Un Peu d'histoire - Pierre Besnard, Pierre Kropotkine,Paul Robin

Publié le par Mailgorn Gouez

Un Peu d'histoire
Pierre Besnard et
le syndicalisme révolutionnaire
Pierre Kropotkine
PAUL ROBIN (1837-1912) ET L'ORPHELINAT DE CEMPUIS

Pierre Besnard et le syndicalisme révolutionnaire

Après l'union sacrée durant la guerre de 1914-1918 et la Révolution russe, quelques syndicalistes révolutionnaires changèrent leur position s'agissant de la neutralité syndicale envers les partis et les groupements philosophiques.
" La Charte d'Amiens, rappelait Pierre Besnard dans l'Encyclopédie anarchiste, contient six affirmations capitales, qui sont les fondements du syndicalisme. "
Ce sont :
l'affirmation d'unité ;
l'affirmation de lutte de classe ;
l'affirmation de la nécessité de la lutte quotidienne dans le régime actuel ;
l'affirmation de la capacité d'action révolutionnaire des syndicats ;
l'affirmation d'indépendance et d'autonomie ;
l'affirmation d'action directe et de neutralité envers les partis et les groupements philosophiques. "
Ces principes forment un tout.

Il est clair, continue-t-il, qu'en cessant de respecter l'un ou plusieurs d'entre eux, on ne pouvait que provoquer l'écroulement de l'édifice.
" C'est ce qui s'est produit avec les deux scissions successives de la CGT".
Plus tard, avec la création de la CGT-SR, Pierre Besnard affirma, dans le même ouvrage, que le syndicalisme ne pouvait être neutre :
" Le fait de proclamer la faillite des partis et de leur substituer les groupements naturels de classe que sont les syndicats, implique la nécessité absolue, pour le syndicalisme, de combattre tous les partis politiques sans exception. "
La neutralité des syndicats proclamée à Amiens, en 1906, a été dénoncée, en novembre 1926, par le congrès constitutif de la CGT-SR.
" Cette décision, très controversée à l'époque, même dans nos milieux, n'était pourtant que la conséquence logique de la substitution de la notion de classe à la notion de parti. Il est à peine besoin d'affirmer que les événements actuels, qui démontrent avec une force accrue la carence totale des partis, nous font une obligation indiscutable, non seulement de rompre la neutralité à l'égard des partis, mais encore d'engager ouvertement la lutte contre eux. [.] Il se trouvera encore, même dans nos rangs anarchistes, des camarades pour prétendre que cette attitude nous contraint à n'être jamais qu'un mouvement de secte. J'ose leur dire que c'est le contraire qui est vrai. Ce ne sont pas des chrétiens, des radicaux, des socialistes, des communistes qu'il s'agit de réunir dans un mouvement de classe, mais des travailleurs en tant que tels. Nous leur demandons donc de cesser d'être des chrétiens, des radicaux, des socialistes, des communistes, réunis dans un groupement voué à l'avance à l'impuissance, en raison de la diversité des idées de ses composants ­ ce qui est bien le cas actuellement ­ pour devenir des travailleurs, exclusivement des travailleurs aux intérêts concordants. Nous les prions, en somme, d'abandonner les luttes politiques stériles pour les luttes sociales pratiques et fécondes ; de passer de la constatation de fait à l'action nécessaire ; de s'unir, sur un terrain solide, au lieu de se diviser pour des fictions. "

Pierre Besnard

 

 

 

 

 

Pierre Kropotkine

Pierre Kropotkine est issu de l'une des plus vieilles familles de la noblesse russe. Sa mère est une femme douce et aimée de tous pour sa grande bonté. Elle est très estimée des serviteurs et fut un modèle pour ses fils en ce qui concerne la tolérance, le respect d'autrui et l'intérêt pour les choses intellectuelles.
De l'âge de 15 ans, et durant cinq ans, il sera l'hôte de l'école des Pages. Il en sortira sergent, place enviée parce que le sergent devenait le page de chambre personnel de l'empereur. Cette place laissait prévoir une ascension rapide et sûre au sein de la cour. Kropotkine vécut donc au côté d'Alexandre II et put se faire une idée précise de ce qui se passait dans son entourage. Cela ne fit que confirmer ses impressions et le dégoûta à jamais de la vie de courtisan.

