se libérer et qu'il appartient au prolétariat international de contribuer à cette libération ;
Que les travailleurs du monde entier ne peuvent oublier que le développement du nazisme n'a été rendu possible qu'en raison de la détresse économique dans laquelle le capitalisme mondial avait plongé le peuple allemand ;
Que les premières victimes de la répression hitlérienne dans les camps de concentration allemands ont été d'abord les militants antifascistes et particulièrement les anarchistes allemands, ceci dès l'apparition du nazisme en 1933.
Qu'en conséquence il y a lieu de distinguer dans les responsabilités le peuple allemand et le régime hitlérien.
Ils dénoncent les manouvres du capitalisme et de l'impérialisme international qui, sous couleur de réparations, se livrent à une exploitation éhontée ; ils démontreront -à l'intérieur des syndicats et dans leur propagande que si le nazisme plaçait le peuple allemand au-dessus des autres peuples, le placer, par contre, au-dessous serait faire revivre le nazisme sous une forme nouvelle.
Ils s'insurgent contre l'emploi de la main-d'ouvre prisonnière qui ne peut profiter qu'au patronat français et concurrencer le prolétariat.
ils demandent aux syndicats d'exiger le retour chez eux des prisonniers, sans s'opposer toutefois à ce que certaines formations de volontaires telles que "S.S.", y compris tous les officiers, soient employés à des travaux dangereux, tels que le déminage.
Les anarchistes affirment aux ouvriers français que les ouvriers allemands sont aussi des victimes de classe et qu'il y a lieu de rétablir en Allemagne la liberté syndicale et d'expression. C'est dans la mesure où le peuple allemand recouvrera sa liberté qu'il pourra être facteur de paix et que les peuples n'auront pas à subir -une troisième guerre mondiale.

 

l e groupe de Toulon après la libération (1946 ou 1947)

Le problème de la Paix
La Fédération Anarchiste déclare que le problème de la paix ne peut être utilement examiné que selon les données suivantes :
Les conflits entre individus comme entre nations sont le résultat du système capitaliste et étatique. L'éducation et en général toutes les méthodes d'enseignement employés par les différentes puissances ont pour objet de prédisposer l'ensemble de la population à l'acceptation et à la défense d'un tel régime.
La Fédération Anarchiste, tout en n'admettant pas la violence comme principe, considérant qu'il ne doit être perdu de vue que tous les régimes d'exploitation en font leur moyen d'oppression et de conquête ; que la libération économique et sociale des peuples exige une action vigilante de la part des travailleurs et que cette action peut même se présenter sous la forme directe et révolutionnaire des masses, déclare :
Que les guerres (sans prendre en considération les motifs invoqués pour entraîner les peuples à les faire) ne peuvent disparaître que dans la mesure où le capitalisme et l'Etat auront été détruits sous toutes leurs formes ; que les méthodes et l'éducation tendant à faire disparaître l'emploi de la violence ne pourront porter tous leurs fruits que dans une société débarrassée des germes de toute guerre ; qu'il appartient aux peuples de présider eux-mêmes à leurs destinées et qu'ils ne doivent plus s'en remettre à leurs gouvernants -quelles que soient leurs nuances politiques ou religieuses- pour la sauvegarde de leurs intérêts, de leur sécurité et la garantie de la liberté.
Il importe donc de développer l'action directe révolutionnaire indispensable pour arriver à ces fins. Dans ce domaine, les syndicats ouvriers. en raison de la pression qu'ils peuvent exercer sur l'économie, doivent jouer un rôle prépondérant, décisif dans le sens de l'internationalisation rapide des luttes ouvrières.
La Fédération Anarchiste affirme que la guerre n'est pas une fatalité, que le désarmement des esprits est une des conditions indispensables à )a paix et à la solidarité humaine; qu'il est nécessaire de rejeter toute idéologie belliciste quelle qu'en soit l'étiquette - employée comme prétexte par les dirigeants, seuls bénéficiaires des conflits internationaux.
Elle demande à tous les militants ouvriers et pacifistes de s'engager délibérément dans la voie révolutionnaire, en opposant l'instauration du fédéralisme libertaire à la guerre; fait un appel pressant au jeunes -qui seraient, les premiers, victimes d'un conflit- en les conviant à prendre puce dans ses rangs pour le grand combat de la liberté.

L'Amnistie
La Fédération Anarchiste :
- Elève une protestation indignée contre le maintien en prison, un an après la libération, sept mois après la fin des hostilités en Europe, des militants emprisonnés depuis 1939. Elle constate que la guerre qui vient de se terminer continue pour eux ;
- Dénonce aux travailleurs la carence ides partis qui se réclament du prolétariat dont les congrès viennent de se tenir récemment et qui n'ont pas eu le courage de réclamer au cours de ces congrès l'amnistie pour les victimes des tribunaux militaires, abandonnant là une vieille tradition qui a contribué à la fortune de ces partis.
Le Congrès recommande à ses militants, à ses groupes, à ses régions, d'avoir toujours présente à la mémoire la pensée de ceux qui souffrent dans les bagnes militaires d'Eisse, de Montluc, de Nontrond. Il leur recommande de poser devant les auditoires qu'ils pourraient rassembler le problème de l'amnistie totale pour les prisonniers militaires détenus depuis 1939 et d'ouvrer pour que cette amnistie devienne une réalité.

Déclarations publiées dans le Libertaire du 20 décembre 1945

un camarade vend le Libertaire aux "Puces"

 

 

 

 

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@+ Maligorn Gouez 

 

 

 

 

Publié dans Un Peu d'histoire

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