En 1860, Pierre Kropotkine édite sa première publication révolutionnaire.
Celle-ci est manuscrite et destinée à trois de ses camarades : " A cet âge, que pouvais-je être, si ce n'est constitutionnel ? Et mon journal montrait la nécessité d'une constitution pour la Russie ".
Nommé officier, il est le seul à choisir un régiment peu connu et loin de la capitale. Il part donc pour la Sibérie comme aide de camp du général Koukel. Cet homme, aux idées radicales, avait dans sa bibliothèque les meilleures revues russes et les collections complètes des publications révolutionnaires londoniennes de Herzen.
En outre, il avait connu Bakounine pendant son exil et put raconter à Kropotkine bon nombre de détails sur sa vie. Sa première expédition importante est la traversée de la Mandchourie, à la recherche d'une route reliant la Transbaïkalie aux colonies russes sur l'Amour.
L'année suivante il entreprend un long voyage pour trouver un accès de communication directe entre les mines d'or de la province de Yakoutsk et la Transbaïkalie. Cette découverte, dont Kropotkine n'hésite pas à dire qu'elle est sa principale contribution scientifique, est bientôt suivie par la théorie de la glaciation et de la dessication.
Ayant quitté l'armée, il entre à l'université de Saint-Pétersbourg à l'automne 1867. Pendant cinq ans, son temps est entièrement absorbé par les études et les recherches scientifiques.
A la mort de son père, il décide de se rendre en Europe occidentale.

L'Association internationale des travailleurs (AIT), dont il avait déjà entendu parler, l'attire.
Arrivé à Zurich, il adhère à une section de l'Internationale, puis se rend dans le jura où l'activité libertaire est intense. A Neuchâtel, il rencontre James Guillaume qui deviendra l'un de ses meilleurs amis. A Sonvilliers, il se lie d'amitié avec Adhémar Schwitzguebel. Ces différents contacts le marqueront, ainsi que le comportement des ouvriers jurassiens pour lesquels il a une grande admiration.
De retour en Russie, Kropotkine devient un propagandiste infatigable et, durant deux ans, il parcourt les quartiers populaires de Saint-Pétersbourg déguisé en paysan, sous le nom de Borodine. Il est arrêté en 1874 et conduit à la forteresse Pierre et Paul, il s'en évade grâce à l'aide de sa sour et se réfugie en Angleterre.
Le désir d'agir sur les événements pousse Kropotkine à retourner en Suisse.
En décembre 1876, il séjourne à Neuchâtel où il rencontre Malatesta et Cafiero qui projettent pour l'année suivante une insurrection en Italie. Il s'installe dans le jura et commence pour lui une période d'activités intenses.
Il se rend partout où c'est nécessaire, à Verviers (en Belgique), à Genève, à Vevey où il rencontre Elisée Reclus. En juin 1877, Kropotkine et Paul Brousse fondent "l'Avant-garde ", journal international, pour effectuer une propagande vers la France. A l'automne 1877, il participe au congrès de Verviers qui sera le dernier congrès international de la tendance bakounienne.
Après un bref séjour à Genève, il part pour l'Espagne où il est émerveillé par l'implantation de l'anarchisme. C'est au retour de ce voyage qu'il fait la connaissance de Sophie Ananief, avec laquelle il passera le restant de ses jours.
En 1879, Kropotkine édite un journal pour la Fédération jurassienne.
C'est ainsi que naît " le Révolté " qui prendra en 1887 le nom de " la Révolte " et, pour finir, s'intitulera "les Temps nouveaux" en 1895.
En 1880, il se rend à Clarens pour rejoindre Elisée Reclus qui lui demande de collaborer, pour la partie russe, à son gigantesque ouvrage, la "géographie universelle" . C'est là aussi qu'il écrit la célèbre brochure "aux jeunes gens".
A son retour, il est expulsé de Suisse à cause de l'assassinant d'Alexendre II.
En 1882, il se rend en France où il est arrêté avec soixante autres anarchistes. Kropotkine et trois de ses compagnons sont condamnés à cinq ans de prison, les autres inculpés à des peines d'un à quatre ans. Pendant ces années d'enfermement, Kropotkine donne à ses compagnons des cours de cosmographie, de géométrie, de physique. et presque tous apprennent une langue étrangère.

Ne pouvant rester en France, le couple décide de séjourner à Londres.
Ils ne savent pas alors qu'ils resteront pendant trente ans en Angletere où le mouvement anarchiste anglais n'a cessé de prendre de l'ampleur. Mme Charlotte Wilson, membre de la société Fabienne, devient peu à peu une disciple de Kropotkine. En 1885, Henry Seymour lance le journal individualiste "The anarchist". Dans l'Est End à Londres, les juifs anarchistes font paraître à la même époque un journal en Yiddish (L'ami des travailleurs).
Le groupe Freedom, tout nouvellement créé, composé de Kropotkine et de sa femme, de Mme Wilson, du Docteur Burns Gibson et d'un ou de deux autres compagnons, lance en octobre le premier numéro de "Freedom". La morale anarchiste paraît en 1890, suivant deux ans plus tard de "la Conquête du Pain". Après une série de conférences, au Canada, sur les dépôts glaciaires en Finlande et sur la théorie de la structure de l'Asie, il se rend aux Etats-Unis où ils fait des meetings sur l'anarchisme.
Grâce à l'argent collecté au cours de deux meetings à New-York, John Edelman peut faire paraître le premier journal anarchiste communiste en langue anglaise au Etats-Unis.

En 1905, la première révolution en Russie l'enthousiasme, il participe à Londres à deux réunions organisées sur ce sujet. En 1911, il écrit pour le nouveau journal des exilés russes "Rabotni Mir" qui deviendra en 1913 l'organe de la Fédération communiste anarchiste.
Jean Grave lui rend visiste en 1916 et les deux hommes discutent de leur position commune à propos de la guerre. Ils décident de rédiger un texte qui prend le nom de : Manifeste des seize.
En mai 1917, Kropotkine prend la décision de revenir en Russie. Il s'embarque donc et partout où il passe malgré les précautions pour voyager incognito, il est chaleureusement accueilli. Il refuse outré, le misnistère que lui propose Kerenski et, quand Lénine est maître de la situation, il réitère son refus de participer à tout gouvernement.
Il ne cesse de dénoncer la dictature qui s'instaure et en but à des tracasseries de la part des bolchevics, il meurt à Dmitrov entouré de ses plus fidèles amis.
Son enterrement sera la dernière grande manifestation libre en URSS.

Didier Roy ( agenda de la revue Itinéraire)

 

carte postale éditée par la revue Itinéraire

 

 

 

 

 

PAUL ROBIN (1837-1912) ET L'ORPHELINAT DE CEMPUIS

 

Les anarchistes, qu'il s'agisse de Stirner, Proudhon, Bakounine, ou de ceux dont l'histoire n'a pas retenu le nom, avaient, nous l'avons vu, pressenti ce que pourrait être une éducation et une pédagogie libertaires mais ces opinions étaient purement théoriques.
Paul Robin va, le premier, expérimenter ce que ses illustres prédécesseurs pensaient et comme souvent, de sa pratique naîtra un approfondissement théorique

D'origine bourgeoise, Robin, aptes des études secondaires à Bordeaux, prépare l'Ecole Normale Supérieure pour entreprendre une caméra d'enseignement. Professeur de 1861 à 1864, il se heurts alors à l'incompréhension et à l'esprit bureaucratique de son administration. Lui qui souhaitait d'une manière vague rapprocher l'enseignement de la vie, la classe de l'atelier et de la cite, va susciter la crainte, l'effroi et l'hostilité.
Les notables locaux ne seront pas les derniers à manifester leur hostilité face à ces timides essais de libération de l'enfant. Et pourtant, il ne s'agissait que de promenades botaniques, de visites chez les artisans locaux et d'une discipline légèrement relâchés. Ecouré, il va donner sa démission de l'enseignement public.
Emigrant en Belgique, il va alors sympathiser avec les idées socialistes et il épousera la-bas, la fille du socialiste Delesalle. Expulsé de Belgique, il se rend ensuite à Genève où il va faire la connaissance de Bakounine et ses opinions en matière éducative vont prendre un tour nettement libertaire.
Réfugié à Londres, en 1870, il deviendra membre du conseil général de l'Internationale sur proposition de Karl Marx mais en sera rapidement exclu dès que ses sympathies pour Bakounine seront connues. Il va alors fréquenter Kropotkine et les frères Reclus et professera au collage de l'Université de Londres. Pendant cette période d'exil, Robin va affiner d'un point de vue théorique les idées qu'il avait sur l'éducation.
C'est ainsi qu'au congrès de l'Internationale à Bruxelles (1868), son rapport sur l'enseignement intégral sera adopté. L'occasion de concrétiser ses projets va bientôt lui être offerte. Ferdinand Buisson, ancien membre de la Commune, de l'Internationale et de l'Alliance Bakouninienne va devenir directeur de l'enseignement primaire et l'un des principaux collaborateurs de Jules Ferry.
Se souvenant de Robin, il va alors lui proposer un poste d'inspecteur de l'enseignement primaire à Blois. Robin accepte et un vent de novation va alors souffler sur sa circonscription. Cependant, il étouffe rapidement dans son rôle et demande la direction d'un établissement d'enseignement.
Son vou va être exaucé et le 11 décembre 1880, il sera nommé directeur de l'orphelinat de Cempuis.
Ce n'était pas l'idéal pour expérimenter ses théories car la population scolaire restait marquée par son origine, mais Robin allait avoir toute latitude pour concrétiser ses idées. En effet, bénéficiant de la protection de Ferdinand Buisson, il était en outre indépendant par rapport aux autorités universitaires. Cempuis était donc un établissement unique

L'EDUCATION INTEGRALE
Cette notion est la clef de voûte de l'expérience de Cempuis. Robin la définit comme étant à la fois physique, intellectuelle et morale. Il ne faut pas se laisser abuser par les mots car sous l'épithète "intellectuel", il englobait l'éducation manuelle et sous celle de "morale" la pratique d'une pédagogie libertaire. L'idée centrale commune à tous les anarchistes était qu'il fallait donner à l'enfant la possibilité d'épanouir ses potentialités en tous les domaines.
Il ne fallait mutiler ni le corps, ni l'esprit, ni la main.
- L'éducation physique est quelque chose de communément admis de nos jours bien que la pratique de deux heures de sport hebdomadaire contredise cette affirmation. A Cempuis, l'éducation physique portait sur environ un tiers du temps de l'enfant. Elle était d'une qualité et d'une diversité remarquables. Presqu'un siècle après, nous n'en sommes même pas encore là.
A Cempuis, en 1885, on pratiquait la natation (dans la piscine de l'école construite par les élèves), la gymnastique (agrès, barres parallèles), boxe sans combat, la canne, le saut, le grimper, la course, le lancer et même l'équitation ... !
Robin pensait en effet que la santé du corps était une condition primordiale de celle de l'esprit. La nourriture simple et variée était à base végétarienne et la vie au grand air était développée au maximum. C'est ainsi qu'en 1883, les enfants de Cempuis allèrent en colonie de vacances au bord de la mer à Mers-les-Bains (Somme). Ce fut sans doute la première "colo".
Cette pratique se poursuivit pendant toute la durée de la présence de Robin à Cempuis. Enfin, les jeux occupaient une grande place à l'école et ils étaient aussi variés que nombreux (tonneau, ballon, cerceaux, anneaux, cerf-volant, quilles, boules, patins à roulettes, croquet, échasses ... ).
Cette éducation physique, ce développement hygiénique du corps étaient pris très au sérieux par Robin. En effet, des mensurations anthropométriques permettaient de suivre le développement physique de l'enfant. Le gendre de Robin, Gabriel Gitoud, développe longuement dans son livre, photos à l'appui, ces aspects physiques de l'éducation intégrale.
Convenons qu'elle reste d'une actualité brûlante.
- L'éducation intellectuelle , nous l'avons entrevu précédemment, comprenait également l'apprentissage de métiers manuels. Il ne faut pas croire que cet enseignement encyclopédique était quelque chose d'exténuant pour les enfants. En effet, et nous le verrons dans le cadre de la pédagogie libertaire pratiquée à Cempuis, las enfants jusqu'à l'âge de douze ans bénéficiaient d'un enseignement dit spontané, c'est-à-dire que toutes les possibilités leur ôtaient offertes mais non imposées. Pratiquement, l'enfant passait dans une série d'ateliers où il avait la possibilité de s'initier aux principes de base de nombreux métiers manuels.
L'enseignement proprement intellectuel différait passablement de ce que nous connaissons actuellement. En effet, pour Robin, l'étude par les livres ne devrait être que le complément de l'observation des choses : ... "Laissez l'enfant faire lui-mêmedécouvertes, attendez ses questions, répondez y sobrement pour que son esprit continue ses propres efforts, gardez-vous par dessus tout de lui imposer des idées toutes faites, banales, transmises par la routine irréfléchie et abrutissante... "
En bref, il s'agissait que l'enfant aille à la connaissance en non l'inverse.
Aussi, de nombreuses heures de cours se déroulaient dans la nature, afin d'y observer les faits sur lesquels on se pencherait ensuite davantage, d'une manière livresque.
Français, langues étrangères, sciences naturelles, histoire (des civilisations et non des têtes couronnées), disciplines scientifiques, sténographie et dactylographie... étaient enseignés à Cempuis mais leur contenu et la manière de les transmettre à l'enfant préfiguraient déjà ce que Freinet technicisera plus tard.
Les matières artistiques telles que chant, dessin, musique étaient également fort prisées. Jusqu'à douze ans, l'enfant avait donc l'occasion de "papillonner" entre salles de classe et ateliers. Ce n'est qu'après qu'il approfondissait l'étude d'un métier manuel défini. L'enseignement intellectuel ne cessait pas pour autant, mais comme Cempuis n'était pas une université, il convenait de lâcher las enfants dans la société avec un métier qui leur permette de vivre.

- L'éducation morale.
Ce troisième volet de l'éducation intégrale n'avait évidemment rien à voir avec l'enseignement de la morale tel que nous l'avons subi à la communale. Il s'agissait plus exactement de tremper l'enfant dans un bain de liberté et de fraternité.
C'est l'amorce d'une pédagogie libertaire. "je considére comme d'une importance capitale qu'avant tout les grandes personnes aient le respect le plus complet de la liberté de l'enfant et qu'elle, renoncent sincèrement à lui imposer une autorité qui ne peut avoir pour base que le droit du plus fort.
La liberté de l'enfant est suffisamment limitée parles obstacles de tentas sortes que lui présentent les phénomènes naturels, parmi lesquels je compte la résistance que lui opposera le groupe aux libertés duquel il pourrait pouvoir porter atteinte...
On n'arrivera jamais à connaître les instincts naturels de l'homme que quand on l'aura attentivement observe dans son jeune âge, sans la plus parfaite liberté, les perfectionnements de la science et de l'éducation sont à ce prix. Donc, donnez de bons exemples, des conseils appuyés sur des raisons convaincantes, jamais sur la violence, ne commandez, ne forcez jamais. Dans le milieu actuel, l'enfant entendra parler du maître. Que de bonne heure il abhore ce mot, qu'il ait la haine de l'autorité sous quelque forme qu'elle se présente, et que pendant la période transitoire l'esprit de révolte devienne à son tour la première des vertus". Le rapport du "maître" à l'enfant est donc défini fort clairement et ce fut effectivement la réalité de Cempuis.
C'est par la discussion et l'explication que l'enfant vivait ses rapports avec l'adulte. Sa spécificité, se liberté étaient respectées dans une optique égalitaire. Tout était fait pour que l'enfant développe son esprit critique, que jamais il n'accepte quoi que ce soit sans y avoir réfléchi abondamment et y avoir apporté son accord.
Cette pratique générale de la liberté s'accompagnait et cela semble logique, de la co-éducation et de l'éducation sexuelle. La vie commune entre garçons et filles sera d'ailleurs le prétexte monté en épingle par la presse cléricale pour dénoncer la "porcherie" de Cempuis et demander le renvoi de Paul Robin; pensez-donc, les enfants allaient jusqu'à se baigne, ensemble !
Quand on voit les maillots "1900" avec lesquels les enfants s'ébattaient dans l'eau, on ne peut que sourire tristement devant de tels débordements de fureur.
Oui, les moeurs en la matière ont un peu évolué, mais si aujourd'hui garçons et filera peuvent s'asseoir côte à côte sur les bancs de l'école, c'est un pou grâce à Robin. En plus de cette coéducation, les enfants de Cempuis bénéficiaient d'une éducation sexuelle. C'était un enseignement très scientifique de la chose, très proche de ce qui existe actuellement dans certains de nos collèges.
Elever l'enfant dans la liberté, c'était aussi ne pas lui cacher la réalité des choses. On voit donc très aisément que la notion d'éducation morale se rapproche de très près des pratiques de pédagogie libertaire n'établissements comme Summerhill. L'antériorité historique de Cempuis permet d'en mesurer davantage encore le caractère révolutionnaire Mais cette éducation intégrale une fois brossée à grands traits, qu'en était-il de la réalité de Cempuis ?

 

Paul Robin

LA VIE A CEMPUIS
Cempuis était une école unique en son genre, car Paul Robin put expérimenter ses théories éducatives dans un maximum de quiétude. Cempuis était un établissement scolaire qui recueillait des orphelins. Prévost, par testament, avait en effet légué une partie de sa fortune, et les bâtiments de l'orphelinat au département de la Seine. Il souhaitait que sa fortune soit utilisée pour l'éducation des orphelins de ce département, Aussi financièrement parlant, l'orphelinat Prévost dépendait-il de la préfecture de la Seine et de son conseil général.
Robin, quand il en fut nommé directeur présenta à la préfecture le programme de son action et celui-ci fut adopté. Les enfants dont le nombre oscilla de 130 à 180 étaient envoyés par la préfecture, mais le directeur pouvait effectuer un certain "tu". L'âge minimum pour l'admission était 6 ans. Plus âgés, les enfants risquaient de s'adapte, moins bien à l'ambiance de l'école. Sur le plan de j'enseignement, Cempuis était censé dispenser successivement : un enseignement maternel, puis primaire-élémentaire, puis professionnel.
Vers 16 ans, les enfants ôtaient relâchés dans la vie sociale.
Cette description rapide de la réalité de l'orphelinat permet de comprendre que Robin ne bénéficiait quand même pas des conditions idéales pour mener à bien son expérience. Une partie de ses élèves pouvait être assimilée à ce qu'on appelle aujourd'hui des débiles légers; la Préfecture et le Conseil Général détenaient les cordons de la bourse, enfin les enseignants dépendaient pour leur nomination de l'Inspection Académique.
A ce propos, Robin eut la chance de trouver un certain nombre de collaborateurs partageant sas vues, mais ils ne représentaient pas la totalité du corps enseignant. Les enfants arrivaient donc à Cempuis vers 4, 5 ans, et jusque vers 6, 7 ans, ils recevaient une éducation du type école maternelle. Ensuite, et jusque vers 12 ans, ils pratiquaient la "papillonne" et fréquentaient les ateliers à peu près deux heures par jour, le reste de leur journée étant partage entre l'éducation physique et intellectuelle.
A 12 ans, ils se spécialisaient dans l'apprentissage d'un métier auquel ils consacraient environ trois heures par jour. Un détail intéressant, garçons et filles recevaient une éducation identique et il n'était pas rate de voir des filles à la forge. Les enseignants étaient au nombre d'une vingtaine, et leur gestion n'était pas toujours sans problèmes.
Il a fallu beaucoup de ténacité à Robin pour imprimer à ce établissement le rythme de l'éducation intégrale : mais on peut malgré tout considérer que son expérience, pour limitée qu'elle fut, a ouvert des horizons dans le domaine de l'éducation libertaire.

Son projet éducatif (intégral), sa pédagogie (libertaire) purent réaliser une partie de leurs potentialités. Tous les enfants qui passeront par Cempuis en ont gardé un souvenir ému; à leur sortie, ils se regroupaient d'ailleurs dans une "amicale" des anciens élèves. Leurs résultats scolaires au certificat d'études furent également exceptionnels par rapport à ce qu'ils ôtaient avant l'arrivée de Robin.
Vu le caractère limité de cette étude, nous ne pouvons, à regret, nous étendre plus sur le détail de la pédagogie pratiquée à Cempuis, mais nous comblerons cette lacune par notre étude sur la Ruche de Sébastien Faure. En effet, ce dernier qui connut et estima Robin entama une expérience semblable à celle de Cempuis, mais la poussa beaucoup plus loin dans un certain nombre de ses caractéristiques. Retenons cependant de Cempuis et de Robin que pou, la première fois et pendant 14 ans, une éducation intégrale et libertaire put être dispensée à un nombre important d'enfants des deux sexes. La brèche était ouverte, Sébastien Faure allait relever le flambeau.
Robin "tomba" à la suite d'une campagne de presse menée par le catholicisme contre la co-éducation. Il était donc prouve que le système dominant ne pouvait tolérer de tels germes de liberté.
Sébastien Faure va en tirer la leçon :
la liberté ne se demande pas, elle se prend.

Jean-Marc Raynaud

 

 

 

 

 

Les Temps Nouveaux : la fiche signalétique du journal
les artistes s'expriment dans le journal : Paul Signac, Camille Pissarro,

Le N°1 paraît le 4 mai 1895. Il s'arrêtera le 8 août 1914.

La collection complète comprend 982 numéros dont deux doubles, un numéro spécial en décembre 1909 (l'écho de Montjuich) sur l'affaire Ferrer et un numéro sur l'affaire Rousset (février 1912). C'est un hebdo grand format (36.7x25.5) paraissant le samedi comme hebdomadaire puis comme bi-mensuel. De 1895 à 1904, il a 4 pages et 4 pages de supplément littéraire, puis 8 pages + 4. Prix 10 centimes jusqu'en 1906 puis 15 centimes et retour à 10 centimes à partir d'octobre 1907. Tirage : 18000 au début puis 7000 exemplaires, distribués à Paris et en province. 1100 abonnés et environ 4000 lecteurs par numéro

Caractéristique : difficultés financières pendant vingt années, comme la plus part des journaux libertaires refusant toute publicité. Les souscriptions, les ventes de lithographies, de tableaux "donnés" par des camarades artistes anarchistes (Signac, Pissarro, Luce), les tombolas serviront à combler le déficit.

On y trouve des rubriques régulières comme le musée des âneries ; la boite aux ordures ; une rubrique mouvement ouvrier animée par Paul Delesalle puis Amédée Dunois, Pierre Monate ou le Dr Pierrot. Les articles sont signés : Pierre Kropotkine, Bernard Lazare, Octave Mirbeau, Elie et Elisée Reclus, Malatesta, Jean Grave,.

Les Temps Nouveaux c'est aussi 72 brochures éditées à plusieurs milliers d'exemplaires. Des cartes postales (des dessins, des portraits, des lithos issues du journal). L'administrateur et animateur est Jean Grave, puis à partir de 1897, Paul Delesalle et Amédée Dunois le secondent.

Autres journaux libertaires " concurrents " : Le libertaire ; la Feuille ; la Guerre sociale ; le journal du Peuple (quotidien pendant l'affaire Dreyffus) et le Père Peinard.

 

 

Les temps nouveaux et les "artistes"

Tôt ou tard on trouvera donc les artistes véritables aux côtés des révoltés, unis avec eux dans une identique idée de justice !
Paul Signac .

Je viens de lire le livre de Kropotkine. Il faut avouer que si c'est utopique, dans ce cas c'est un beau rêve et comme nous avons souvent l'exemple d'utopies de venues réalités, rien ne vous empêche de croire que ce sera possible un jour, à moins que l'homme ne sombre et ne retourne à la barbarie complète. A propos d'art, il y aurait bien des choses à reprendre. Ainsi Kropotkine croit qu'il faut vivre en paysan pour bien le comprendre, il semble qu'il faut être emballé par son sujet pour bien le rendre, mais est-il nécessaire d'être paysan ?
Soyons d'abord artiste et nous aurons la faculté de tout sentir même un paysage sans être paysan.
Camille Pissarro avril 1892

Justice en sociologie, harmonie en art ; même chose,.
Le peintre anarchiste n'est pas celui qui représentera des tableaux anarchistes, amis celui qui, sans souci de lucre, sans désire de récompenses, luttera de toute son individualité contre les conventions bourgeoises et officielles par un apport personnel.
Le sujet n'est rien ou du moins n'est que des parties de l'ouvre d'art, pas plus important que les autres éléments, couleurs, dessin, composition.
Quand l'oil sera éduqué, le peuple verra autre chose que le sujet dans les tableaux. Quand la société que nous rêvons existera, quand débarrassé des exploiteurs qui l'abrutissent, le travailleur aura le temps de penser et de s'instruire, il appréciera toutes les diverses qualités de l'ouvre d'art
Paul Signac 1902

 

lithographie pour les Temps Nouveaux de Maximilien Luce (voir l'album photo)




@+ Maligorn Gouez

Publié dans Un Peu d'histoire

Commenter cet article